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assis là sur un banc


  • terre natale

      j’aime boire. j’aime boire le soir quand il s’agit d’échapper au dilemme se posant à toute conscience passablement humaine. j’aime l’illusion quand elle est la seule issue restante à l’impasse de vivre, et que mêlant l’être au non-être elle permet sans insolence tous les voyages avortés dans l’instant. seul l’amour ressuscite, prétends-tu, comme s’il nous fallait encore une loi…

      .

      je n’y connais rien tu sais – j’ai grandi dans le nord et je n’y voyais goutte. les ouvriers soumis, l’amour qui dépassait de la couverture, ils ont construit une piscine à la place du champ de maïs!  et puis il y eut la mort, une plante poussait grassement au salon, se répandait sur les murs, débordait au plafond, et mangeait la télé

      .

      je me suis tiré une balle dans la tête. tout mon esprit s’est concentré dans le trou et a suivi la balle, à la trajectoire impeccable d’un charter dans un ciel sans vent. mon père m’a montré dans un mur un impact de balle tirée par mesrine, un de ses héros, face au café de quartier où il avait son ardoise. mon père était un pauvre et adorable mythomane. c’est tout ce que j’ai pu savoir de lui – ou du moins le meilleur

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      le rêve s’effondre. il y a quelque chose de beau à voir un rêve s’effondrer. quelque chose d’infiniment paisible sur l’écran dans la ligne obstinément droite du cardiogramme. d’un autre côté on ne pardonne pas à un homme d’avoir renoncé à soi-même pour la liberté d’être n’importe quoi, qui s’enflamme dès qu’on y touche, un pyromane faisant feu de tout bois. que j’aime vivre, mon âme, mon soldat inconnu, dans l’ignorance altière…

    terre natale
    26 mars 2016

  • ma mongolie intérieure

      je n’ai plus d’homme à moi, ne déteste que mon cœur, mon propre cœur, mon foutu cœur-lachaise
      crever de froid c’est pas marrant, mais c’est vraiment pas le pire. le pire vient toujours d’ailleurs ou d’en dedans, d’une négation pure – un amour vaut déjà la ruine de tout amour
      je bénis je ne sais quoi, je ne sais qui de toute la peine vitrifiant nos existences, les réduisant à rien; je bénis le rien
      j’encule le vent, pour ainsi dire…

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      j’ai empilé des mots sur des mots, des vies sur des vies – je me suis enivré aussi…
      nous aurions pu être deux, nous aurions pu être un seul, par bonheur nous étions sept, douze, et toujours un de trop finalement
      on n’est pas heureux ou malheureux, on vit. et on s’ennuie, un peu…

      .

      la troisième fois que je suis mort je ne me suis pas relevé
      non par paresse – j’attendais juste que passe le marchand de sable, le marchand de glaces dans sa jolie camionnette jaune
      il neigeait cependant. dans la nuit et sur ma queue il neigeait. j’aurais du me tuer là, la troisième fois que je suis mort
      mais la mort n’est qu’un écho de notre propre voix, et je restai sans voix…

    26 mars 2016

  • le brame du cerf-volant

      à la ramasse, toujours à la ramasse… (le temps béquille close, clôturé d’amarantes)
      j’ai caressé quelque chose en vous – était-ce la nuque, une corde sensible, ou la fibre mystique d’un modique chiffon taché d’un peu de sang
      toujours est -il qu’arrachée subitement à la somnolence, tu t’écrias:
      « mais c’est quoi qui me piqu-eu! »

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      soleil étrange, étrange soleil – on dirait même qu’il n’y en a pas
      ou qu’il résonne de tous les feux d’un non-soleil, rechignant quelque part à je ne sais trop quoi…
           des absences vous défigurent
           –  c’est l’âge où les tessons
           vous rendent tout leur jus

      .

      sommairement
      à la vaille que vaille, obscurément
      je vous ai dévastée
      je vous ai achevée
      je vous ai désertée
      : le long de quais brumeux, arpentant de fébriles équilibres, vous persistiez à juger les hommes d’après leur aptitude à mourir
      et leur volonté ferme
      ce que vous receliez touchait dieu de trop près pour que vous consentiez à leur ouvrir vos cuisses, éventail au cou lisse
           – à quoi donc, dès lors
           vous attendiez-vous…

      .

      il ne s’est guère passé grand chose, depuis
      un pinson peut-être pinsonna
      le fond des océans se vida il reste encore un peu de boue collée
      au bas du pantalon…
      on ne se parle pas
      parler ne dit plus rien
      on ne se touche pas

      .

      la grande vague derrière chez toi
      franchie à gué, monte la garde

      qu’un frisson vous parcoure, madame
      – me pardonneras-tu?

      je ressemble à quelqu’un, sans doute
      ou quelqu’un vers la fin

      la grande vague derrière chez moi
      mince ébréchée, sonne le glas

    le brame du cerf-volant
    26 mars 2016

  • des hontes

      j’erre dans le temps suspendu de l’éclipse, quand d’un coup tout se tait, et n’ose plus le vent respirer tout à fait
      quelque part entre quelque chose et le rien, j’ai tâché d’ouvrir en grand les yeux, délivrer les paquebots
      quant aux siècles des siècles amen-amen, je n’ai plus beaucoup d’eau où te trouver jolie, ni les tendres reflets…

      .

      je sais j’étais le clou, j’étais la croix – j’ai aimé tout un homme
      je sais j’étais la pointe, l’épine l’éponge, j’étais le sang de cet homme et je lui faisais l’amour
      je sais j’étais la mort – j’enlaçais je pénétrais l’être et la chair de tout cet homme
      mais un azur complet m’a ravi mon butin de nerfs, d’os et de prières, et ne m’a laissé sur le cœur que la boue fine des siècles
      je suis veuf d’un corps à l’agonie, d’un râle plus profond que la mort, et d’un universel pardon

      .

      je ne suis plus je suis
      quelque phoque en prière
      et j’en ai marre
      de mon bonheur, de mon ivresse
      de cette lassitude –
      je m’en vais donc sans aile
      je voguerai sans voile
      et je mordrai sans dent
      dans l’espace infini
      où je n’existe pas

    26 mars 2016

  • ont supporté le gel

      la douleur de l’étranger t’éveille à ta propre douleur, déchirante nostalgie de l’infini.

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      quelques roses rouges ont supporté le gel. je ne sais s’il faut plus d’amour à périr ou à vivre. d’un éclat sobre.

      .

      je veille le mystère, je ne le viole pas. cette ignorance consentie préserve. préserve je ne sais quoi, mais de la décomposition sûrement.

      .

      je me suis tourné vers toi et j’ai vu que tu étais mort, d’une mort qui ne signifierait pas une absence de vie, mais une présence plus large, les larmes déposées.

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      entre ces roses rouges survivant aux premiers gels et mon humaine conscience il n’y a qu’un pas, que seul franchit ce que le néant ne peut réduire à soi-même.

      .

      cet amour-là, que je ne peux vouer à nul être, et que toute douleur éveille à sa douleur, déchirante nostalgie de l’infini, cet amour-là me mène tout au fond de moi-même au-delà de moi-même, et je reconnais en tout ma propre mort, et par delà ma mort l’immortalité de chacun, et l’immortalité pure.

      .

      je cesse d’être un homme pour commencer d’être homme. ma froide passion résorbe la pitié en un accueil et un accord muets. tout me traverse, rien ne me touche. je voudrais sur ton front reposer mon front – ce silence absolu…

      .

      de mon simple désespoir dépend le salut de tout un dieu – le lui accorderais-je?

    ont supporté le gel
    26 mars 2016

  • le très très pur temps de l’ennui

      il ne pleut plus
      ou s’il pleut, c’est un peu plus au nord, vers les côtes, les côtes tristes d’un hiver doux
      tiens, ça me donne envie d’aller voir la mer, la mer à l’abandon, la mer à la peau sombre et toute ridée, la mer hors-saison
      – n’importe quel miroir, du moment que j’y ressemble à quelque chose…

      .

      la nouvelle année me fait chier. heureusement je sais le temps couler de la mamelle éternelle, alors je n’y prends garde
      souvent j’allais sur la jetée, juste voir le temps qu’il fait, tâter la houle. ça m’émouvait toujours
      je ne sais si c’est l’horizon dont on a modifié le tracé ou la jetée qui a sombré, mais je ne retrouve plus mon chemin…

      .

      que les choses soient telles qu’elles n’eussent pu être autrement ou qu’un détail infime les eut rendues tout autres ne dessoudera pas mes lèvres du néant
      je meurs de quelque chose. je ne sais pas de quelque chose et je déteste qu’on me dise qu’il s’agit de vivre. je meurs de n’avoir
      pu
      te prouver que mon désir de toi était plus grand que toi et que j’entends
      en plein hiver
      grillonner les grillons
      par cette fidélité j’escompte accéder à un réelle dignité métaphysique, car ne pas s’oublier
      dénudant dieu de dieu
      tout simplement
      le révèle

    26 mars 2016

  • un banc de légère panique

      tout doucement, tout dort debout
      à part les chiens, les chiens qui veillent couchés, veillent sur le temps qui passe
      ou bien ne passe pas
      mais dort debout, tout doucement…

      .

      quand tous sont morts, je ne pleure pas
      je n’entends pas la pluie tomber, je n’entends rien
      peut-être est-ce moi qui suis mort…  mais alors, cette pluie?
      cette pluie n’est la preuve de rien

      .

      j’ai attendu
      longuement, j’ai attendu
      qu’une porte en ouvre une autre, plus une autre peut-être, qui n’ouvrirait sur rien
      ou qui n’ouvrirait pas…
      j’ai attendu
      sans rien attendre
      : rien n’est venu
      rien n’est venu s’arrêter là où je me suis arrêté alors j’ai attendu
      longuement, j’ai attendu
      priant que rien ne vienne briser cette attente qui me prive de tout
      et de tout me préserve

      .

      enraciné dans l’immobile, la vision radicale des lointains incrustée à même la rétine,
      suspendu aux lèvres du silence, le nerf tendu entre nulle part
      et l’indécis,
      je soupèse, je soupèse – et bientôt rien ne pèse…

    un banc de légère panique
    26 mars 2016

  • j’habite un homme

      j’habite un homme
      chaque matin je me pare de soi, j’accumule un destin
      quand il ne reste rien à manger, je souhaite qu’il pleuve encore

      .

      il n’y a pas d’homme en soi, pas assez d’abstraction non plus
      je viens souvent le dimanche par ici – les autres jours aussi probablement
      j’attends qu’il sonne minuit, puis je vais me coucher

      .

      il est juste de n’entendre personne, rien que les voix indistinctes et le tintement hypnotique des cuillers à café
      il est bon de ne plus s’écouter, et de noyer son ombre dans une ombre
      plus longue

      .

      je m’étire, et je m’étire encore
      jusqu’à la frontière allemande au moins, et même un peu plus loin
      je ne me soucie pas de l’homme, mais le réseau routier fait surgir le paysage, le débusque, le structure tant au niveau physique
      qu’au niveau symbolique
      ce sont comme qui dirait… des lignes de fuite

      .

      quand tous seront morts, qui donc s’occupera
      du tout petit enfant?
      où donc finalement
      l’abandonnerons-nous?
      tout ça (depuis la triste nuit des temps) pour en arriver où,
      concrètement?

      .

      plus je rétrécis mes trajets, plus vaste se fait le monde
      l’infinité prend son essor dans l’immobilité, extrapolerons-nous
      tant qu’il reste à manger, je crois

      .

      je ne rentre plus chez moi
      j’erre dehors dans le froid, je vais nulle part – tapis roulant du temps, des rues
      je tiens quelque chose dans la main, quelque chose d’important
      qui me tire au-devant, parce qu’en-dedans est au-devant

      .

      je ne rentre plus chez moi
      la fuite ultime doit me mener au cœur des choses
      c’est inscrit dans le manuel
       que je lis à l’envers

    26 mars 2016

  • και η θαλασσα ακομα να μ΄αγγιξει

      la foi peut se définir comme la mémoire du réel et j’en passe. ta main posée sur mon dos – ça suffira sans doute à tenir bon jusqu’à demain…

      les trains arrivent toujours à l’heure les trains
      partent toujours à l’heure c’est seulement l’heure, parfois
      qui ne l’est pas, avance ou bien retarde l’heure, parfois
      qui rate le train

      tout vient de la solitude, murmureras-tu et je n’aurai d’autre choix que celui de te croire, sinon de l’approuver
      ce furent pourtant des immortelles, il me semble – et la mer toujours pas ne m’effleure…

      comment donc as-tu fait pour t’endormir sous un noyer (ç’aurait pu être un cyprès…) alors que ne se dresse ici nul noyer
      j’ai trouvé un sac, j’ai ouvert le sac, et j’ai fouillé dans le sac comme si j’allais y découvrir une ou la raison d’exister. pardon

      quand on revient d’une île on n’est plus le même homme
      et souvent, ça ne sert à rien
      souvent, en se touchant le visage, on s’étonne d’en avoir encore un

    και η θαλασσα ακομα να μ΄αγγιξει...
    26 mars 2016

  • l’aube de l’humanité

      on se lance des bouses plus ou moins sèches. on marche pieds nus sur des tessons de bouteille. on se faufile entre les barbelés. si le taureau nous course, on roule sous les barbelés dans la boue, ou on saute n’importe comment par dessus les barbelés, nous écorchant de toute façon, et retombant sur un sol plus ou moins mou. alors le taureau s’arrête et nous toise de son œil sombre, de son œil dur, son œil fou. il ne tolère d’humaine que la présence de la jeune fille muette, assise par terre à l’autre bout du pré, et que la pluie ne mouille pas. de leur mufle humide les bêtes la reniflent et s’apaisent. elle garde les bêtes et les bêtes la gardent. le taureau protège sa virginité, impose son inviolabilité. ne reste donc plus pour transgresser l’interdit que le rêve, l’intériorisation du réel où fermente la pulsion. tout un destin se profile tandis qu’on respire à plein poumon la mer déjà, de l’autre côté des dunes, remparts de sable et vague promesse d’ultra-mort…


     

    26 mars 2016

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