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assis là sur un banc


  • nul en ce miroir

      moi qui traçais dans l’air nul les courbes tronquées de la désobéissance, je découvre des formes inédites d’obédience: elles fument pensivement à vide

      .

      à cheval sur un voyage hors destination et à l’abri des rencontres d’inconsistance, me manquent les ailes je sais mais ça n’a pas d’importance: ici ne vient de rien

      .

      le temps à bout de bras, on se permet même quelques flexions – alors que de retour chez soi nous prend, vague en vase clos, la nostalgie des murs…

      .

      peut-être patienter plus longtemps, que le pépin se nettoie du raisin, et qu’un jour à tes lèvres, le vin n’en soit que l’idée pure

      .

      tu ne me croirais pas. tu ne me croirais pas capable de tant de douceur – et pourtant, j’existe. dans la vanity fair j’existe. en paysage désolé j’existe. au bout de tant et à un pas de soi, j’existe…

    26 mars 2016

  • dis-moi qu’il pleut

      sur la borne-mourir, aux yeux si peu de jour
      les miracles m’ennuient, un miracle me fuit – à qui te dire tu
      le mot partir aussi résonne tout autrement, j’ai bien ôté mes gants
      je les ai laissés là, les mains entrent en silence, je les ai laissées nues
      c’est la bonne saison, aux yeux si peu de jour, si peu de jour alors
      dis-moi qu’il pleut

      .

      une autre nuit tu es comme un homme
      ou par un coup de gel tu meurs en plein milieu
      j’ai froid pour toi dis, j’ai froid sans toi non plus – j’ai froid pour deux
      un autre jour tu pars un peu plus tôt, si tôt que le jour ne vient pas, stigmate de ma morsure au cou
      et les veufs de leur vie à souffler sur leurs doigts ne sont plus qu’ongles, gosiers secs
      et perruches branlantes…

      .

      plus besoin de prouver quoi que ce soit, on peut baiser comme tout le monde désormais, à genoux sur les coudes
      on n’évoquera plus la mort que pour désosser la raison, affoler la course des aiguilles au cadran du destin
      j’ai la dalle, comprends-moi j’ai la dalle – les dents infâmes mais y a pas d’estomac

      .

      en vue, l’infini rien
      je vois ma vue, je plonge en mon regard – tout change, quand demeure le même désert intérieur
      en joue, la pure béance, le trou noir de la conscience le point mort, le point G de toute absence tu pleures?
      allons donc, tu pleures. tu pleures maintenant. et moi qui allais justement te traiter d’inaltérable, d’indélébile,
      la fleur sans jus le beau
      silence…

    26 mars 2016

  • à pieds à dos d’âne, ou à motobécane

      tu l’offrirais bien en holocauste ta solitude, sous le nez de qui voudrait bien la renifler, et saigner un peu de ton sang
      c’est pas ma peine que je veux dire c’est la peine, celle qui pourrit les yeux de n’importe qui, abcès communs
      je ne distingue plus les générations, les chiottes au fond du jardin et la pure ligne démarquant le dégoût de la pitié quand tu me dis merci, vous aussi

      .

      j’avais n’importe quoi j’avais même
      les mains dans les poches
      y a t-il un dieu, y a t-il un chemin morne qui titube
      jusque chez moi
      – je ne sais pas. je l’ai pris et me voici ici, sans savoir où je suis

      .

      c’est un soupir si profond: si peu d’amour dans le plus grand amour – ça ressemble à rien
      il faut pourtant y aller, se réveiller ouvrir les yeux, remuer la poussière et demander comment ça s’appelle,
      cette ville là, la fille planquée derrière cette paire de nichons là, et le sentiment las d’avoir tout perdu et même
      de n’avoir jamais eu
      entre les mains
      que l’ombre de leurs paumes

      – et pourtant j’étais content

    à pied, à dos d'âne, ou à motobécane
    26 mars 2016

  • oups, j’ai avalé mon code astral

      des hommes sobres
      des hommes tout ce qu’il y a de plus sobre
      ne côtoyant le danger qu’en de rares occasions, et de manière crispée
      m’ont donné une cigarette.
      ils n’avaient pas de feu, alors ils m’ont fait vas, cherche le feu, d’un geste vague…

      .

      un chien très doux
      un chien très doux m’a léché le dos de la main
      les arbres sont tout rabougris le long de cette côte pourrie, et ils ont bien raison, une fois de plus
      le jour n’est pas tombé et y a déjà plus personne dehors, à part un vent méchant
      …
      voilà

      .

      je ne parlerai plus de femmes désormais, ou seulement de femmes mortes – c’est beaucoup plus facile de parler à des mortes. je sais pas pourquoi, je m’entends mieux avec elles
      ou avec un chien errant. ça anime tout un paysage, un chien errant. ça frétille de la queue, ça rend plus familière une nature morte, profondément morte
      on peut parler plus facilement à un chien errant

      .

      il n’y a plus de sommeil pour moi
      et il n’y a plus d’éveil pour moi non plus
      c’est un entre-deux, je pars et je n’en reviens pas
      lorsque je me retourne tu n’es déjà plus là. tu n’as jamais été là sans doute tandis qu’avançant, je sens ta présence derrière moi
      comme un manque à présent

      .

      tu regardes sur la gauche: pas de voiture. du côté droit: rien par là non plus. de l’autre côté de la route tu vois ce banc, faisant face à la mer – une mer sombre et gelée
      tu sais qu’il faudra bien finir par la traverser cette route, et aller t’asseoir sur ce banc, là, mais tu fais celui qui n’entend rien, ni de la grosse voix intérieure, ni du lugubre mugissement de la mer, là de l’autre côté de la route, celui que cela après tout ne regarde pas
      toujours rien sur la droite évidement. tourné du côté gauche tu attends, tu attends, sans aucun pressentiment déterminé

      .

      la vie n’a pas assez duré. durer, c’est comme la substance du néant, un peu de vérité restante en attendant
      je suis entré j’ai commandé un café
      je n’étais pas chez moi, j’ai du payer
      heureusement, personne ne m’a salué

      .

      des hommes bien sobres, j’ai enterré les hommes sobres
      il y avait un pot mais pas de plante dedans; j’y ai juste glissé une carte postale, n’importe quel genre
      ça habillerait quand même un peu leur tombe, pensais-je
      marchant dans la rue déserte, je me disais qu’il y avait peu de chance de se faire écraser
      et peu de chance aussi d’écraser quiconque, même si on sait jamais
      c’est vrai ça, on sait jamais au fond…

    oups, j'ai avalé mon code astral
    26 mars 2016

  • carême en la disette

      et l’illumination on apprendrait plus ou moins à vivre sans, c’est à dire à survivre, c’est à dire à la garder au fond de soi parfois comme un espoir déchu, parfois comme la graine endormie dans la certitude de la pluie à venir

      .

      il y a des chutes dont on ne se relève pas, et le roc le plus dur a les intestins pourris on le sent bien quelque part. je pleurerai donc, je pleurerai jusqu’à ce que le désert reverdisse, jusqu’à ce que la croix éclose en pavot

      .

      dans le doute j’ai mangé ma maison. dans le doute j’ai pissé sur un chien. puis le doute ne signifiant plus rien, je me suis allongé tout contre le chien mort. il n’errerait plus

      .

      sans plus de doute aucun je gravirai la croix. et du sommet où le ciel s’ouvrira, s’ouvrira au-dedans de moi et m’écartèlera, je n’existerai plus, et n’aurai jamais existé

      .

      et quand j’aurai peur, quand j’aurai vraiment très peur, qu’une main dans ma main pèsera tout le poids d’une chaise vide, que pourrai-je dire encore qui ait le moindre sens, qui pencherait d’un côté ou bien de l’autre, mais ne coulerait pas à pic?

      .

      on ne se parle plus. j’ignore pourquoi on ne se parle plus. peut-être parce qu’on ne s’écoute plus soi-même. peut-être parce qu’on écoute plus assez le silence
      qui ne dit rien
      qui reste là, se tait
      ne dit rien
      et nous écoute

    26 mars 2016

  • j’arrive oui mais je n’arrive pas

      nos mains ne se rejoindront peut-être jamais, mais leurs ombres dansent et se mêlent sur le sol en ciment

      .

      vertiges, utopies, odeur de tabac froid, je ne sais plus comment je m’appelle. on me dit mon nom et je sais pourtant que je ne m’appelle pas, du sable collé sous la plante des pieds

      .

      oui les coudées franches, et je ne fais rien, broyant les dés dans mon poing – n’importe quel destin me serait tout horrible

      .

      c’est les vivants qu’il faut craindre pas les morts, me sort cette vieille salope en époussetant son cadavre. j’ai perdu le nord. pourtant le nord c’est l’étoile, mais j’ai perdu le nord. on ne peut pas être plus au nord que ça

      .

      sous la terre et dans les cendres, on continue à se battre et à se mettre. est-ce que tu me sauves? et de quoi tu me sauves? et où est-ce que t’as caché ton truc? mon truc? oui enfin, tu sais quoi…

      .

      tu sais bien que je déteste tout, que je me fous de tout, et que j’ai tant de passion que je me suis tout lacéré le corps et dépecé le visage. alors: rien

    26 mars 2016

  • la corde

      j’ai vu une corde, la corde s’est serrée autour de mon cou, j’ai dit ouf, plouf, c’est toi qui y es.

      tout ce qui se passe de l’un à l’autre, imagine tout ce qui se passe de l’un à l’autre, en flux tendu. le piétiner. le piétiner avec hargne, avec haine, avec acharnement, l’annihiler. annihiler tout ce qui se passe de l’un à l’autre. et après fondre de douleur. ou coaguler. on peut dire aussi ça comme ça: coaguler de douleur.

      j’ai vu une corde. je croyais que c’était toi mais ce n’était que la queue d’une autre, le sillage d’une fuite. j’ai ramassé la corde. j’ai tiré, j’ai tiré. et j’ai vu qu’au bout de la corde il y avait la tête d’un pendu et que ce pendu c’était moi.

      j’ai sauté à la corde. est-ce que tu sais sauter à la corde? bien-sûr: toutes les filles savent sauter à la corde. et les boxeurs pareil. j’ai sauté à la corde donc et je criai de joie: allez attrape-moi, attrape-moi, mais toi tu avais une très grosse corde nouée à la place du cou, un gros bout de corde à la place de la langue et tu n’as pas crié.

      c’était ton intestin grêle, ma queue ou notre cordon ombilical je ne sais pas, en tout cas c’était tranché bien net d’un coup de rasoir ou bien arraché sauvagement avec les dents. c’était ton œil c’était notre histoire, cette histoire qui commence n’importe comment et qui finit pareil.

      j’ai vu une corde, alors je l’ai mise autour de mon cou et j’ai médité très fort jusqu’à devenir une lourde pierre. ensuite je me suis jeté à l’eau en priant qu’à l’autre bout de la corde quelqu’un me repêche – toi ou une autre peu importe, ouf, plouf, t’es mort.

    la corde
    26 mars 2016

  • bonté subnue

      je me calme
      mon souffle puissant, lent, profond – faut dire que je m’entraîne
      il charrie toute la vie en lui, et quelque antique prénom en rab, quelques vers oubliés
      les yeux vides, certes, mais vide n’a pas de cerne…

      .

      il n’y a pas d’intrus
      la mort nous viole, mais elle chez elle en nous, après tout…
      je ne supporte plus personne – je hante des absences
      le maillot jaune des non-pédaleux, le maillot jaune-lune, jaune-beurre, jaune-pissenlit
      ou le coquelicot sur un lit de chrysanthèmes, divaguons, le gland sur ta peau blême

      .

      les chiens n’ont pas de race; les races non plus
      il faut sentir toute la souillure du chien pour en comprendre l’innocence. le chien c’est un peu un christ sans croix, qui gambaderait de crotte en crotte ou gésirait en bout de chaîne…
      ou bien une humanité sans christ, se frottant la peau contre les os jusqu’à ce que ça gicle, mais ça ne giclerait pas
      pauv’christ, pauv’juif errant, pauv’chien perdu la queue en berne – et tout ça pour racheter quoi?

      .

      à quoi bon jouer si c’est juste pour gagner? gagner défait le jeu
      je grimpe sur mes propres épaules et je me fracasse le crâne, me crève les yeux et me pisse sur la nuque – de quoi te crois-tu à l’abri, connard? m’écrié-je
      j’ai envie de te sucer. tu sais, comme suce un nourrisson, et m’endormir dans ton orgasme:
      c’est tellement mystique un homme, quoi que ça sente; et c’est tellement n’importe quoi un homme
      – oui mais en rêve, toujours en rêve…

      .

      à toujours naviguer de l’un à l’autre, le milieu ne ressemble plus à rien
      je n’ai rien pêché aujourd’hui – l’anguille s’est noyée dans la roche et l’on fait semblant d’avoir oublié de quoi la peur est faite
      j’érigerai un monument aux égarés, un de ces monuments qu’on retrouve dans les contrées où le drame se marie si bien à l’ironie
      et l’odeur du chou aigre

    26 mars 2016

  • je racle la prière

      tomber des nues, principe charmant, se relever
      se relever, s’ frotter les g’noux, j’ai peine à croire
      j’ai peine à croire qu »on y perde son âme, son âme à
      sauter du train en marche

      .

      et il s’en fout, vraiment, vraiment il n’a
      rien mais rien à perdre vraiment
      sauf un petit lit peut-être, un petit linceul peut-être
      avec au-dedans, au-dessus ou au-dessous
      un nom
      qu’il n’arrive plus très bien à lire

      .

      dire l’essentiel, c’est à dire récurer l’écuelle du vain, le fond du fond du rien comme on – mais ce n’est qu’une image – comme on éjaculerait dans la bouche d’un mort
      je me parle, je me couche et je meurs, sur le côté droit c’est à dire dos au surendettement:
      aller l’esprit libre oui, et ne pas rabâcher sa prière comme on se lave les dents non,
      ne pas se laver les dents du tout, se rincer le squelette

      .

      prendre les devants réellement, d’une seule main plonger
      j’irai quand je mourrai, je mourrai quand j’en aurai – d’ici-là…
      d’ici-là les pieds sont froids. on verse l’eau bouillante dans le baquet et après on tempère, on tempère
      on a tout le temps vois-tu, TOUT le temps…

      .

      je ne m’aime pas. je m’ennuierais si je m’aimais. qui giflerais-je si je m’aimais?
      je préfère les histoires qui commencent mal et ne finissent pas je préfère les êtres sans histoire
      qui errent sans conviction dans un paysage minimaliste, un paysage de timbre-poste ou de morne steppe un paysage à la taille
      de leur désolation, leur drame en carton-pâte…

      .

      j’ai pas faim j’ai pas froid, j’ai pas peur et je n’ fous rien: ça va
      ça va, une autre fois ça va, où on ne te demande rien
      allez, on va crever l’œil du temps, le silence des dimanches mais tout va bien allez, vivement rien tout va bien
      . gèle à pierre fendre, cette nuit…

    26 mars 2016

  • i

      une fois pris mon envol, je reste à quatre pattes:
      le fond d’un homme est sa moustache – trop trash!
      le fond d’un homme est sa culotte – la culotte d’un homme…
      quelque chose de céleste – non, pas le mal de mer, la gastro ni l’erreur judiciaire, quelque chose de céleste je dis
      la vie topless, quoi…

      .

      t’es triste; tu pleures
      t’es triste alors tu pleures; ou tu ne pleures pas
      une lame te trépane le crâne, te traverse la tête et toi t’es triste
      tu pisses le sang
      tu pisses le sang tout l’temps

      .

      un chemin nous contient, qui coule en dedans nous
      les pattes de devant te lacèrent le dos en prière continue
      la pensée filtre tout, n’est pas filtre d’amour
      parce que la vie est déjà assez compliquée comme ça

      .

      le rituel sort du temps – il fait déjà poème
      tout comme les pierres en travers du torrent font déjà ricochet mais je saute à l’envers, gazelle estropiée, et tout se dit mine sous mon pas, tout se dit sexe sous mon ventre, croix de fer ou crois de bois, qui se passerait d’ordre ou de chaos se frotterait tout le corps d’orties
      j’ai bien dit tout le corps

      .

      l’implicite et l’ambigu me servent de testicules
      souvent j’ai rongé mes anneaux – il y a si longtemps que tu ne m’écris plus…
      en comptant jusqu’à i, trois fois au moins j’ai joui

    i
    26 mars 2016

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