moi qui traçais dans l’air nul les courbes tronquées de la désobéissance, je découvre des formes inédites d’obédience: elles fument pensivement à vide
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à cheval sur un voyage hors destination et à l’abri des rencontres d’inconsistance, me manquent les ailes je sais mais ça n’a pas d’importance: ici ne vient de rien
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le temps à bout de bras, on se permet même quelques flexions – alors que de retour chez soi nous prend, vague en vase clos, la nostalgie des murs…
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peut-être patienter plus longtemps, que le pépin se nettoie du raisin, et qu’un jour à tes lèvres, le vin n’en soit que l’idée pure
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tu ne me croirais pas. tu ne me croirais pas capable de tant de douceur – et pourtant, j’existe. dans la vanity fair j’existe. en paysage désolé j’existe. au bout de tant et à un pas de soi, j’existe…
sur la borne-mourir, aux yeux si peu de jour les miracles m’ennuient, un miracle me fuit – à qui te dire tu le mot partir aussi résonne tout autrement, j’ai bien ôté mes gants je les ai laissés là, les mains entrent en silence, je les ai laissées nues c’est la bonne saison, aux yeux si peu de jour, si peu de jour alors dis-moi qu’il pleut
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une autre nuit tu es comme un homme ou par un coup de gel tu meurs en plein milieu j’ai froid pour toi dis, j’ai froid sans toi non plus – j’ai froid pour deux un autre jour tu pars un peu plus tôt, si tôt que le jour ne vient pas, stigmate de ma morsure au cou et les veufs de leur vie à souffler sur leurs doigts ne sont plus qu’ongles, gosiers secs et perruches branlantes…
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plus besoin de prouver quoi que ce soit, on peut baiser comme tout le monde désormais, à genoux sur les coudes on n’évoquera plus la mort que pour désosser la raison, affoler la course des aiguilles au cadran du destin j’ai la dalle, comprends-moi j’ai la dalle – les dents infâmes mais y a pas d’estomac
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en vue, l’infini rien je vois ma vue, je plonge en mon regard – tout change, quand demeure le même désert intérieur en joue, la pure béance, le trou noir de la conscience le point mort, le point G de toute absence tu pleures? allons donc, tu pleures. tu pleures maintenant. et moi qui allais justement te traiter d’inaltérable, d’indélébile, la fleur sans jus le beau silence…
tu l’offrirais bien en holocauste ta solitude, sous le nez de qui voudrait bien la renifler, et saigner un peu de ton sang c’est pas ma peine que je veux dire c’est la peine, celle qui pourrit les yeux de n’importe qui, abcès communs je ne distingue plus les générations, les chiottes au fond du jardin et la pure ligne démarquant le dégoût de la pitié quand tu me dis merci, vous aussi
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j’avais n’importe quoi j’avais même les mains dans les poches y a t-il un dieu, y a t-il un chemin morne qui titube jusque chez moi – je ne sais pas. je l’ai pris et me voici ici, sans savoir où je suis
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c’est un soupir si profond: si peu d’amour dans le plus grand amour – ça ressemble à rien il faut pourtant y aller, se réveiller ouvrir les yeux, remuer la poussière et demander comment ça s’appelle, cette ville là, la fille planquée derrière cette paire de nichons là, et le sentiment las d’avoir tout perdu et même de n’avoir jamais eu entre les mains que l’ombre de leurs paumes
des hommes sobres des hommes tout ce qu’il y a de plus sobre ne côtoyant le danger qu’en de rares occasions, et de manière crispée m’ont donné une cigarette. ils n’avaient pas de feu, alors ils m’ont fait vas, cherche le feu, d’un geste vague…
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un chien très doux un chien très doux m’a léché le dos de la main les arbres sont tout rabougris le long de cette côte pourrie, et ils ont bien raison, une fois de plus le jour n’est pas tombé et y a déjà plus personne dehors, à part un vent méchant … voilà
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je ne parlerai plus de femmes désormais, ou seulement de femmes mortes – c’est beaucoup plus facile de parler à des mortes. je sais pas pourquoi, je m’entends mieux avec elles ou avec un chien errant. ça anime tout un paysage, un chien errant. ça frétille de la queue, ça rend plus familière une nature morte, profondément morte on peut parler plus facilement à un chien errant
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il n’y a plus de sommeil pour moi et il n’y a plus d’éveil pour moi non plus c’est un entre-deux, je pars et je n’en reviens pas lorsque je me retourne tu n’es déjà plus là. tu n’as jamais été là sans doute tandis qu’avançant, je sens ta présence derrière moi comme un manque à présent
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tu regardes sur la gauche: pas de voiture. du côté droit: rien par là non plus. de l’autre côté de la route tu vois ce banc, faisant face à la mer – une mer sombre et gelée tu sais qu’il faudra bien finir par la traverser cette route, et aller t’asseoir sur ce banc, là, mais tu fais celui qui n’entend rien, ni de la grosse voix intérieure, ni du lugubre mugissement de la mer, là de l’autre côté de la route, celui que cela après tout ne regarde pas toujours rien sur la droite évidement. tourné du côté gauche tu attends, tu attends, sans aucun pressentiment déterminé
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la vie n’a pas assez duré. durer, c’est comme la substance du néant, un peu de vérité restante en attendant je suis entré j’ai commandé un café je n’étais pas chez moi, j’ai du payer heureusement, personne ne m’a salué
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des hommes bien sobres, j’ai enterré les hommes sobres il y avait un pot mais pas de plante dedans; j’y ai juste glissé une carte postale, n’importe quel genre ça habillerait quand même un peu leur tombe, pensais-je marchant dans la rue déserte, je me disais qu’il y avait peu de chance de se faire écraser et peu de chance aussi d’écraser quiconque, même si on sait jamais c’est vrai ça, on sait jamais au fond…
et l’illumination on apprendrait plus ou moins à vivre sans, c’est à dire à survivre, c’est à dire à la garder au fond de soi parfois comme un espoir déchu, parfois comme la graine endormie dans la certitude de la pluie à venir
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il y a des chutes dont on ne se relève pas, et le roc le plus dur a les intestins pourris on le sent bien quelque part. je pleurerai donc, je pleurerai jusqu’à ce que le désert reverdisse, jusqu’à ce que la croix éclose en pavot
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dans le doute j’ai mangé ma maison. dans le doute j’ai pissé sur un chien. puis le doute ne signifiant plus rien, je me suis allongé tout contre le chien mort. il n’errerait plus
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sans plus de doute aucun je gravirai la croix. et du sommet où le ciel s’ouvrira, s’ouvrira au-dedans de moi et m’écartèlera, je n’existerai plus, et n’aurai jamais existé
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et quand j’aurai peur, quand j’aurai vraiment très peur, qu’une main dans ma main pèsera tout le poids d’une chaise vide, que pourrai-je dire encore qui ait le moindre sens, qui pencherait d’un côté ou bien de l’autre, mais ne coulerait pas à pic?
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on ne se parle plus. j’ignore pourquoi on ne se parle plus. peut-être parce qu’on ne s’écoute plus soi-même. peut-être parce qu’on écoute plus assez le silence qui ne dit rien qui reste là, se tait ne dit rien et nous écoute
nos mains ne se rejoindront peut-être jamais, mais leurs ombres dansent et se mêlent sur le sol en ciment
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vertiges, utopies, odeur de tabac froid, je ne sais plus comment je m’appelle. on me dit mon nom et je sais pourtant que je ne m’appelle pas, du sable collé sous la plante des pieds
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oui les coudées franches, et je ne fais rien, broyant les dés dans mon poing – n’importe quel destin me serait tout horrible
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c’est les vivants qu’il faut craindre pas les morts, me sort cette vieille salope en époussetant son cadavre. j’ai perdu le nord. pourtant le nord c’est l’étoile, mais j’ai perdu le nord. on ne peut pas être plus au nord que ça
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sous la terre et dans les cendres, on continue à se battre et à se mettre. est-ce que tu me sauves? et de quoi tu me sauves? et où est-ce que t’as caché ton truc? mon truc? oui enfin, tu sais quoi…
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tu sais bien que je déteste tout, que je me fous de tout, et que j’ai tant de passion que je me suis tout lacéré le corps et dépecé le visage. alors: rien
j’ai vu une corde, la corde s’est serrée autour de mon cou, j’ai dit ouf, plouf, c’est toi qui y es.
tout ce qui se passe de l’un à l’autre, imagine tout ce qui se passe de l’un à l’autre, en flux tendu. le piétiner. le piétiner avec hargne, avec haine, avec acharnement, l’annihiler. annihiler tout ce qui se passe de l’un à l’autre. et après fondre de douleur. ou coaguler. on peut dire aussi ça comme ça: coaguler de douleur.
j’ai vu une corde. je croyais que c’était toi mais ce n’était que la queue d’une autre, le sillage d’une fuite. j’ai ramassé la corde. j’ai tiré, j’ai tiré. et j’ai vu qu’au bout de la corde il y avait la tête d’un pendu et que ce pendu c’était moi.
j’ai sauté à la corde. est-ce que tu sais sauter à la corde? bien-sûr: toutes les filles savent sauter à la corde. et les boxeurs pareil. j’ai sauté à la corde donc et je criai de joie: allez attrape-moi, attrape-moi, mais toi tu avais une très grosse corde nouée à la place du cou, un gros bout de corde à la place de la langue et tu n’as pas crié.
c’était ton intestin grêle, ma queue ou notre cordon ombilical je ne sais pas, en tout cas c’était tranché bien net d’un coup de rasoir ou bien arraché sauvagement avec les dents. c’était ton œil c’était notre histoire, cette histoire qui commence n’importe comment et qui finit pareil.
j’ai vu une corde, alors je l’ai mise autour de mon cou et j’ai médité très fort jusqu’à devenir une lourde pierre. ensuite je me suis jeté à l’eau en priant qu’à l’autre bout de la corde quelqu’un me repêche – toi ou une autre peu importe, ouf, plouf, t’es mort.
je me calme mon souffle puissant, lent, profond – faut dire que je m’entraîne il charrie toute la vie en lui, et quelque antique prénom en rab, quelques vers oubliés les yeux vides, certes, mais vide n’a pas de cerne…
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il n’y a pas d’intrus la mort nous viole, mais elle chez elle en nous, après tout… je ne supporte plus personne – je hante des absences le maillot jaune des non-pédaleux, le maillot jaune-lune, jaune-beurre, jaune-pissenlit ou le coquelicot sur un lit de chrysanthèmes, divaguons, le gland sur ta peau blême
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les chiens n’ont pas de race; les races non plus il faut sentir toute la souillure du chien pour en comprendre l’innocence. le chien c’est un peu un christ sans croix, qui gambaderait de crotte en crotte ou gésirait en bout de chaîne… ou bien une humanité sans christ, se frottant la peau contre les os jusqu’à ce que ça gicle, mais ça ne giclerait pas pauv’christ, pauv’juif errant, pauv’chien perdu la queue en berne – et tout ça pour racheter quoi?
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à quoi bon jouer si c’est juste pour gagner? gagner défait le jeu je grimpe sur mes propres épaules et je me fracasse le crâne, me crève les yeux et me pisse sur la nuque – de quoi te crois-tu à l’abri, connard? m’écrié-je j’ai envie de te sucer. tu sais, comme suce un nourrisson, et m’endormir dans ton orgasme: c’est tellement mystique un homme, quoi que ça sente; et c’est tellement n’importe quoi un homme – oui mais en rêve, toujours en rêve…
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à toujours naviguer de l’un à l’autre, le milieu ne ressemble plus à rien je n’ai rien pêché aujourd’hui – l’anguille s’est noyée dans la roche et l’on fait semblant d’avoir oublié de quoi la peur est faite j’érigerai un monument aux égarés, un de ces monuments qu’on retrouve dans les contrées où le drame se marie si bien à l’ironie et l’odeur du chou aigre
tomber des nues, principe charmant, se relever se relever, s’ frotter les g’noux, j’ai peine à croire j’ai peine à croire qu »on y perde son âme, son âme à sauter du train en marche
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et il s’en fout, vraiment, vraiment il n’a rien mais rien à perdre vraiment sauf un petit lit peut-être, un petit linceul peut-être avec au-dedans, au-dessus ou au-dessous un nom qu’il n’arrive plus très bien à lire
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dire l’essentiel, c’est à dire récurer l’écuelle du vain, le fond du fond du rien comme on – mais ce n’est qu’une image – comme on éjaculerait dans la bouche d’un mort je me parle, je me couche et je meurs, sur le côté droit c’est à dire dos au surendettement: aller l’esprit libre oui, et ne pas rabâcher sa prière comme on se lave les dents non, ne pas se laver les dents du tout, se rincer le squelette
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prendre les devants réellement, d’une seule main plonger j’irai quand je mourrai, je mourrai quand j’en aurai – d’ici-là… d’ici-là les pieds sont froids. on verse l’eau bouillante dans le baquet et après on tempère, on tempère on a tout le temps vois-tu, TOUT le temps…
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je ne m’aime pas. je m’ennuierais si je m’aimais. qui giflerais-je si je m’aimais? je préfère les histoires qui commencent mal et ne finissent pas je préfère les êtres sans histoire qui errent sans conviction dans un paysage minimaliste, un paysage de timbre-poste ou de morne steppe un paysage à la taille de leur désolation, leur drame en carton-pâte…
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j’ai pas faim j’ai pas froid, j’ai pas peur et je n’ fous rien: ça va ça va, une autre fois ça va, où on ne te demande rien allez, on va crever l’œil du temps, le silence des dimanches mais tout va bien allez, vivement rien tout va bien . gèle à pierre fendre, cette nuit…
une fois pris mon envol, je reste à quatre pattes: le fond d’un homme est sa moustache – trop trash! le fond d’un homme est sa culotte – la culotte d’un homme… quelque chose de céleste – non, pas le mal de mer, la gastro ni l’erreur judiciaire, quelque chose de céleste je dis la vie topless, quoi…
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t’es triste; tu pleures t’es triste alors tu pleures; ou tu ne pleures pas une lame te trépane le crâne, te traverse la tête et toi t’es triste tu pisses le sang tu pisses le sang tout l’temps
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un chemin nous contient, qui coule en dedans nous les pattes de devant te lacèrent le dos en prière continue la pensée filtre tout, n’est pas filtre d’amour parce que la vie est déjà assez compliquée comme ça
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le rituel sort du temps – il fait déjà poème tout comme les pierres en travers du torrent font déjà ricochet mais je saute à l’envers, gazelle estropiée, et tout se dit mine sous mon pas, tout se dit sexe sous mon ventre, croix de fer ou crois de bois, qui se passerait d’ordre ou de chaos se frotterait tout le corps d’orties j’ai bien dit tout le corps
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l’implicite et l’ambigu me servent de testicules souvent j’ai rongé mes anneaux – il y a si longtemps que tu ne m’écris plus… en comptant jusqu’à i, trois fois au moins j’ai joui