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assis là sur un banc


  • caisse claire

      je me suis éloigné de tout. tout maigre et ignorant du but, je me suis éloigné. rien ne sert de me rappeler
      le vide de l’âme, rien ne le comblera. la mort s’engouffre par là, souffle. souffle, et gémit
      sans une parole je m’épancherai, jusqu’à verser les larmes. sans un cri, sans une déchirure, je me viderai de moi mon dieu,
      je me viderai
      de moi

      .

      blanchir la mort
      un peu comme on chaule les murs de nos printemps, quand il en reste encore
      or nos printemps se délitent, et nos adieux
      de moins en moins sincères…

      .

      avec l’espoir encore
      d’on ne sait plus trop quoi,

      mendiant sur des chemins
      où ne passe personne…

      .

      parle-moi de moi parle-moi de nous, scrupuleuses déroutes, de nos défaites avec un grand f, que nous fêtions ensemble chacun de son côté, mauvais côté de la barrière
      parle-nous des jours heureux, ou presque heureux, lors nous chialions des barres, des jours de fer avec un grand p, ces jours de grand départ où nous chiquions le vent, à froid
      or nous n’avions pas le temps, je n’avais guère le sou, parle-moi donc de nous, si précieuses débâcles, nous de ces évidences foireuses avec un trou en moins, un tout petit trou
      par où au moins
      couler le fil
      qui nous relie

    caisse claire
    30 mars 2016

  • souffle dessus et qu’on n’en parle plus

      le chemin est très très tordu, qui devait aller droit
      ou tout au moins montrer la bonne
      direction

      .

      et si j’avais du cœur, et si j’avais de l’honneur
      je n’en serais pas
      là

      .

      je suis la prose de vivre
      pardonne-moi mon dieu mais c’est vraiment
      insupportable

      .

      les chiens ont des crocs ça sert à rien les chiens
      franchement après la pluie
      ça pue, les chiens

      .

      moi aussi je pue
      je me console en me disant qu’au moins je pue quelque chose
      mais quelque chose, c’est rien

      .

      j’ai marché deux-trois fois main dans la main
      j’en suis toute moite
      vivement lundi

      .

      la seule raison pour laquelle je m’en vais pas, c’est qu’alors je
      n’aurais plus personne à qui
      dire je m’en vais

      .

      en apesanteur il n’y a plus d’en-bas
      on ne meurt plus d’un cancer à la trentaine et y a même plus de clous
      pour crucifier un ange

      .

      je te bave dessus mon dieu
      comme si c’était avec ça qu’on allait éteindre
      le feu qui nous consume…

      .

      brûler pour rien c’est brûler pour toi
      souffler n’est pas jouer
      j’ai même plus mal…
      

    30 mars 2016

  • lollipop et moi

      cette eau qui cesse de couler dès qu’on en approche les lèvres…

      j’ai parié tout ce que j’avais et j’ai perdu. heureusement que je jouais contre moi…

      je les ai tous abandonnés. pour rien, comme ça…  pour la vivifiante déchirure

      près d’ici vit un homme qui ne me demande pas mon nom. ce n’est pas par hasard au moins

      mon indifférence n’est encore que l’épaisseur de la transparence. rien ne filtre la réelle transparence

      qui n’a pas eu faim prendra un bout de pain, le trempera sous l’eau de pluie, et n’en parlera à personne…

      j’aurais pu dire je t’aime, à une fille par exemple. mais par tous les saints, par tout le vide qui les peuple, qu’aurait-elle pu répondre?

      au bout de trois tours du monde il en a eu un peu marre, alors il s’est assis par terre, a sorti son paquet, déplié son mouchoir et mangé son casse-croûte

      les nuits sont tellement jolies. on n’imaginait pas qu’il fut si dur de se métamorphoser en nuit pure

      rien de plus simple en vérité: il suffit de lever un doigt mouillé pour savoir d’où souffle le vent…

      en sortant il n’y avait plus rien – même plus soi-même à attendre, dirais-je. et malheureusement pas de parapluie…

    30 mars 2016

  • kerozen

      selon la tête des pauvres jours, des jours maigres, des jours de grâce…

      échapper au mouvant – je ne sais pas, en sautant sur un pied par exemple

      en soi est déjà hors soi sur les routes de l’exil intérieur. la nuit en plus grand nombre, préciserons-nous

      néanmoins quelle douleur, quelle douceur d’être en vie, à quelques pas de là soulager sa vessie. indemne 

      balisant l’infini de bulles irréfléchies, réfléchissantes, rafraîchissantes même et pour un prix modique

      caresser le taureau par les cornes, lui faire le je te tiens par la barbichette et se faire étriper malgré ça – on y va

      j’aimais les fleurs natives, les âmes vivotant d’un orgasme à tout prendre

      au degré zéro plus rien n’entrave le rayonnement, tu peux te reposer maintenant

      rien de plus contraire au dieu qui descend que l’homme qui monte, se dit l’homme assis là sur un banc, inhabité pour l’occasion

      je ne faisais que ricocher de mare en mare, happant au passage un silence parmi soi, le recrachant plus loin…

      n’espérant pas grand chose: de la soupe dans un bol, une pensée hors-sol…

      on ne produit de l’inutile qu’en ajoutant de l’inutile à l’inutile, ce qui soit dit en passant nous propulse au-delà de tout soupçon

      imagine la mort comme un lever de rideau – entre le vide et soi alors l’apparence d’un bonheur…

    kerozen
    30 mars 2016

  • en dehors du temps qui passe

      je ne parle plus. depuis un certain temps je ne parle plus. je n’en ai plus la soif
      je me prépare à mourir. enfin… la mort me prépare à la mort. il s’agit d’un autre rôle, d’un autre éclat
      et pourtant il me faut dire – toute mon âme se rattache à ça: au dire
      je n’ai plus le luxe de me méfier

      .

      as-tu voulu faire de moi un tueur? as-tu voulu faire de moi quelqu’un qui, sans savoir ni prévoir, causerait la souffrance?
      as-tu voulu faire de moi celui qui crie, celui qui geint? as-tu voulu faire de moi ce lit sur lequel ne coulent plus
      que les pierres et ces tombeaux
      d’inutile lumière?

      .

      je n’aurais jamais assez de temps pour évacuer tout ça. je rêve d’aimer, aimer tout ça. mais aimer s’avère si futile…
      on ne demande pas d’aimer à un homme qui gerbe ses tripes, à la croix qui doit supporter la masse d’une ultime supplication
      – mourir dorénavant ne sera pas vain

      .

      ils m’ont trompé. depuis le début du monde ils m’ont trompé
      je n’ai jamais existé, je n’ai jamais été moi – à peine en ai-je entrevu
      l’éventualité, la fatalité, l’impossibilité
      et quand je pissais c’était toujours ailleurs, au loin, et à côté

      .

      que tout finisse bien arrangerait tout le monde, et moi en premier lieu
      je pénètre dans une solitude quasi biblique
      je prends dans ma main le squelette d’une main, tentant de reconnaître à qui la main, à qui
      la ligne qui s’en arrache…

    28 mars 2016

  • eleonor is a dead man

      allez chante la vie sauve, et fais pas chier
      mon astre en est un comme il en existe des milliards, et je sais pas trop combien ça fait des milliards
      – tout un banc de méduses à s’y plonger dedans j’imagine
      plus un coup d’pied dans l’ventre…

      .

      si le fait d’exister me laisse chaque jour plus perplexe, je n’en garde pas moins le sens du terrain – j’ai les cartes, et si je disposais d’un temps présent je remonterais sans difficulté chacun des chemins qui m’ont conduit
      là où je fus avant que le sable – que dis-je: le caillou – ne s’évapore et retombe en prière
      sur mes genoux

      .

      j’ai trois fois l’âge de te dire adieu, et cependant je n’ai fait de mal à personne
      – un peu bien-sûr à ceux que j’aimais, sinon à quoi aurait-il servi d’en être aimé de retour?
      et n’est-ce pas, n’est-ce pas qu’ils m’aiment bien quand même et que leur oubli de moi, grâce à moi,
      leur portera chance et bonheur…

      .

      j’ai eu tellement pitié que c’en est à gerber, alors je ne prends plus la peine désormais de demander pardon
      avec ceux qui restent, derrière la barrière, on se regarde sans trop savoir quoi se dire, on se sourit à peine – je pense que bientôt on va pouvoir se toucher du genou et adjurer
      le fantôme de toute une vie…

      .

      je ne vais nulle part
      je crois que je porte un fardeau – je voudrais m’en délester face à votre nudité. je veux dire: seule votre nudité semble être en mesure de m’en délester
      les mites auront raison de moi, vermoulu, mais ce qui aura raison des mites
      m’élèvera plus haut, et ma nudité sera votre orgasme tel que je me l’imagine: danube serpentant d’un jet de pisse
      à la mort noire…

      .

      ça y est, je ne touche plus le sol – je peux dire même que je n’ai plus de ciel au-dessus de mon ombre
      tu ne veux pas baiser en sang tu ne veux pas
      piquer des fleurs dans mes cheveux, mettre de sucre dans le café tu ne veux pas
      battre des mains quand tout un monde expire ça doit être
      de la pudeur – enfin moi j’explique ça comme ça

      .

      je sais qu’on n’aura pas pitié de moi
      même dieu ne sert à rien dès qu’il n’a plus pitié
      je voudrais ne cesser d’avoir pitié – je crois je dis n’importe quoi je ne sais comment mais j’ai l’impression en quelque sorte
      que l’univers se disloquerait instantanément à la dernière goutte évaporée
      de la pitié…

    eleonor is a dead man
    28 mars 2016

  • une rose a pointé son nez devant ma faucille

      mais si les hommes ont une bite c’est pas vraiment de leur faute c’est juste pour mesurer
      la profondeur des marées et ne pas se noyer
      dans l’eau gelée du temps c’est pour servir de refuge
      aux moules qui s’agrippent, s’agrippent, toussent un petit peu,
      comptent les jours qui passent…

      .

      chien tranquille, qui va comme on y court, mais qui ne court à rien
      chien tranquille
      suspendu dans le vide, non mais tu t’imagines? suspendu dans le vide – le reste c’est la misère
      la misère de chaque jour
      la croûte sans la mie
      un dieu qui ne se relève pas

      .

      cette folie d’être mais d’où elle vient putain – cette innocence, cette joie, alors que franchement t’as vu ma gueule, ta gueule, nos gueules
      se refléter sur le miroir gothique d’un styx si tari qu’il suffirait d’une larme, une seule
      pour le noyer tout entier et dire à dieu ou au néant tiens, t’es content maintenant?

      .

      j’ai pagayé, pagayé, et parfois je me demande si je ne pagaie pas encore
      comme si à force de gifles la rive ne finirait pas par tendre
      son autre joue, tirer sa langue au jour nouveau et ne pas dire on meurt pour rien mais quand même,
      on aime ça…

      .

      c’est vrai on n’est pressé de rien. après tout on n’a rien d’autre à foutre que de pédaler, servir de combustible au temps
      ou d’émouvoir l’éternité, ne pas la laisser de glace, la branler, l’ébranler jusqu’à ce qu’elle te dise:
      merci c’était trop bien – au suivant maintenant
      allez, au suivant!

      .

      je n’existe plus vraiment – ma conscience aléatoire, une façon parmi d’autres de pisser le temps…
      on ne sait même plus de quoi on a peur, ni de quel feu on brûle – on voudrait simplement
      jeter un sort ou faire un vœu, voir si ça marche…

      .

      j’ai pris de la mousse à raser, moi qui ne me rase jamais
      parce que devant moi toujours les yeux avides d’une nudité
      sans joie, promesse ni leurre – juste là à balayer les débris, ou à sentir sur notre douleur le soleil se lever
      et en lécher la plaie…
      

    28 mars 2016

  • grave mélancolie

      quand elle a quitté son nid quelques plumes restèrent collées à la vitre, nostalgiques d’une buée sans doute…
      en chemin elle perdit une dent – c’est pas grave: un rêve ressuscitera là. et si c’est un rêve qu’elle perd alors dieu gagnera en mémoire, dit-on
      quoi qu’il en soit le vent est bon. de quelque côté qu’il souffle, le vent est bon…

      .

      ne plus avoir de prétention aucune, ne pas creuser de trou dans le sable, recevoir sur son visage la pluie qui tombe paraît-il, et la soif des anges
      je ne vous mordrai plus le gras du cul, mécaniques célestes, gènes du dernier verre à boire…

      .

      un homme m’a dit j’ai pas mangé depuis six jours, alors j’ai tout de suite pensé à un baba au rhum, parce que dans baba au rhum il y a du rhum, il y a ali, l’émerveillement. mais en fait c’est de frites bien grasses dont je rêvais, assis face à la mer sur le parking des naufragés…

      .

      dieu persona non grata je vis dans un pays
      hostile à toute idée de transcendance et c’est flippant – mais non mais non tout va bien,
      tout va bien même si les filles ne sont pas plus jolies qu’ailleurs et que le blé, par contre, soulève ses quintaux
      à bout d’épi j’irai le dire à la maîtresse: fais-moi
      une petite place juste à côté de toi
      dans la tombe de vivre…

    grave mélancolie
    28 mars 2016

  • s’ils tenaient tant à leur douleur, c’est qu’elle seule leur permettait de supporter le non-sens de leur vie

      toujours à côté de toi une trombe d’eau, on aurait dit. ou bien elle te soufflait doucement sur le visage et c’est sans doute cela qui te réveilla

      j’ai mille francs, mais qu’est-ce qu’on peut faire de nos jours avec mille francs? passer tout un mois à bouffer des pâtes et à fumer des clopes, ou tout claquer en une nuit avec des filles. ou sans

      j’ai perdu mon chemin. d’une certaine façon ça m’arrange: je ne tenais pas vraiment à aboutir quelque part, ni à ce que tout cela finisse un jour. j’aimais simplement dériver, dériver, toujours plus loin au large de ta fenêtre…

       j’avais toujours peur d’arriver en retard, que la glace fonde avant que je ne l’aie finie, qu’elle me quitte alors que j’étais encore en train de me déshabiller. heureusement il y avait la plupart du temps une bouteille d’eau à proximité, ou à plus ou moins longue échéance

      ils se sont tous réfugiés sous leur parapluie. j’errai au hasard, trempé, perplexe, transi. le soleil d’un corps nu m’a traversé l’esprit. rien que l’esprit

      il faut aussi faire un tour par là-bas. un détour. c’est une façon parmi d’autres de ne pas s’y retrouver, de ne pas se relever. nous nous envolons dans tous les sens du terme. nous nous envolerons

      la nuit tombe toujours à la même heure dès lors que nous réglons l’heure sur la tombée de la nuit. j’ai mis mon corps nu au milieu de l’espace et j’ai attendu qu’il se mette à luire

    28 mars 2016

  • des nuits plus froides

      lorsqu’ils s’aperçurent que l’étoile du matin était aussi celle du soir, ils firent un bond de joie

      .

      surtout l’homme qui roulait à ses côtés, et dont elle aurait très bien pu éprouver physiquement le contact – un contact

      .

      ils ont mis leurs deux pieds dans le même sabot. du coup ils ne pouvaient pas danser. et pour faire l’amour ils durent recourir à leurs mains

      .

      un chien viendra. il te mordra. ou bien s’allongera gentiment près de toi, la tête reposant sur ses pattes. « cela dépend du chien » tu me diras – mais je ne t’écouterai déjà plus

      .

      porter une vague sur l’épaule déstabilise la personnalité et confère une démarche pour le moins insolite. mais le fait même que rien ne soit certain n’est pas vraiment certain

      .

      elle aimait l’après-midi venir s’asseoir sur l’herbe. elle imaginait des choses – par exemple comment laver le sexe d’un homme après emploi en tirant sur le prépuce afin de dégager, décalotter, retrousser le gland. en même temps elle regardait des gosses jouer au foot – l’un d’entre eux courant en marge de l’action réclamait sans arrêt le ballon, mais personne jamais ne lui faisait de passe

      .

      je suis un peu écœuré. prendre conscience de ma réalité évidemment me rassérénerait, or je me dis qu’avant tout, ce dont j’ai besoin, c’est de ne pas m’y fier

    des nuits plus froides
    28 mars 2016

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