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assis là sur un banc


  • poisson extrême

      où je reste debout, simple tombe en suspens
      debout de tout mon long
      et tant pis si penche l’univers –
      une tombe flottante, une tombe émergente
      ne redresse aucun tort

      le givre à la mâchoire semble prendre racine
      le géranium à la fenêtre, tout cramé dans son pot…
      crois-tu me reconnaître?
      crois-tu, en allant n’importe où
      oublier que l’être, c’est la mort?

      berce-moi de mille doigts
      neige sensible ou pierre au cou
      alors je me suis couché le long de toi
      – jamais ta main cependant
      n’effleura mon ivresse

      c’est à dire un mensonge profond
      une histoire finit comme ça
      quelque chose commence là
      sans cesse
      et n’aboutit pas

      demain ça peut s’éteindre
      allumer le feu, le rallumer
      chaque matin refaire les gestes, porter du bois
      depuis la nuit des temps, jusqu’à la nuit des temps
      entre temps me happe un ciel, m’absorbe me boit
      et recrache les os

      tu ne sais pas. tu ne dors pas. peut-être que tu ne dors pas
      peut-être que tu flânes sur le môle, le poing serré dans ta poche comme s’il scellait un secret
      –  je n’ai pas de secret
      : blême transparence…

      tu rêves ou t’es morte?
      sais-tu à quoi ça rêve, un mort?
      est-on jamais mort, d’ailleurs?
      je sautille, tu sautilles, il ou elle sautille – le cercle défait
      neuf fois neuf c’est mon tour: à des année-lumières d’ici, j’entends sonner ton cri

      j’aimais le centre, le centre de vos vies – alors j’y ai pondu un œuf
      qui n’éclora pas
      car la semence qu’il contenait est partie en voyage
      un long voyage – imaginaire ou non, quelle importance?
      à chaque instant je reviens de nulle part

      oui mais moi je chante pas comme ça
      je chante seulement pour les disparus
      une berceuse, ou quelque chose de triste, avec pas trop de sens
      je prends une longue inspiration, je bloque mon souffle:
      devant mes yeux tout ronds passe un poisson extrême

    poisson extrême
    26 mars 2016

  • ylang ylang

      ainsi
      c’est ainsi
      ainsi que tu es morte, et moi plus vaste encore – y a t-il un large assez large
      un large plus large que soi
      avec un pont dessus, pour toujours plus large

      .

      le pont a brûlé
      la pont a brûlé on ne peut plus passer
      mes épaules si larges – on peut passer sur mes épaules
      mes oreilles si longues, on peut tout leur confier: elles boivent tout
      on dirait la mort un jour de chance

      .

      tu es venue te coucher contre moi – j’avais pourtant l’impression d’être moi le chien
      je hume l’air venu de loin, de loin de haut
      ça ne pue pas la mort. ni la moule. ça sent la marée basse, et jamais remontée

      .

      je ne crois pas à la pureté, je ne crois pas à la souillure – les choses poussent où elles trouvent la place de pousser
      je pousse où je trouve la place de pousser
      c’est le vide qui m’aspire
      nous sommes deux à mourir
      il faut être deux pour mourir
      au moins celui qui reste, là-bas
      et celui qui de-meure, ici
      je fus celui qui partis, sans cesse
      enjambant d’un non-pas toute l’étendue de mon immobilité
     

    26 mars 2016

  • ô judéo-chrétienne

      elles sortirent de leur caveau et me touchèrent le bras. pour me consoler, me réconforter – m’amadouer en quelque sorte
      je leur criai: arrière, sirènes! il n’y a qu’une autoroute!
      cette nuit-là, toutes tombèrent enceintes…

      tu as de drôles d’idées, et de drôles de manières vraiment – tu aurais pu pisser ailleurs que sur le cadran, le cadran de ma montre quand même. ailleurs que sur le cadran de mon sexe, non mais. tu aurais pu pisser autre part que sur mes épaules, tout le long de mon dos ta pisse si chaude. mais tu fus lasse. et les ombres sur mon corps mimaient la fin du jour…

      les hommes n’attaquent pas. tu as beau les exciter, si on ne le leur ordonne pas ils n’attaquent pas – ils réfléchissent
      je me trouve ici parce la route n’allait pas plus loin. elle s’arrêtait là où l’herbe commençe
      je n’aime pas l’herbe. il n’y a aucune raison d’aimer l’herbe. là où cessent les chevaux s’étend un genre abstrait, un espace incertain
      j’y plante ma tente, avant même de penser que je n’ai pas de tente…

      après tu as dit c’est ton tour maintenant, mais je n’avais plus soif
      partir ne rapproche de rien
      je suis donc parti, et plus loin encore, et toujours de plus loin – l’oubli était précoce
      alors tu me touches le bras et murmures quelque chose que je ne comprends pas
      résolument, sur la boussole, j’aspire au vide

      rien de nouveau sous le ciel veuf

    ô judéo-chrétienne
    26 mars 2016

  • un homme, sans doute, ou l’initiale d’un destin

      lassé de ma mémoire, je caresse le ventre de l’horizon. les affres de la joie, ça pourrait s’appeler. se réveiller vivant le matin aussi. se réveiller mort engendre un autre état d’esprit, auquel on doit finir par s’accoutumer. renoncer à mourir  pose un certain problème d’ordre purement moral, mais je n’entre pas dans les subtils calculs liés à l’économie de l’extase. jouir fatigue. et dieu écrase. je découvre froidement que cette chose infecte, cette vie comme on dit, ou la condition définie par notre état de conscience, s’avère tout à fait satisfaisante, prise à contre-vide. rien à y redire, vraiment.
      mais n’importe quel ciel n’importe quel jour à n’importe quel moment exprime cela de façon bien plus convaincante et spontanée
      – être ciel… n’importe quel ciel…

      .

      on ne produit guère autre chose que de vains efforts d’adaptation. tant d’énergie déployée rien qu’à se conformer un minimum à la réalité ambiante, par ailleurs pas très fiable de nature…
      une fois à l’abri de la réalité, c’est à dire ayant renoncé à l’idée d’usurper un destin, et s’étant affranchi de l’illusion du temps (à la vas-y mords-toi l’queue), il faudrait encore, afin de se passer de la nausée et du sentiment de réconfort qu’il nous procure, perdre cet accent, là, cet accent qui fait en vérité tout notre charme
      allons, débarrassons-nous de ce foutu accent, là, qui fait tout notre charme

      .

      en adéquation avec rien
      chercher ses mots, c’est déjà les perdre
      tomber amoureux d’un mur: y ouvrir une fenêtre en grand
      tomber amoureux de rien, mais tout à fait follement
      sauter dans le vide et oh! ne pas tomber!
      franchement, de quoi parle t-on ou de qui se fout-on?
      …

    26 mars 2016

  • d’après la couleur du fleuve

      ce que je proférai de mon vivant relevait pour ainsi dire du discours météorologique – le temps qu’il fait etc etc…

      .

      je n’aurai pas de dernière pensée. les dernières pensées n’existent pas. c’est comme en rêve: le temps n’y est pas linéaire
      à moins que quelques pensées, si anodines soient-elles, ne débordent sur la mort…

      .

      j’ai marché sur l’eau. un peu au-dessus même, pour ne pas me mouiller les pieds et prendre froid. fermer les yeux en ouvre d’autres – on ne se débarrasse pas de la vision…

      .

      je suis toujours étonné de croiser des gens gentils, des gens que la vie n’angoisse pas, qui simplement oublient de se poser la question. ça me semble aussi étrange que d’avancer sur un terrain qui ne serait pas miné, où des gamins joueraient banalement au foot, et marqueraient un but de temps en temps…

      .

      j’ai mal en toi. ça ne m’empêche pas de jouir mais j’ai mal
      en toi

      .

      mille ans plus tard, tu m’as souri. ceux-là depuis des lustres ne savaient plus leur langue
      on jouissait sans trop savoir comment – un peu par hasard je suppose; et parce que ce genre d’évènement finit toujours par se produire, d’une façon ou d’une autre
      il était telle ou telle heure, tel ou tel jour. d’après la couleur du fleuve, je penserais plutôt à l’hiver…

    26 mars 2016

  • elle vide des pots d’yahourt, c’est tout

      l’esprit demeure comme en suspens, sans raccord et je dis c’est vrai, la vie n’a rien à faire en moi, ni où que ce soit: elle s’y complaît c’est tout, vide des pots d’yahourt et s’y complaît, c’est tout

      le temps coule hors de moi
      en moi règne l’éternité, et ne laisse de trace
      tout pénétré d’absence, le regard vide d’oiseaux, je veille
      les berceaux, les tombeaux, l’arceau fluide des collines, je veille
      je veille et voilà tout

      elle vide des pots d’yahourt et voilà tout
      un peu comme si elle se masturbait tout le temps, mais sans vraiment jouir jamais
      et que son plaisir s’arrêtait là, parce que dieu ne pleure pas si souvent, après tout
      il faut bien qu’elle s’épile aussi de temps en temps
      même en hiver

      on ne dit pas la vérité à qui ne le mérite pas gnagnagna. ainsi dieu ne m’a t-il rien dit, à moi qui n’ai jamais voulu mériter quoi que ce soit. je me suis bouché grand les oreilles. on n’a de moins en moins besoin d’affection par ailleurs – erreur: on en attend de plus en plus du côté de chez quoi, du côté de la mort. la mort s’éclaircit, le temps reste gris. mais peut-être n’est-ce qu’une histoire de voyelle en fin de compte, ou d’horaires de marées…

    elle vide des pots d'yahourt, c'est tout
    26 mars 2016

  • l’éternité c’est lent

      un peu d’ombre sur le revers de la main
      ne s’effacera pas

      sans alibi, traverser le silence en dehors
      des passages floutés

      c’est comme un chant d’église, l’écho d’un silence profond
      : il neige

      que le paysage soit une création de l’esprit, que l’on en fasse partie ou que l’on soit soi-même paysage, seule en décide la fluidité de l’encre, se déroulant en suggestions tout en en effaçant l’objet – un peu à la façon d’un mystère théologique, d’une énigme irrésolue…
      sous la rassurante lenteur d’une bruine, sensible aux plus infimes vibrations du gris, j’évoque une atemporalité n’excluant pas une certaine nostalgie, tel un lacet défait
      il faudrait dire en effet la lumière, et tous les frémissements qui la préfigurent. la lumière qu’on ne devine que par touches omissives, par le soulèvement d’une ombre dévoilant la cheville d’un horizon
      – à quoi servirait donc un paysage sans l’horizon le délimitant, un paysage privé d’un ailleurs absolu à l’autre bout duquel ici je pends, me dresse et me profile, cédant une fois de plus à la tentation d’innocence…

      la neige abolit les détails. émerge l’essentiel
      : ce silence-là

      épouser ce silence-là. la neige absout
      notre inquiétude

      un peu de neige sur la paume
      en effacera les lignes…

    26 mars 2016

  • par devers

      on ne se contentera de rien, si ce n’est de cet incontentement même, oblique permanence. non par impuissance à épouser la forme pleine de la vie, mais par cette puissance muette sous l’étreinte de laquelle toute forme se révèle vide. on chérira ce vide – ce vide au cœur de notre convulsif émoi, ce vide crispé, là, juste à la place du cœur

      .

      le jour viendra où je ne dirai plus rien. les mots ne franchiront plus la barre de leur formulation. regarder suffira. ne pas penser suffira. suffira, c’est à dire comblera. d’ici là, entre moi et le reste – ce reste m’incluant tout autant – veillera la sagesse d’une intransigeante négation

      .

      réfléchir à soi, c’est encore réfléchir l’image de soi, branler le miroir. on est pris de vertige au sentiment d’une irréalité si fluide, s’immisçant jusqu’entre les mains jointes de la prière. la déconstruction de l’idée restant elle-même un idée, j’eus l’idée d’être une mouche agonisant sur la vitre d’hiver, l’orgasme d’un pendu

      .

      dire le rien est encore trop le rien. ce trop-là est en trop. ne devrait rester que l’être, une fois la mort nous ayant dépouillé de tous les spectres, nous ayant peau après peau démasqué, dé-visagé. loin de nous cependant toute idée d »ascèse: imaginons-nous retirer le sel dans la tasse d’un homme se noyant? ce pourrait être une bête après tout…

    par devers
    26 mars 2016

  • jour de marché à l’aigle

      j’ai découvert aujourd’hui, tout au fond de mon crâne, que je ne suis rien
      qu »il suffisait de quelques sous pour se saouler la gueule à peu près proprement
      et que personne jamais ne me fera croire, que personne par ailleurs ne me fera douter
      – ainsi coulait, coulait la risle…

      .

      j’habite là-bas. enfin, on peut dire ça comme ça. on peut dire ça comme on veut après tout…
      j’habite nulle part, j’habite là où quelqu’un me pardonne de n’être rien
      il n’y a pas de matière pour nous il n’y a pas de fosse: même s’aimer ne nous sauverait de rien

      .

      on s’aime bien quand même: c’est jour de marché à l’aigle
      tout étranger sera beau, qui me pardonnera d’aimer, de nier, ne serait-ce que muettement, ou par inadvertance, ou parce qu’il n’y peut rien
      qui me pardonnera quoi que ce soit en fait – qui me pardonnera d’être, simplement d’être

      .

      vivre un peu, comme ça, par milliers
      j’aimais les gens qui passaient, qu’une pluie effaçait
      tu me mens d’un seul geste, un seul
      et d’un seul tu me claques des doigts, des dents, de tes tout petits doigts – on verra
      la pluie absorbe la pluie, ça pénètre dans l’homme et tout finit par beugler
      par s’enivrer, faute de mieux
      faute de soi, sans doute
      faute de toi, peut-être…

      .

      ça se ressemble tellement, vivre et feindre
      et ne pas feindre ressemble tellement à rien aussi
      je te fuck quelque part, et c’est dans ton amour pur
      j’ai honte de me sentir si léger quelques fois, honte qu’existe de la légèreté
      et pourtant je ne peux m’empêcher
      d’écarter juste un peu les bras…

      .

      mort, mort qui vive ou la mort
      qui vive maintenant
      maintenant je suis mort, vaste plaine
      magyare, gelée, j’ai le souvenir
      mais souvenir soit ta mort:
      sans cesse, ressuscite…

    26 mars 2016

  • en canotant sur le styx

      la nuit c’est la nuit. autre chose c’est la nuit. le pont charles c’est la nuit
      j’ai trop bu, je crois…
      je ne crois qu’au salut (à quoi bon croire, sinon?)
      je ne veux plus qu’on m’aime, mais qu’on me laisse aimer, comme ça dans le vide
      qu’on ne se souvienne pas de moi, qu’un vaste oubli me sème
      il fait si froid, quelque part

      .

      la mort c’est la mort. autre chose c’est la mort aussi, mais on ne dira pas quoi. on ne sait plus dire quoi. on y va comme on va – le reste pleure et pleurera, puis se consolera
      puis se consolera…

      .

      j’avais rien. j’avais même pas mal. je ne savais plus ou je ne sentais plus que j’avais mal
      je me baladais tout nu. tout nu que dire de plus
      je n’implore pas ta pitié ni ton pardon, je voudrais dire quelque chose mais je ne peux pas
      il ne pleut plus. j’arrive à dire qu’il ne pleut plus
      haïs-moi si tu peux

      .

      une fois, deux fois, je suis mort avant toi
      après j’ai nagé, nagé, sans arriver nulle part
      à présent je suis mort, je cherche un genre d’harmonica
      pour accompagner ma mort…

    26 mars 2016

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