Aller au contenu

assis là sur un banc


  • je le sais parce que je vous parle depuis la fin du monde

      tout à coup le monde s’emplit de papillons. et c’est le monde alors qui parut éphémère au regard de l’irrésistible et fragile jaillissement, errance jubilatoire d’un moment de pure éternité suspendu par quelques maladroits battements d’aile au-dessus du trop raisonnable néant
     on appelle ça la grâce parfois, mais cela vient sans qu’on l’appelle, sans qu’on y croie vraiment, naïves victimes du miracle…

      .

      je n’en médirai point. j’ai peur du loup. la nuit surtout – le jour je m’en languis
      savoir fermer les yeux par moments pour à d’autres moments savoir les garder ouverts – ouverts à quoi? et jusqu’où?
      je me baisse pour ramasser quelque chose par terre. qu’importe ce que c’est, si c’est la vie comme elle vient ou Iseut incomprise, de tout un chacun trahie…

      .

      je passe chaque chose à l’épreuve du sens et au final je fais n’importe quoi, parce qu’il n’y a simplement aucun mérite à être héros sans être avant tout lucide: le sacrifice total qu’implique la beauté du geste ne découle que du désespoir, que de cette conscience ne laissant d’autre choix que de fonder l’acte sur un principe qui l’affranchisse de toute efficacité – ce qui au premier abord l’apparenterait à de la très pure vodka, au second à l’arbitraire en tout lieu, et finalement à l’universelle compassion telle qu’on en découvre la passion dans l’œuvre des grands russes

      .

      avant tout j’aime tout de vous, mais je ne supporterais pas que vous vous mettiez nue devant moi, eut égard à l’idée…
      je ne tiens pas à revivre ma vie, fut-elle débarrassée de toute pesanteur, et du temps. alors j’en viens à l’essentiel: avez-vous jamais rêvé d’autre chose que de vous-mêmes? ne vous êtes-vous jamais dégoûtée de vous-mêmes à cause de moi? l’oubli d’une certaine façon ne trahit-il pas la mort?
      voyez: je n’ai rien dans les poches, rien sur moi, je ne porte nul bagage, déteste les aéroports et cependant je vous l’avoue, je n’aime plus la mort depuis que vous ne
      l’habitez plus

      .

      la vie c’est une mort, une fille qui jouit
      à tors ou à travers
      elle s’appelle comme ci, elle s’appelle comme ça, la vie est toute morte – elle sent le pissenlit, la chatte mouillée et le miroir qui crisse sous l’image
      je ne comprends pas pourquoi je vis encore, comment j’ai pu jusqu’ici échapper à une mort certaine. en fait je n’échappai à rien: la vie tout simplement s’arrange  pour que la vie perdure,à travers l’un à travers l’autre, et de fleur navrée en figure désolée – moi je n’y suis pour rien…

    je le sais parce que je te parle depuis la fin du monde
    28 mars 2016

  • ou par une autre route

      un certain degré de condensation produit l’homme, la mort au centre
      ne prémédite rien

      le plus intérieur et le plus extérieur se rejoignant, ainsi les choses pleuvent-elles entre l’un et soi-même, comme en l’œil
      de l’un

      un certain degré d’évaporation répand la mort à sa surface, la mort à son chevet, la mort  
      à son miroir

     
      .


      j’empoigne le verrou. quelque chose hurle au-dehors, assourdi au-dedans par toute l’épaisseur
      drainée entre les deux

      je ne m’amuse pas. c’est d’ailleurs ce qu’on appelle un sale temps, grise tourmente
      à la fenêtre

      tout cela jette une ombre sur le précipice – on en conclurait trop facilement
      à la nuit intérieure

      je pleurais tout l’été, hadji, je pleurais tout l’été – est-ce ma faute à moi
      si l’été dure encore?


      .


      polir le miroir, polir le miroir – on l’a tellement poli le miroir que rien ne s’y ressemble
      plus

      à chaque fois tu crachais, tu crachais dans tes mains, les miennes ou celles d’un autre
      on ne rattrape que ça 

      le reste nous fuira, nous fuit, nous a déjà fuit sans doute, sans même qu’on s’en doute
      ou par une autre route

      voilà tu as fini. tu dis pas au-revoir. tu pars le cœur vide, vraisemblablement vide, pierre au fond
      de ma poitrine

     
     .


      le jour se lève, où le jour se lèvera. nous tombe de l’éternité la pauvre sciure

      d’ici-bas, pour de fastueux châteaux en espagne, l’amour des lointains
      et les toilettes sèches

      le jour se lève, où le jour se lèvera et parlera aux hommes
      aux plantes d’ici-bas…

    28 mars 2016

  • alors on est allé aux mûres

      deux ou trois souvenirs suffiront à traverser l’oubli, le rêve s’appauvrit. le rêve s’appauvrit, tous les deux ou trois jours je m’en vais voir la mer, or ma mer n’y est pas
      –  tant pis

      pire: il y en avait encore qui dessinaient, par terre ou à même leurs grolles, des traces de ce qu’ils n’étaient plus sûrs avoir jamais vécu

      je ne suis pas sensé demeurer dans ces parages. je porte la gourde à mes lèvres sans espoir vraiment d’y trouver à boire, mais dans l’impossibilité d’exclure tout à fait le miracle

      j’aime les jours gris. j’aime que le monde soit celui qui instaure la distance, me poussant à la marge. j’aime habiter cette marge, arpenter ce vide entre nous, respirer le vide où se parachève notre déconditionnement 

      il n’y avait pas vraiment le choix: c’était ou exister ou rien. or rien ne se choisit pas. nous sommes donc aller ramasser des mûres, en contrebas, vers l’étang…

    alors on est allé aux mûres
    28 mars 2016

  • et les doriens rentrèrent chez eux

      j’aurais voulu t’appeler mon frère si t’étais pas une fille. le ciel rentrerait certainement bredouille chez lui s’il avait où rentrer. quand tu as accouché d’un autre j’ai pris l’enfant dans mes bras, et j’hésitai longuement entre l’étouffer ou le confier au fleuve…

      .

      le danube était beau ce jour-là. on ne sait jamais pourquoi tel ou tel jour le danube est beau. je me suis dit il va vers la mer – il va vers la mer, lui aussi

      .

      le pain rompu, les amitiés dédites
      le christ descendu de la croix – ils s’y prirent à trois ou quatre bien-sûr…
      les lieux du retour m’écartèlent, les hommes sur la route me saluent
      d’un bref signe de tête

      .

      pauvre la terre, qui appartient aux pauvres
      d’ailleurs qui n’est pas pauvre, les pieds sur terre et le cœur en misère, le verbe haut, toujours trop haut
      terre des pauvres… ils crachent dans leurs mains ou les miennes – aujourd’hui c’est grève perpétuelle, aujourd’hui,
      c’est le fleuve en jachère…

      .

      me dis-moi que me dise, c’est le fleuve en pâture, c’est tant de bonté tombée
      dans la gueule du loup, l’auge des méridiens qu’importe, qu’importe puisque nous sommes là, raccrochés à l’espoir fou
      qu’aimer ne sera vain…

    28 mars 2016

  • les miennes ont chanté leur chanson

      dans la danse endiablée de Zalongo je n’ai voulu rentrer. des ailes n’ont poussé, les bêtes se sont terrées – engendrant ma propre mort je me suis égarée. les bêtes se sont terrées

      .

      la valise prête, la destination incertaine – je crois que je vais rester là, attendant que mort se passe…

      .

      une huître parmi nous. une façon de nourrir son angoisse, de répondre présent à tous les jours absents. c’est finalement mourir de ne rien révéler…

      .

      je marche pieds nus dans la maison. de grandes enjambées sur de petits pavés, me dis-je. les miennes ont chanté leur chanson, me dis-je. il faudra bien rentrer chez soi, me dis-je encore

      .

      chien sans maître, bras échappé à sa montre, petit soleil crachant quand les autres sont morts. je suis prête maintenant, pieds ballants dans le nulle part, le beau nulle part d’ailleurs…

      .

      on pourrait peut-être manger, les crevettes les fœtus, tous les enfants gâtés. on dirait qu’on s’aime même si on ne le pense pas. en fin de nuit on se retrouverait seul face à la face de rien pour une soupe à la fois
      résurrectrice et suicidaire…  

    les miennes ont chanté leur chanson
    28 mars 2016

  • que le ciel nous vacance

      nous aussi on s’écrase sur de vitreuses transparences. nous aussi on arpente l’invisible, en quête d’une issue à l’incompréhensible. ouvrir la fenêtre à une mouche…

      .

      vivre à vide, chanter à jeun. une péridurale afin de faciliter la douloureuse prise de conscience, qu’un souffle (rien qu’un souffle), brasser la gadoue sur quelques mètres (quelques mètres pas plus) se paie comptant d’un creux au cœur, d’une nausée, d’un peu de sang qu’on vomit sur son g’nou, pou, hibou, doudou – qu’on vomit sur son doudou

      .

      vivre en sursis, c’est à chaque instant osciller entre la chute et le miracle. sur la corde noueuse d’un poème tenter d’éphémères transparences, de fulgurantes évidences ou, si vraiment ça se gâte, se mettre en bouteille, simulant un bien vain appel à témoin…

      .

      les contreforts du jouir. c’est pas moi qu’a commencé l’premier et d’abord j’ai glissé. je ne sais plus m’y prendre pour ces choses-là, l’instinct détricoté, le canard tout crotté. la vie me chienne jaune…

      .

      et puis au fond c’est ça ou rien. ça prend du relief à contre-rien. ça ne casse pas des briques, ça se faufile entre les herbes hautes à l’ombre des grands saules. ça se sent monter monter, et ça éclabousse toute la nuit d’un seul coup comme ça, pshit…

      .

      on meurt toujours quelque part en chemin, ou avant terme, entre une main qui t’étrangle et l’autre qui te lâche… une jambe qu te tache et l’autre qui ne trouve plus le sol… on ne se suffira jamais c’est pourquoi chaque pas équivaut exactement à un non-pas, et la raison pour laquelle on le franchit ou ne le franchit pas ne nous appartient pas

    28 mars 2016

  • une, une seule

      les hommes ont rongé leurs plumes. ils crachent un peu de sang mais ça ira. ça ira de toute façon

      les pleurs quand on pleure mais d’abord pas vraiment. mourir tout cru ne fera de toi qu’une bouchée

      afin d’attiser la flamme, ne rien trouver de mieux que de noyer la torche dans le noir, le plus complet 

      ça ne fait rien: on rejaillira du point zéro et pis voilà, les oreilles un peu décollées sans doute, mais le regard droit devant soi

      emmitouflées dedans leur peau, elles se font belles entre leurs os. je les aime bien quand même – elles me rappellent toutes quelque chose…

      on fait comme si ça allait durer, mais en même temps on fait comme si ça n’allait pas durer longtemps – quelques heures tout au plus, à se regarder sans plus se reconnaître…

      tu le prends tel qu’il est c’est à dire indifféremment, et quand tu le reposes c’est déjà autre chose, de plus profond en soi

      ta vie comme un décor en carton-pâte, HLM avec vue sur le danube ou quelque chose de grand, qui ploie aux extrémités sous le poids de ces extrémités

      sais-tu seulement combien j’ai mis de temps à dresser la crête d’une seule vague sur le chauve océan? je me penche et vomis par dessus bord – ça soulage le temps, me dis-je

      j’ai peur à tout moment, à tout moment de tout moment, il me mord dedans. à force de creuser j’expulse le rêve d’être enfant. ça saigne de soi dans l’air le plus apparent, cristallin du moment

    une, une seule
    28 mars 2016

  • d’une berge à l’autre

      nous ne nous endormirons plus sur le même talon. il flotte à travers moi
      quand je me réveillai, un paysage semblable
      remplaçait ce paysage, alors
      alors j’ai fait comme toujours, aspiré par le vide en queue de chaque pensée…

      .

      comment se supporter soi-même, et quelle horreur que de se supporter quand tout un soleil levant
      piétine l’horizon, attendant qu’on écarte les jambes et le ponde en substance, en essence, voire en inconnaissance de cause
      on s’y brûlerait comme des mouches en se répétant à l’oreille et à l’infini ce mantra défectueux:
      faut bien vivre sa mort, non?

      .

      qui désespère aura un bonbon
      les nuages s’amoncellent, j’ai perdu tout accent, je vais bientôt retrouver la maison au bord du vide
      et s’il faut choisir entre fenêtre ou volet, je te pisserai dedans, tout simplement
      – c’est si facile d’être heureux quand ça ne sert plus à rien…

      .

      ici ne sert que d’appui à ailleurs, la bête libre, l’aile écarquillée
      je t’ai sucé la chatte toute la nuit, et ne reste en mon âme que le goût d’un regret, d’un hébétement face au fait d’exister, mais d’exister vraiment
      le néant source pure. seul un être en y tombant parvient-il à le ressusciter, soufflant la bulle d’un zéro à l’oreille noire du silence
      – disons que ça fait partie de l’errance…

    28 mars 2016

  • les restes de la cène

      au réveil la mer était là, montée d’on ne sait où, et pour ne jamais redescendre semble t-il
      au dessert du chou fermenté dans mon assiette. en entrée et en plat de résistance également, du chou fermenté
      on pourra pas dire qu’on n’a pas été heureux…

      .

      travaille pas trop, et seulement le dimanche, si il fait ni trop chaud ni trop moche 
      et si la vie par exemple ou par hasard ressemblait à quelque chose, ne travaille pas du tout, tout au plus
      les nuages glissent vers l’est, les choses flottent au-dessous – je passe mon temps ailleurs…

      .

      faire le compte et le recompte des raisons de se tenir debout occupe au moins les doigts, à défaut de l’esprit
      alors je reste assis, là sur un banc de fortune, d’infortune ou de bois,
      pansant les plaies d’un dieu qui n’a pas réussi à ressusciter…

      .

      c’est presque la pluie, et j’ai l’impression d’avoir toujours vécu comme ça, sous presque une pluie
      à égale distance du caquètement d’une poule chez le voisin et d’un trou au ventre où l’on ne prend même plus la peine d’aller ramasser les poissons
      morts de l’enfance, messe basse et compagnie…

      .

      la côté est longue, raide la pente, mais pire la descente
      de plus en plus rares les escales où boire un coup, becqueter une frite en matant discrètement la serveuse  en ses lestes allées, et venues
      de sommet y en a pas – que ferait-on d’un sommet, du haut duquel on ne pourrait que contempler toutes les dérogations, consenties plus ou moins librement, au vertige
      – tomber si bas ne nous relèvera pas.

    les restes de la cène
    28 mars 2016

  • la fin de la récré

      on ne peut nourrir la foule avec plus d’un petit pain de mie. on ne peut désaltérer les multitudes avec plus d’un gobelet de cidre. on ne peut assouvir sa soif d’absolu avec plus d’un mégot…

      .

      évidemment il est essentiel que tout se passe à notre insu, que les vérités ne soient que pressenties, et vagues les promesses, afin de préserver en nous la possibilité de l’orgasme, de la conjonction, en un éclair de temps, de l’immanent et du transcendant

      .

      j’aime la nuit où les chasseurs m’ont tué. quand je me suis relevé je n’étais plus la symbiose douteuse d’un spectre et d’une larve, mais l’imminent salut de la population locale

      .

      aller droit au but se révélant la manière la plus sûre de le manquer, je me suis perdu en chemin. un chemin sans s’y perdre fait l’effet d’un tas de caillasse, et les pansements emportés par précaution s’avèrent de grande utilité, quoique d’efficacité restreinte…

      .

      un arbre s’est bien caché derrière le mot arbre, pourquoi donc ne tirerais-je pas la langue jusqu’à ce qu’elle envahisse ta bouche, ou rampante sur le gravier ne s’y plante en piercings les arêtes du Verbe. certes je nage, mais je nage en amont…

      .

      chacun vide son sac. on en sort des crapauds, des trombones, des miettes de chips – et même les saluts que ne vous ont pas adressés les gens croisés dans les villages traversés. chacun vide son sac et ne garde en dedans qu’un ricanement de tête de mort, ou la mince pellicule de matière gélatineuse recouvrant le gland du sud

      .

      cela est nécessaire, incontournable – malheur cependant à celui qui sifflera la fin de la récré.

    28 mars 2016

Page précédente Page suivante