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assis là sur un banc


  • déboisement d’un arbre

      ce qui n’allait pas bien mourrait bientôt. on se rassure comme on peut évidemment, on se rassure même pas du tout. dieu seul est dieu – et quelque chose d’autre en plus, quelque chose de moins en plus. dieu seul en dieu.

      .

      je suis si triste – triste comme un cheval de bois. tu crois que quelque chose a de l’importance mais tu crèves avant tout le monde. jusqu’à la fin des temps cependant, et autant que dure le temps tu marcheras, tu marcheras le col tendu, la foi ardente ou à peu près.

      .

      on ne parlera de personne. on ne dira bonjour à personne. « bonjour! » clame la boulangère, et on ne répond pas. on jette la boussole par la vitre et on passe la troisième, comme si la vie éternelle était inscrite au code de la route…

      .

      j’ai toujours marché. marché et maintenant je ne marche plus. répugnant à aller quelque part je me suis seulement promené. répugnant à demeurer je me suis seulement reposé. une fois je te noyais, tout au fond je te massais.

      .

      vivre filtre. aimer filtre. jouir filtre. l’esprit de l’épuisette. mais on va y arriver tu verras on va y arriver. un ciel bien dégagé, des yeux vraiment vides, on va y arriver: nulle part enfin, enfin et à l’infini…

      .

      des champignons de supermarché. la vie elle-même réduite à un concept. les ailes me manquent, chauves. je pourrais mettre ça en vers mais je n’atteindrais toujours pas.

      .

      tout ce qui m’échappe me fait jouir. jouir m’échappe. j’en ai marre de jouir – je veux mourir en moi, seul enfin me résorber. peut-être que ça me procurera des points-bonus…

      .

      c’est si lumineux tout à coup, si lumineux que je me demande quelle connerie j’ai encore faite. rien, aucune: mourir libère de tout.

    déboisement d'un arbre
    27 mars 2016

  • émily dance avec moi

      je me suis allongé à côté du chien. il a tourné la tête vers moi puis s’est replongé dans son rêve
      ça nous rassurait tous les deux, de sentir une présence inconnue, sans malveillance
      quand je me réveillai dans la nuit il n’était plus là. alors je me levai et partis moi aussi
      quelques flocons de neige tombaient là

      .

      je parle sans savoir
      prête-moi un peu ta main, que je n’aies pas peur, ou que je n’aies pas froid je ne sais pas
      on va marcher très lentement. très lentement, ça nous permettra de ne pas nous regarder, et de n’aller nulle part sans pour autant rester là
      on dira n’importe quoi, taisant ce qui nous brûle parce que ce qui nous brûle ne se dit pas
      on parlera sans savoir, sans savoir vraiment…

      .

      il a pleuré longtemps, tout seul. d’ailleurs il se cachait. ses yeux à force sont devenus des cailloux
      je me dédouble. c’est comme si j’étais à la fois ici et là-bas, ici au monde et hors de portée, tout au-delà déjà
      certes un cordon ombilical nous relie encore, mais j’ai l’impression qu’à un moment donné l’un d’entre nous va lâcher le bout…

      .

      il n’y a rien à manger ici, allons plus loin
      les hommes sont carnivores, comme les chiens
      je bois du thé brûlant pour me réchauffer – j’ai toujours froid depuis ce temps-là
      il me faut déceler toujours plus d’infini en moi, d’infini par où m’échapper – échapper à tout et à moi-même, échapper à la vie comme à le mort

      .

      je m’ennuie. je ne saurais rien faire d’autre que de m’ennuyer. sans ennui j’étouffe. il me faut ce vide-là, cette érosion intérieure, ce gémissement tu
      je m’ennuie parce que je ne sais pas faire autre chose, ne supporte autre chose
      parfois un peu de terre me colle aux doigts
      sans que rien ne se passe l’ennui finit par se dissiper, le vent par se lever, qui ne souffle pour rien
      du lumineux alors, qui pour rien ne lumine…

    émily dance avec moi
    27 mars 2016

  • d’aller vers où se rêve

      sans contour propre, et tu soupçonnes déjà ce que pourrait être l’infini
      cela part d’ici-même, absolument partout
      en jouant à saute-mouton, il n’y avait pas de mouton
      simplement allongé sur le dos je me suis dit:
      cela se passe donc ainsi…

      .

      enceinte de la mort, il marche encore
      il faut dire que l’entière création, le mystère du vivant et l’infini de dieu
      passent dans son corps
      à travers lui
      ont lieu en lui
      et qu’il ne bougera pas de là, lui qui marche encore
      tant qu’ils n’auront pas abouti, chacun là, tant qu’ils n’auront pas accompli
      leur destinée

      .

      nous nous passerons de nous, et la limpidité se passera de la limpidité
      je me demande de quel côté souffle le vent ce soir – histoire de me demander quelque chose mais pas seulement
      à qui cela arrive t-il vraiment? à qui arrive t-il tout ce qui arrive, quoi qu’il arrive? à personne peut-être, et au fond, arrive t-il vraiment quoi que ce soit?
      oui évidemment. il faut répondre oui évidemment, même si et parce que l’évidence n’apparaît que lorsque plus rien ne parait évident

      .

      tout le poids ne repose pas sur la chaise: les coudes sur la table, le tronc s’y appuyant; un pied au sol, un genou soutenant une jambe; un regard accroché au paysage dégoulinant vaguement sur la vitre…
      l’âme ne pèse rien parait-il – elle supporte néanmoins tout le poids. plus elle est légère parait-il, plus tout lui pèse
      elle est au final l’apesanteur du monde…

      .

      nous ne rêvions pas
      d’aller vers où se couche, nous ne rêvions pas
      d’aller vers où se lève non plus nous rêvions simplement
      d’aller vers où se rêve…
     

    27 mars 2016

  • une cigarette c’est tout

      rattrape-moi
      claque-moi
      des doigts
      claque-moi
      entre les doigts
      respire enfin, respire
      laisse-moi m’évanouir
      devant

      délivre-moi
      délivre-moi si tu le veux mais surtout ne
      m’obéis pas
      je n’entends rien
      plus rien
      dans la main une clef
      nulle serrure dans l’autre

      je voudrais avoir peur
      fondre le long de mes os
      bave noire
      mais je n’ai rien
      rien
      je n’ai rien apporté
      à t’offrir –
      un bout de craie
      contre la pluie

      je ne suis pas
      revenu
      tu m’attendais
      c’est peu
      les cheveux, la barbe, les ongles
      continuent de pousser
      un peu
      tu m’attendais et je
      ne suis pas revenu

      je suis bien, là
      et nu, et froid
      à l’abandon
      je suis bien, là
      me manque une
      cigarette
      me manque tout:
      une cigarette c’est tout

      plus d’eau
      à pleurer
      plus de sel non plus
      plus de poids
      à porter
      parfois j’existe
      parfois, je n’existe pas
      je ne sais pas toujours
      différencier

      tu vois comme on ment
      tu vois comme on
      ne ment pas
      c’est si simple
      ça semble si simple
      simple comme se coucher
      sur le côté
      et mourir

    27 mars 2016

  • la soupirante

      elle dit
      elle dit quoi
      elle dit qu’elle fume
      sur le dos
      elle fume sur le dos
      et jamais ne repose…

      sur le tard
      il se fait tard
      il faut aller très lentement maintenant
      plus lentement
      perdre la trace, toute trace
      et se retrouver là, nu
      en plein nulle part

      elle dit qu’elle fume
      mais elle fume pas
      elle est fumée derrière mon dos
      je me retourne. je sens que je me retourne
      je n’y vois (tandis que tombe le rideau)
      que du feu

      il fait jour
      il fait nuit
      il fait jour ou il fait nuit
      on ne partira plus
      d’ici
      on ne partira pas d’ici
      où il fait jour
      jour ou alors c’est la nuit

      on attache
      trop d’importance
      mais là, présentement là
      ça ne veut plus rien dire
      rien
      ne veut plus rien dire
      rien
      fume sur le dos

      elle dit
      elle dit quoi
      elle dit qu’elle rêve
      mais elle rêve pas
      elle soupire
      des tréfonds elle soupire
      se sent soupirer
      se nomme elle-même
      la soupirante

      quand on est mort, on n’a plus grand chose
      à faire
      alors on fait rien
      on marche dans le vide
      comme ça
      on fume sur le dos
      comme ça
      comme maintenant, maintenant qu’on est mort
      – ah bon

    la soupirante
    27 mars 2016

  • l’année sans lune

      on ne peut pas tout dire – on peut seulement dire. et dire devient tout ce qu’on a: toute la fluidité du réel par laquelle le réel échappe au réel, accessoirement engendre le réel. rattraper quoi d’ailleurs? rien. radieusement rien.

      .

      consentir ne suffit plus: la moindre égratignure justifie à elle seule un univers entier. mais inversement, l’univers entier réussira t-il à justifier une simple écorchure? j’espère que non.

      .

      le mieux serait d’aller sans intention, préservant ainsi le hasard de notre fantasme de soumettre. on se promènerait c’est tout. un sourire de fond alors verrait peut-être le jour…

    27 mars 2016

  • pour ne pas changer de peau pour ne pas

      je n’ai pas de… enfin, je ne crois pas. disons de stylo. appelons ça stylo, pour l’exemple. oui, stylo c’est bien
      demain tu m’en donneras un et j’écrirai sur toi. sur ton dos. j’écrirai tout ton dos. je t’écrirai toute entière, et infinie. j’écrirai toi
      demain tu m’en donneras un

      .

      on a beaucoup voyagé, c’est vrai – rarement après le dîner cependant
      certains croyaient même à (avaient foi en) l’amour. des femmes la plupart du temps. elles escaladaient de modestes cailloux, ricochant mollement à leur tour
      et parfois se faisaient rudement mal, parait-il

      .

      je n’ai pas pitié. je n’ai pas pitié de ce pauvre temps-là, de ces jours incolores défaillant à la lisière de l’oubli
      et pourquoi que j’en aurai pitié, moi, qui n’ai pitié ni de moi-même, ni d’un chien écrasé,
      ni de ces tristes histoires qu’on se dit à voix basse, semi-basse, presque haute, pour se donner l’impression de ne pas avoir tout à fait vécu
      pour rien

      .

      quoi qu’on en dise, on aura tout de même vécu, non? on aura porté, quelques instants durant, le ciel à bout de bras – et ce ne fut pas peu
      d’un autre côté on n’était pas obligés de s’embrasser non plus, de se sucer la langue, se palper les organes. on aurait pu partir chacun de son côté – toi par là, vers la clarté funèbre, et moi par ici, mouche sur la vitre sale,
      rétine collée à la vitre impure…

    pour ne pas changer de peau pour ne pas
    27 mars 2016

  • l’homme d’une femme

      je vais sauter dans le vide et une deux trois tu écarteras les bras, tu ne me rattraperas pas une deux trois je tombe dans le vide là et c’est bon, et c’est juste, et c’est beau là mais toi qu’est-ce que tu deviens toi, les bras ouverts l’âme qui crisse, qu’est-ce que tu deviens?

      .

      j’ai pas mort; j’ai mal à personne – où suis-je? où sommes nous-je? à quoi mais à quoi sert? je pars devant. je pars loin devant tu fais semblant de me suivre et tu fais semblant de ne pas me suivre, à distance. il vaut mieux que tu restes ici, maintenant

      .

      j’ai la vie sauve. j’ai la vie sauve mais rien du tout. les hommes et les femmes qui ne savent pas mourir ne me font pas la bise. ils apprendront plus tard. mais il sera trop tard pour me faire la bise

      .

      la mort c’est la mort
      et nous n’éprouvons pas
      j’ai honte
      de je ne sais quoi
      je m’approche du rebord
      ressusciter ne me suffira pas
      je t’attends

    l'homme d'une femme
    27 mars 2016

  • fausse route

      des hommes libres. mais pas l’artisan de quatre ferrailles, le gitan prémonitoire
      la porte au vent. tout simplement la porte au vent

      .

      où irons-nous, me demandes-tu à chaque coin de rue, chaque courbe de la route. où irons-nous, et je te réponds non
      nous n’irons pas, mon amour – ou dois-je t’appeler autrement? par ton nom peut-être, que j’ignore, ou par un autre nom

      .

      je ne demande rien. les ailes d’une croix ne battent pas d’un cil
      debout seul sur une patte, le héron fait la grue (ou le mort)
      jusqu’en pleine lumière

      .

      fausse route. petit matin blafard. le départ est dans l’autre sens
      fausse couche. tu n’aurais pas du m’attendre, glisser si pure dans ta robe de barbelés…

      .

      sortir de la fosse commune, avancer quelques pas, engendrer, déjà…
      quoi déjà, le Temps déjà – probablement l’averse
      n’est pas humain

      .

      farniente. à la manière d’un arbre. avec les racines en dedans, avec le regard en dedans
      fabriquer l’orée de soi – je ne sais pas moi… avec une jambe qui déborde hors de soi
      et se balance…

      .

      imagine moi, que veux-tu. pas l’anus de vénus, non – moi, que veux-tu
      tu passes et te débrides, nue de l’extinction des feux
      dis-moi: est-ce que ça fait mal?

      .

      ça s’effiloche. depuis le temps que cela s’effiloche, on n’y pensera plus
      dommage. on y retournera. voir si la rose et ta ta ta… c’est triste
      alors, et puis, alors, on s’en retournera
      et ta ta ta …

    27 mars 2016

  • soit l’apparence d’un fou

      il est plus difficile de tomber quand on reste assis. allongé s’envole mieux mais le regard alors ne croise plus le fer
      de son désolement sur le mur d’en face, le rideau de fer d’un horizon sans souffle ou la boue molle d’un sillon, assis
      meurt mieux, et met longtemps. longtemps…

      .

      tendu vers le haut
      tendu vers le haut, stressé vers le bas, j’avance
      aux trois quarts ivre, j’avance
      aux trois quarts mort, aux trois quarts ivre-mort, j’avance
      le dernier quart n’avance pas, le dernier quart fait le planton:
      le dernier quart s’en va

      .

      je remonte à la surface de moi-même, inspire une large brassée d’air
      et replonge.
      toutes les trois minutes je replonge, je reprends place à la table
      des excommunications
      – rien n’a bougé: au menu la même infinité piteuse et incrédule, le même corps à la dérive se traînant dans la bouillasse, la même impossibilité d’être, structurelle, famélique
      la même faim

      .

      phraséologie d’un nuage comme c’est joli – tout semble si joli ici n’est-ce pas:
      la flaque de soleil sur la table rouge de mon ennui, qui glisse et puis s’efface, s’évapore et repasse,
      le ciel au bord des larmes, l’homme noyé entre ses paumes – tout se pare d’une irrésistible et délectable joliesse
      gerber son âme sera le fruit de tant d’ivresse vraiment comme c’est charmant, la phraséologie d’un nuage…

    27 mars 2016

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