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assis là sur un banc


  • reboisement d’un arbre

      méandres sans le corps, anesthésies d’un jour
      la mer glissée des mains, un genou sur la bible
      et tu t’abîmes, l’azur exorbité – chiffon de fleur papier-crépon
      affligée sur sa tige de fer, contorsionnée jusqu’à l’ennui
      – rêve de moi allez, rêve de moi maintenant

      .

      ça y est là je suis mort – je ne vais pas te cracher dessus pour autant
      les peaux brunissent, les animaux retrouvent le goût du sel, le sens caché sous les rumex
      le sexe gonflé tout un ciel pavoise, prodiguant son éclat à travers les artères paresseuses de la ville
      je n’ai rien avoué, rien sous-entendu – faire un ourlet à ta manche ne prendra qu’une minute –
      voire toute l’éternité

      .

      sac d’énigmes, terre des chevaux, je défais le lacet, je défais le lacet
      cent rames à mon navire, mon navire sans rame – barque champêtre, tape-cul des vagues hautes, des vagues basses
      d’impulsion féminine le coup de rein, le rond dans l’eau, traçant en quelques traits la figure suppliciée du destin
      – autant pour moi

      .

      lève-toi et marche, comme si d’un coup les jambes te poussaient du sommeil
      et le jour chancelait dans tes bras, frêles rampes d’émoi
      alors tu pisses à te tordre la queue, certain que rien ne pourrait venir à bout de ton amour, raz de marée dans un verre à liqueur
      pourtant partout j’étais vainqueur, d’où la guerre se lassait…

      .

      à croire qu’il n’y avait là nulle âme, que les lieux pleins d’absence attendaient ma douleur
      tout en fermant les yeux…
      assieds-toi donc et marche, le long des rives closes – perçois un temps encore les clignements du silence, le clapotis des rêves
      sur le tapis des nuits blanchies à l’insomnie
      veille, veille jusqu’à la fin des temps et sans doute au-delà, enturbanné d’oubli la cervelle en pétard veille –
      ne me quitte pas des yeux.

    reboisement d'un arbre
    27 mars 2016

  • où fuir encore?

      l’éblouissement aussi est une forme d’aveuglement. je n’ai pas les yeux de traverser le feu. d’ailleurs que ce soit à feu ou à cendres, je ne vois plus rien

      .

      ici passe là-bas, là-bas s’écoule ici. il y a pourtant autre chose, autre chose toujours, qui dépasse le lieu,, l’outre-lieu et leur coïncidence en tout esprit. une utopie sans nom, qui ne ressemble à rien mais à laquelle je ressemblerais enfin

      .

      ce qui m’échappe. ce qui échappe à tout. et tout m’échappe. si l’on ne sombre plus c’est qu’il n’y a plus de fond, plus de poids pour confirmer la chute

      .

      que faire de la délivrance? il n’y a rien à faire de la délivrance. condamné à errer ou être délivré ne nous concerne plus – nous pénètre nous traverse tout entier certes, mais ne nous concerne plus

      .

      j’ai rasé tous les arbres, décimé la forêt. afin de voir plus loin, en vue de voir. et j’ai vu. ni les arbres ni la forêt: j’ai vu. et j’ai vu loin. tant le vide s’étendait…

      .

      ne reste qu’à se crever les yeux. à réveiller chaque jour un parfum et le même. à réveiller chaque instant ce parfum et le même, sursaut d’éternité. ne reste qu’à se crever les yeux pas plus. et ça je ne peux pas

      .

      l’ultime déraison, plus un pas. le pas restant. devant l’immense peur de redevenir enfant…

      .

      ils ont franchi le cap au nord. ils doivent passer la frontière invisible maintenant
      et sans un cri…
      les choses sont ce qu’elles sont, voilà ce qui les rend si belles, se dit il en passant, d’un ton de fausse confidence
      – tout étant dit, on peut tout dire désormais, sans contrainte ni empressement
      on peut tout taire enfin…

    27 mars 2016

  • la colline d’en face

      toute une vie ravalée, le nombril effacé. lisse et sans rupture l’esprit abasourdi rentre dans l’esprit
      étrange, la conscience de ce vide substantiel, de cette place vacante et sans attente, les pouces tournés de l’absence consentie
      la partie, abandonnée, désormais se joue seule…

      .

      quitter sa conscience, se contenter de l’être: il va falloir prier
      – prier machinalement, s’imbiber d’absolu, s’anesthésier l’esprit jusqu’à ne plus distinguer la part de dieu de celle de la bête
      en sa froide raison

      .

      je me tourne vers la pleine lumière, seule à même de soustraire à la mort, de déraciner en moi la foi dans le néant, et dissoudre la peur ancestrale
      je n’ai soif que de cette essence infinie
      le reste… le reste ne fut que poésie. or, alors que tombe le masque d’exister, survivre à l’insignifiance ne suffit plus: il faut être désormais
      être… ou crever

      .

      je regarde la colline d’en face, qui s’élève au-dessus des brumes d’ici-bas
      la route menant à la colline d’en face passe par le cimetière entourant l’église: on meurt avant d’arriver à la colline d’en face
      je voudrais d’un bond survoler le cimetière et me retrouver sur la colline d’en face
      d’où je me retournerais pour regarder la colline d’ici, émergée des brumes de l’oubli, flottant
      sur l’haleine des morts…

    la colline d'en face
    27 mars 2016

  • tant je ne pomme, et me désole

      je n’habite pas
      ma vie, je n’habite
      rien
      passe un camion, rien d’autre
      je n’habite
      pas

      .

      une seule et même vérité
      suffira
      tant à mourir
      qu’à vivre –
      lentement
      sis sur le pont
      nous mûrissons 

      .

      le soleil
      ne chauffe pas
      un éveil tout chiffonné
      titube
      sur la brèche –
      je ne sais
      où aller

      .

      très peu d’odeur, pas de rosée
      à tâtons je m’avance
      en plein jour pourtant
      en plein jour sans y voir
      ou sans que voir
      ne porte
      à conséquence

      .

      éternelle lumière
      je m’agrippe, je m’agrippe
      et je sens que je fonds.
      éternelle lumière
      rien ne passe, ne se passe
      je m’agrippe et je sens
      que je fonds…

    27 mars 2016

  • repeuplement d’une gare

      ce n’est pas la peine. on se regarde en face on ne se dit rien. j’ai vu des gens heureux
      j’ai vu des gens heureux je les ai salué de loin, un peu comme je me regarde moi-même: de loin
      de si loin qu’on ne sait pas si c’est du dedans ou du dehors on se regarde en face on ne se dit rien
      on ne se dit rien c’est pas la peine, pas la peine vraiment

      .

      je rêve encore, debout à mes côtés – je rêve encore debout
      le jour où je suis mort, j’étais mort déjà, debout du bon côté
      tu passes à côté de moi, tu me frôles, je t’effleure du bout des doigts
      j’arrive à faire cela, je t’effleure du bout des doigts. quand tu passes à côté

      .

      les choses sont plus sérieuses qu’elles n’y paraissent. je n’ai pas mal
      je fais peur aux enfants. rien ne me blesse davantage. je devrais me cacher
      ne rien envisager garnira mon panier. je me retourne de l’autre côté. de l’autre côté c’est de l’autre côté
      l’ombre elle aussi se tourne et se retourne, s’allonge ou diminue,
      se dissout dans l’anonyme

      .

      je suis fatigué je crois. je devrais laisser tomber, ne plus me préoccuper
      de rien. de totalement rien. d’ailleurs je ne me préoccupe de
      quand demain il fera beau, pour qui il fera beau, qui se dénudera
      j’ai beau faire le tour de l’image, l’image n’a pas de profondeur – on n’entre pas dans l’image, l’image à double-fond

      .

      on marchera contre le vent cette fois-ci c’est bien fini
      il faut dormir, dormir à tout jamais. quelque chose s’éveille à l’intérieur
      je suis heureux d’être entre vous, vraiment, mais là je disparais. je n’ai plus l’image de paraître
      l’été le plus merveilleux de l’univers arrive, c’est étrange… je meurs à deux pas de là

    repeuplement d'une gare
    27 mars 2016

  • ballade fauchée, poème bâclé

      la vie ne pénètre pas jusqu’aux entrailles – il fait trop froid là-bas
      je pense à toi, et je ne pense à rien
      ça va ça vient, ça ne ressemble à rien
      ça ressemble à ça, là: s’arrêter sur le pont ne pas
      chercher plus loin

      .

      il ne faut pas grand chose pour faire un miracle, tu sais
      je parle de la misère intérieure, de la souffrance morale comme paratonnerre du miracle
      on avait tellement mal qu’on ne s’en souciait plus
      qu’elles sont belles, ces villes reconstruites au cordeau derrière les bombardements
      – on se croirait fumer un joint dans un cimetière militaire…
      .

      pourtant j’aime mon ballon, lâché dans l’air et qui m’échappe
      je rêve qu’un jour dieu et moi ne nous dégoûtions plus…

      .

      j’ai pas soif
      je sais que c’est terrible, mais j’ai pas soif
      la vie n’est jamais plus vraie que lorsqu’on en déchiffre le mensonge mais on s’en fout:
      toute la pitié, toute la pitié je voudrais la concentrer
      en un geste anodin…

    27 mars 2016

  • les restes de la veille

      on ne complique plus les choses. par paresse ou par indifférence. l’éternité de l’âme se range dans l’éternité tout court
      il est un temps où vivre ne tient plus que du miracle, et l’on souffle sur les braises non pour raviver quelque flamme, mais bien pour s’assurer d’un souffle…

      .

      le rêve permet tout, comme un mensonge peut se permettre même une pure vérité
      je cherche une ville où marcher, une ville que le vacarme n’engloutirait pas, une permission totale de pisser contre un mur,
      d’y afficher le vide grandiose qui nous habite, et par lequel nous finissons tout de même
      par ressembler l’un à l’autre

      .

      ni plus ni moins que peu, du présent essoré
      et tant pis si les dégâts collatéraux s’avèrent disproportionnés au regard des quelques gouttes de joie tombées là au hasard
      le hasard finalement ne ment pas: il n’a besoin ni de plaire ni de convaincre…

      .

      le sens dernier ne serait-il pas ce monde quasi abandonné de dieu, ne tenant plus à soi que par le nerf à nu, le nerf ténu de son œil globuleux et tari?
      mourir semble trop difficile, je préfère m’ennuyer, essuyer mon ennui sur un ciel infini, c’est à dire ce ciel-là, d’avril à peine voilé, un peu mou sous la dent
      tentant innocemment d’échapper à de vains souvenirs – pourquoi vains d’ailleurs? il faut bien se mettre quelque chose sous la queue, se dire que la beauté, chiendent de l’âme, résiste à tout…

    27 mars 2016

  • une angoisse lumineuse

      chaque instant d’une limpidité égale, lustré et baptisé dans une angoisse lumineuse…

      .

      il s’agit de fraterniser, ou du moins de transiger le plus sereinement possible avec l’irrémédiable. de l’utopie peut-être. ou carrément hors-propos – que sais-je?

      .

      le ciel partout. en chaque particule. seul l’ici-et-le-maintenant se situe radicalement ailleurs, rêve latéral dans l’esprit du dormeur

      .

      cent oiseaux peints en bleu sur mon dos volettent en tout sens, volettent éperdument…

      .

      d’un coup sauter pieds joints dans une flaque de chair, puis rebondir plus loin, au sec d’un été perpétuel

      .

      le sens est d’être, puisque l’être cherche l’être, l’être désire l’être, l’être
      languit de l’être
      – ainsi aurons-nous fait, avec pas tout à fait la moitié d’une vérité, presque la moitié du chemin…

      .

      se balader, errer
      dans les méandres du Temps, diluer sa mémoire au fond pâle d’un jour et, tant qu’on y est, écraser son mégot sur la paume du Destin
      suffira pour un seul homme…

      .

      tanguer
      tanguer sur quelques jours émergés de l’abîme, marcher à travers ciel –
      arriverai-je jamais quelque part en lieu pur, sans nostalgie d’un port, sans pencher vers le large?

    les restes de la veille
    27 mars 2016

  • tel un enfant devant la mort

      je ferme les yeux. je ferme les yeux pour ne pas mentir. je ferme les yeux pour ne pas me voir. je ferme les yeux pour me montrer à ce qui n’est pas à connaître, mais auquel il me faut me rendre

      .

      tant que tu peux marcher, marche. les pieds vont au-dessus des genoux et s’usent un jour, ayant délivré mille paysages…

      .

      tout est beau quand tu meurs mon âme – même mourir s’avère beau quand tu meurs, mon âme. et tu mourus tant et tant mon âme, que le bol en est vide…

      .

      demain j’aurai peur. demain j’aurai très peur. sinon pourquoi sauter? parce que comprendre n’est pas saisir, un poème se jette par la fenêtre avant que la fenêtre ne se jette sur lui
      – ou l’érotisme du vide

      .

      alors même que je meurs, ce n’est pas moi qui meurt, mais quelque chose de beaucoup plus profond que moi, et dont je ne suis si j’ose dire, qu’une épiphanie
      alors même que je meurs, ce n’est pas moi qui meurt, puisque je ne suis pas
      c’est pourtant ce moi-là, qui n’est pas, ce moi-là seul qui meurt, puisque la mort n’existe pas
      bien-sûr ça ne colle pas – si ça collait, de quoi vivrions-nous?

      .

      en l’enfant, l’homme et dieu n’ont pas encore entamé leur divorce – et ça s’appelle la vie. qu’en moi se révèlent la folie, l’amour et la raison de cette vie

    tel un enfant devant la mort
    27 mars 2016

  • ballon lâché dans le vide de dieu, seul un poème

      enfant bercé au sein de dieu je n’ai plus peur, plus peur enfin, sans réserve me confiant
      à la paix du nombre un

      .

      la corde brisée, fais-la vibrer une fois encore
      la corde brisée, bois-en la dernière cuvée…

      .

      si le sol est si blanc, neige carbonisée, et si ternes les cieux, queue de grive, soupir d’adieu…
      – que s’ouvre en nous, que s’ouvre
      tout ce qu’il y eut de fermé

      .

      âme vagabonde, âme lève-toi: c’est si beau de glisser sur le néant, de briser l’illusion d’un mur sans substance, et sans espoir s’ébattre dans une éternité perpétuellement renaissante…

      .

      qui le jour caressait la queue du loup
      la nuit en connaîtra le plus profond baiser

      .

      je voudrais ne pas oublier les jours de pluie, ni les jours de misère
      je me baigne dans le regard clair et éteint du plus simple néant

      .

      le jour s’éveille en moi. l’infini s’ouvre en moi. qu’importe qu’il me déchire, qu’il me punaise sur la page d’un temps figé – à cet instant tout est prière…

    27 mars 2016

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