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assis là sur un banc


  • cette effarante nostalgie de la totalité

      elle nage parmi nous, géante au yeux de brise… lorsqu’elle passe près de moi, me frôlant d’un haussement d’épaule, je me sens si fragile, si fragile bien qu’obscurément
      intouchable

      passer son temps à brosser les cheveux de la morte, la morte sans visage… on se contenterait finalement de si peu on se contenterait finalement
      de ne pas exister

      cette effarante nostalgie de la totalité qu’on appelle, entre autres, le manque… or ce n’est plus mon âme justement qui compte, mais arriver à s’asseoir
      dessus

      la bouche bée et dans la bouche une croix, verte. en dernier lieu moi-même me quitte et fait retour sur soi, sur soi mais
      sans moi. je suis sans moi

      j’irai par le plus court chemin, celui qui sans encombre me mènera d’ici à ici et sans
      soulever d’ombre. j’irai par le plus court chemin exactement comme on se pisse
      dessus

      habiter son propre vide. l’enfance fâchée, l’ivresse tarie, habiter son propre vide. refaire éternellement le trajet de chez soi à l’angle de la rue, de l’angle de la rue 
      à chez soi. on est lundi

      et le lundi, on ferme

    cette effarante nostalgie de la totalité
    30 mars 2016

  • après l’oubli

      il y a des jours joconde, il y a des jours pourris aussi – mais ce n’est pas ça non plus

      je me suis jusqu’où je me perds, me trouve et me reperds. je me suis où que j’ailles, l’émotion infaillible
      – mais oserais-je vraiment
      me suivre jusqu’au bout?

      marquer d’un pas, d’une croix noire la terre en blanc. s’en aller vers le venant d’un seul corps, et le corps lent…

      ça commence comme ça. on a l’impression que ça commence comme ça mais ça commence autrement, ailleurs, le temps d’une autre farandole
      toute la douleur – oui, toute la douleur – enfuie…

    30 mars 2016

  • sommeil fuyant

      quelles frontières, quelles guérites 
      en papier-cigarette, quel
      aspect de l’homme dépouillé de sa foi?
      la pluie docilement suit la pente docile…

      très peu de lèvre – juste ce qu’il faut pour
      laisser passer le souffle, articuler chaque lettre d’un
      sommeil fuyant

      poursuivre dans la lumière quelque chose de pur, de purement
      désespéré. trouver refuge pourquoi pas, dans les songes ou tout au creux
      d’hommes-berceaux

      les vertes ne sont pas mûres – tu résistes fébrile à la
      pulsion d’éteindre. les autres finissent par décrocher,
      assurément rouges…

    sommeil fuyant
    30 mars 2016

  • la claire absence de lieu

      tu viens? non, tu ne viens pas – comme si rester avait jamais été possible… tant pis, je chercherai ailleurs la pitance, la paillasse d’un seul corps, fluide érection, d’un seul croc planté là dans la plus claire absence de lieu

      .

      je ne dirai rien je te promets – qu’aurais-je à dire d’ailleurs, d’ici ou de nulle part? on laissera donc grandir le silence, s’étendre, nous envahir peut-être… à moins que nous ne dressions face à lui le mur d’une écoute, ou ne le laissions fuir…

      .

      bats de mes ailes, en vain. couve le vide comme si de toi-même n’éclorait jamais qu’une absence infructueuse. une nuit où disparaître semblait fermer les yeux…

      .

      pas plus tard qu’hier tu n’aimais rien, sans même lui en vouloir. tu te promènes à présent à travers la forêt calcinée, te couvrant de cendres pour ne paraître nue, ou pour dissimuler que nulle autre nudité ne te recouvre que celle des cendres…

      .

      cet abandon limpide, ces yeux de naufragés surnageant d’un petit matin blême… tu ne me reverras pas, tu ne me reverras plus parce qu’entre soi et toi la distance suffit, l’infini préexiste 

      .

      j’ai connu une fille qui mangeait les oranges avec la peau, comme s’il ne s’agissait que d’une bête pomme. elle avait toujours fait ainsi, depuis toute petite – elle n’aurait pas su expliquer pourquoi. moi non plus je ne sais pas expliquer pourquoi, ceci ou autre chose…

    30 mars 2016

  • nuit principale

      et la vie avant la mort dis-moi, c’est comment? où donc se réfugie le chant de l’homme qui n’a jamais chanté
      parce qu’il n’osait pas, gosier sec et âme béante, ou parce que c’était midi et que midi, chez nous, c’est l’heure de s’exorbiter, de s’exploser la tête avant qu’il fasse mort, avant que l’on regrette
      d’avoir jamais vécu

      .

      j’aimais bien te filer des bonbecs en cachette, de la neige brûlante sur ton cou de neige noire
      tu me disais embrasse-moi, je fuyais serpentin et le ventre en charpie
      la honte de soi fait de soi un homme. la honte de soi mesure l’âge d’un homme quand l’homme atteint cette stature, ce sens de l’exil,
      cette autodémesure…

      .

      j’aimais bien quand tu fronçais les yeux, qu’impunément alors je me laissais jouir en toi, en travers de ta route, ou sur le canapé
      je n’aimais rien, rien d’autre que toi – en toi j’aimais le rien bien au-delà de toi et je sais bien qu’un jour, un seul jour,
      on se relève et l’on oublie enfin qui l’on est, quelle ombre nous poursuit

      .

      quel tort, quel tort avouer qui puisse encore m’humilier – je ris allègre sur les tessons tu vois, la plante ensanglantée des pieds
      à la bauge la mène, aux cochons à lécher, toute la vie à chiasser, à expulser dans le mouchoir de tous les adieux
      la morve d’être, ce qu’avec pudeur hier encore
      tu appelais une âme…

      .

      on ne s’abaissera tout de même pas à avoir quelque chose à dire, une chanson à chanter, un genou à fléchir…
      je tombe un pied sur terre. j’avance je sautille, un pied sur terre et l’autre en l’air dieu me supplie, dieu me supplie et dieu, que j’ai pitié de dieu, un pied sur l’air,
      et l’autre en terre…

    30 mars 2016

  • à hauteur d’homme

      et puis la main s’éveille. elle ne dit rien, s’ennuie avec le son. quand elle retombe je sais déjà que le désir mourrait de toute façon, oui, et de toute autre façon 

      ce n’est pas l’amitié qui m’a manqué, mais la seule possibilité d’aimer moins que tout. ce mépris que j’affectais pour ce qui n’était pas rigoureusement nécessaire, quand bien même hasardeux, voire inconséquent…

       au cœur de soi bat le cœur du monde. et j’y sombre parfois, agrippé à la chute tel un nuage au vent de l’ouest. j’y pense aussi de temps en temps – il me faut alors ingurgiter la mer entière pour ne pas m’y noyer…

       l’irresponsabilité heureuse me fut d’emblée défendue. je parcours donc d’un doigt ému la surface muette quoique crissante du miroir. je crois bien sentir le doigt saigner, n’être qu’un tube de sang se vidant sur les traits saillants du visage qu’il dessine tout en s’y brisant – de mon propre visage…

      j’ai peur de quelque chose qui n’a pas de nom. j’en ai d’autant plus peur qu’il n’a pas de nom. la peur efface les noms. la bougie d’un nom contre l’éternité d’un obscur consentement à l’inexistence, d’une résignation ne levant la main que pour répondre oui à toutes les questions qui ne se posent plus

       j’aime d’un vertige carnassier. j’arrache la face de ma tête. j’arrache les yeux de ma matrice. j’arrache la vue de mon effroi. quand enfin je me reconnais il est déjà trop tard: du fait même de me pardonner je cesse de me prendre en pitié…

      quelque chose de saint dans le dernier renoncement. quelque chose de saint dans la résistance acharnée au dernier renoncement. je me sangle d’un ultime soupir et je chois dans le confort humiliant d’un désastre prémédité. toute la désuète sensualité de l’inassouvissable…

      faut-il se battre? faut-il encore attendre un peu? faut-il chahuter son âme jusqu’à la nausée, prise entre la terreur et le désir du néant? il a fini par pleuvoir. tout finit par une pluie froide, patiente, résignée. sauf évidemment jours de marché…

    30 mars 2016

  • masque profond

      j’aime pas, j’aime pas la nuit quand tu rigoles alors que j’ai même pas fini
      d’être heureux, ou d’accoucher en toi la grimace affligée de mon abdication.
      je me sens tout honteux – je me sens comme le rebut, l’excrément froid, la merde tombée du cul de notre ultime orgasme

      .

      qui me regardera, qui me dira tiens toi t’es là, regarde un peu par terre si tu trouves pas l’aiguille de mon nord, un petit jésus déclouté de son arbre
      qui me regardera, qui me dira jamais, jamais j’ai vu un bordel pareil, avec des mouettes autour et la pagaille au milieu
      jamais j’avais vu ça mais bon, reste un peu de monnaie pour un pain aux raisins chacun et oublier qu’on fut un temps
      l’espoir de quoi que ce soit…

      .

      il y avait des gens là-bas au bout, juste avant que ne s’échauffe l’éclairage publique
      qui me susurre à l’oreille que seul accède à la réelle liberté celui qui perd tout honneur, et toute dignité?
      chute figée, vol arrêté, depuis bientôt demain je n’ai plus de repos qu’une angoisse en suspens

      .

      tu me prêtes ton vélo mais tu sais bien que je ne sais pas faire de vélo, que je m’en rappelle plus, depuis le temps…
      ailleurs en ville, les gens ne pleurent pas.
      un homme n’est le bienvenu nulle part ou alors ce n’est pas un homme
      sauf si c’est lui qui ramène à boire – mais l’homme qui ramène à boire ne s’assied jamais près de moi…

      .

      la fille n’aime pas trop qu’on lui touche les seins…

    masque profond
    30 mars 2016

  • la fille avec une jambe dehors

      les histoires lourdes à porter coulent au fond – d’une façon ou d’une autre il faut bien respirer…
      tu ne m’épileras pas le visage sans y laisser de marque, au moins de la douleur
      à l’heure de sortir je ne reconnais pas le paysage, je ne me reconnais pas dans le regard que je porte sur le paysage
      alors je rentre

      .

      fumer dérange. les gens que la fumée dérange ont les boyaux très purs
      personnellement la fumée ne me dérange pas; je ne me dérangerais pas pour elle
      s’il en allait du salut de l’espèce je ne sais pas – peut-être alors me mettrais-je à rêver moi aussi de boyaux très purs
      très purs et très fins

      .

      le doigt sur la gâchette, mi-route mi-déroute, le doigt tue l’infini
      mais bien-sûr tu n’y prêtes pas attention: tu ne m’écoutes jamais, persuadée de la très pure, de la très fine vanité de mes propos
      néanmoins nous avancions légers sur de légers têtards – d’où ta venue au monde, glissade,
      et mon jour de repos…

      .

      à partir de lundi il n’y a plus de lundi, de mardi, ni de samedi ni rien: les jours ne s’appellent plus.
      peut-être se contentent-ils de se succéder mais cela non plus n’est pas acquis – à partir de lundi lundi est éternel
      en ce qui me concerne ça ne change pas grand chose à ma vie, suite ininterrompue d’un nuage marinant dans un bocal
      : le verre brisé d’un visage rasera ta joue moite

      .

      frappé du sceau de la démence – quelqu’un autrefois proféra ces paroles, qui n’avait jamais du voir la mer
      bizarrement tu passes tes bras autour de mon cou, toi qui prétends n’avoir reconnu en moi qu’un soir de pluie
      à priori ces deux faits semblent indépendants l’un de l’autre, et sans rapport direct – qui cependant assumerait la responsabilité d’écarter la main morte
      d’un pubis affectueux?

      .

      ça durera le temps que ça durera mais on se laissera
      couler jusqu’au fond.
      jeanne aura rangé la bouteille dans le buffet, une virulente obscurité éblouira chaque particule de l’éclairage électrique
      de très haut, remuant la surface, une main me fera le signe indifféremment d’un appel ou d’un adieu
      il sera temps alors d’en détourner le regard, d’oublier cette main, et de fermer les yeux…

    la fille avec une jambe dehors
    30 mars 2016

  • chiennement

      l’amitié s’en prend aux dieux; l’amitié s’en prend aux gens; l’amitié s’en prend 
      à l’amitié.
      c’est alors que l’on fait du papier mâché de ces années usées
      à se déchirer pourquoi

      .

      éveillé, le temps nourrit la haine du temps, et j’aime cette haine comme le fœtus aime le ventre infini
      dont il se nourrit tout en le recrachant, le recrachant jusqu’à ce que ce ventre qui le nourrit ne le recrache à son tour,
      definitly

      .

      un coup tu me frappes un coup tu me nourris; un coup tu me branles un coup tu me dénonces – que pouvais-je faire d’autre à la fin que de mordre la main?

      .

      un jour ou l’autre
      un jour ou l’autre t’auras mal au ventre
      et nul pour te secourir

      .

      pour la solitude il faut donc la compagnie au moins d’un fouet, et d’un miroir qui vous insulte et sur lequel
       la vengeance s’exerce sans limite…

      .

      suis-je tombé si bas, si bas – de frustration, de contrition, de contention – si bas que le bas comme le haut ont perdu leur attribut, leur sens,
      leur unique profondeur

      .

      j’essaie d’effacer toute personnalité
      ne plus pouvoir se définir, pierre ne retombant pas quand on la jette au ciel, et une fidélité
      à toute épreuve, de celles qui lèchent le sang à même l’épine
      qui les blesse…

    30 mars 2016

  • de ce suicide élémentaire

      depuis que je ne me parle plus je me regarde d’une façon bizarre, comme un être dont au fond on douterait de l’existence
      mais bientôt je ne me regarde plus, bientôt mon mépris se fait tel que mon regard, de ne s’attacher à rien
      traverse tout sans dommage, ni encombre

      .

      un balançoire
      pendue à rien, et qui se balance au-dessus de rien
      je m’accroche quand même. ça relève à la fois du fœtal
      et de l’émotionnel
      c’est à dire que ça enveloppe et ça déchire simultanément: ça déchire l’enveloppe,
      et ça enveloppe la déchirure…

      .

      cracher dans l’vide, toute la beauté de
      cracher dans l’vide.
      je ne suis pas mesquin, la preuve: j’aime passer l’éponge
      sur ton visage jusqu’à ce qu’il s’efface
      de ma mémoire, et ma mémoire avec

      .

      t’as beau t’as beau t’as beau, de l’enfant tout-puissant au fantasme purulent, ne reste plus de toi
      qu’un orgueil blessé. un peu plus que blessé
      – un rivage où t’échouer, tu cherches une rive
      sur laquelle crever…

      .

      il y a quelque chose d’outrancier à poignarder un cadavre, de plus fou et de plus blasphémateur encore que de s’acharner sur un agonisant
      j’ai l’impression que mon corps c’est ça, ce cadavre-là, ne ressentant plus rien, simple habitacle d’une haine qui n’a ni nom ni lieu
      et que j’aime bien quand même

    de ce suicide élémentaire
    30 mars 2016

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