tous ces animaux, écrits ou non écrits, trouvent place dans mon lit. juste avant cela je pensais qu’entre zéro et l’infini, le un faisait bonne figure
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violer la sépulture – cette expression me glace. la mémoire cependant s’en donne à cœur-joie. ce que je pille un jour sans pluie, jouir sans amour. qui me donnera sa main, et pourquoi?
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je n’ai pas d’agonie – qu’une belle voisine. t’es mort ou t’es pas mort en tout cas si je suis là c’est que j’ai du ressusciter. le sauveur n’a pas laissé ses coordonnées. mais peut-être n’y était-il pour rien, lui non plus…
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une joie deux joies plouf, à trois nulle part, je retire ma main de ce nuage crispé. ne m’en veux pas de toute façon je connais… le chemin
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je n’ai rien à faire ici – seulement supplier, ne pas m’agglutiner. j’évoque des noms et les noms sonnent glas. dans mon écuelle un bout de givre irrésolu… tente de prendre feu
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ne plus parler à quiconque, jamais. pisser dans une oreille, fondre la cire, s’instruire en mélancolie. un homme est passé de l’autre côté je porte encore ses bottes
c’est comme si t’avais pris ton billet premières loges pour la passion la résurrection genre des s’maines ou des mois à l’avance et putain manque de bol: tu t’es planté d’dimanche!
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range ta cravache, sois sage, ralentis-toi en forme de caillou non, en forme de banc pour t’y étendre non, il flotte, putain de merde il arrête pas de flotter dans ce foutu pays allez, griller une tige, assis là seul sur un banc, sous cette pluie débile, la clope à l’abri dans mon poing, mon poing à l’abri sous mon ventre, et moi à l’abri de rien si, dans une taffe sous une goutte – et si on crevait qui supplierait sans mot dire? il faut quand même bien quelqu’un pour endurer tout ça, pas laisser toute cette bile se répandre sur les belles avenues tiens, me voici qui chancelle – j’ai dit chanter, couler… flotter
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il a fallu que ça se passe comme ça. un viol de la chair un viol de l’esprit. on appelle ça comme on peut après tout l’étrange, c’est que tous semblent y prendre plaisir – je t’en supplie crucifie-moi, ou alors gratte-moi le dos comme tu voudras, oui là, un peu au-dessus non, sur la droite juste un peu oui, là hmm, que c’est bon…
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glander, c’est prendre tout le temps de mourir. et tout le temps de mourir nous sépare de la mort, comme un paillasson de l’entrée. l’éternité fermente dans le temps de mourir. la mort assassine le temps de mourir. elle met un terme au suicide. c’est une averse qui recouvre une bruine et la noie. je crois que je n’ai rien d’autre à dire.
moi qui traçais dans l’air nul les courbes tronquées de la désobéissance, je découvre des formes inédites d’obédience: elles fument pensivement à vide
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à cheval sur un voyage hors destination et à l’abri des rencontres d’inconsistance, me manquent les ailes je sais mais ça n’a pas d’importance: ici ne vient de rien
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le temps à bout de bras, on se permet même quelques flexions – alors que de retour chez soi nous prend, vague en vase clos, la nostalgie des murs…
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peut-être patienter plus longtemps, que le pépin se nettoie du raisin, et qu’un jour à tes lèvres, le vin n’en soit que l’idée pure
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tu ne me croirais pas. tu ne me croirais pas capable de tant de douceur – et pourtant, j’existe. dans la vanity fair j’existe. en paysage désolé j’existe. au bout de tant et à un pas de soi, j’existe…
sur la borne-mourir, aux yeux si peu de jour les miracles m’ennuient, un miracle me fuit – à qui te dire tu le mot partir aussi résonne tout autrement, j’ai bien ôté mes gants je les ai laissés là, les mains entrent en silence, je les ai laissées nues c’est la bonne saison, aux yeux si peu de jour, si peu de jour alors dis-moi qu’il pleut
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une autre nuit tu es comme un homme ou par un coup de gel tu meurs en plein milieu j’ai froid pour toi dis, j’ai froid sans toi non plus – j’ai froid pour deux un autre jour tu pars un peu plus tôt, si tôt que le jour ne vient pas, stigmate de ma morsure au cou et les veufs de leur vie à souffler sur leurs doigts ne sont plus qu’ongles, gosiers secs et perruches branlantes…
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plus besoin de prouver quoi que ce soit, on peut baiser comme tout le monde désormais, à genoux sur les coudes on n’évoquera plus la mort que pour désosser la raison, affoler la course des aiguilles au cadran du destin j’ai la dalle, comprends-moi j’ai la dalle – les dents infâmes mais y a pas d’estomac
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en vue, l’infini rien je vois ma vue, je plonge en mon regard – tout change, quand demeure le même désert intérieur en joue, la pure béance, le trou noir de la conscience le point mort, le point G de toute absence tu pleures? allons donc, tu pleures. tu pleures maintenant. et moi qui allais justement te traiter d’inaltérable, d’indélébile, la fleur sans jus le beau silence…
tu l’offrirais bien en holocauste ta solitude, sous le nez de qui voudrait bien la renifler, et saigner un peu de ton sang c’est pas ma peine que je veux dire c’est la peine, celle qui pourrit les yeux de n’importe qui, abcès communs je ne distingue plus les générations, les chiottes au fond du jardin et la pure ligne démarquant le dégoût de la pitié quand tu me dis merci, vous aussi
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j’avais n’importe quoi j’avais même les mains dans les poches y a t-il un dieu, y a t-il un chemin morne qui titube jusque chez moi – je ne sais pas. je l’ai pris et me voici ici, sans savoir où je suis
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c’est un soupir si profond: si peu d’amour dans le plus grand amour – ça ressemble à rien il faut pourtant y aller, se réveiller ouvrir les yeux, remuer la poussière et demander comment ça s’appelle, cette ville là, la fille planquée derrière cette paire de nichons là, et le sentiment las d’avoir tout perdu et même de n’avoir jamais eu entre les mains que l’ombre de leurs paumes
des hommes sobres des hommes tout ce qu’il y a de plus sobre ne côtoyant le danger qu’en de rares occasions, et de manière crispée m’ont donné une cigarette. ils n’avaient pas de feu, alors ils m’ont fait vas, cherche le feu, d’un geste vague…
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un chien très doux un chien très doux m’a léché le dos de la main les arbres sont tout rabougris le long de cette côte pourrie, et ils ont bien raison, une fois de plus le jour n’est pas tombé et y a déjà plus personne dehors, à part un vent méchant … voilà
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je ne parlerai plus de femmes désormais, ou seulement de femmes mortes – c’est beaucoup plus facile de parler à des mortes. je sais pas pourquoi, je m’entends mieux avec elles ou avec un chien errant. ça anime tout un paysage, un chien errant. ça frétille de la queue, ça rend plus familière une nature morte, profondément morte on peut parler plus facilement à un chien errant
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il n’y a plus de sommeil pour moi et il n’y a plus d’éveil pour moi non plus c’est un entre-deux, je pars et je n’en reviens pas lorsque je me retourne tu n’es déjà plus là. tu n’as jamais été là sans doute tandis qu’avançant, je sens ta présence derrière moi comme un manque à présent
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tu regardes sur la gauche: pas de voiture. du côté droit: rien par là non plus. de l’autre côté de la route tu vois ce banc, faisant face à la mer – une mer sombre et gelée tu sais qu’il faudra bien finir par la traverser cette route, et aller t’asseoir sur ce banc, là, mais tu fais celui qui n’entend rien, ni de la grosse voix intérieure, ni du lugubre mugissement de la mer, là de l’autre côté de la route, celui que cela après tout ne regarde pas toujours rien sur la droite évidement. tourné du côté gauche tu attends, tu attends, sans aucun pressentiment déterminé
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la vie n’a pas assez duré. durer, c’est comme la substance du néant, un peu de vérité restante en attendant je suis entré j’ai commandé un café je n’étais pas chez moi, j’ai du payer heureusement, personne ne m’a salué
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des hommes bien sobres, j’ai enterré les hommes sobres il y avait un pot mais pas de plante dedans; j’y ai juste glissé une carte postale, n’importe quel genre ça habillerait quand même un peu leur tombe, pensais-je marchant dans la rue déserte, je me disais qu’il y avait peu de chance de se faire écraser et peu de chance aussi d’écraser quiconque, même si on sait jamais c’est vrai ça, on sait jamais au fond…
et l’illumination on apprendrait plus ou moins à vivre sans, c’est à dire à survivre, c’est à dire à la garder au fond de soi parfois comme un espoir déchu, parfois comme la graine endormie dans la certitude de la pluie à venir
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il y a des chutes dont on ne se relève pas, et le roc le plus dur a les intestins pourris on le sent bien quelque part. je pleurerai donc, je pleurerai jusqu’à ce que le désert reverdisse, jusqu’à ce que la croix éclose en pavot
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dans le doute j’ai mangé ma maison. dans le doute j’ai pissé sur un chien. puis le doute ne signifiant plus rien, je me suis allongé tout contre le chien mort. il n’errerait plus
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sans plus de doute aucun je gravirai la croix. et du sommet où le ciel s’ouvrira, s’ouvrira au-dedans de moi et m’écartèlera, je n’existerai plus, et n’aurai jamais existé
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et quand j’aurai peur, quand j’aurai vraiment très peur, qu’une main dans ma main pèsera tout le poids d’une chaise vide, que pourrai-je dire encore qui ait le moindre sens, qui pencherait d’un côté ou bien de l’autre, mais ne coulerait pas à pic?
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on ne se parle plus. j’ignore pourquoi on ne se parle plus. peut-être parce qu’on ne s’écoute plus soi-même. peut-être parce qu’on écoute plus assez le silence qui ne dit rien qui reste là, se tait ne dit rien et nous écoute
nos mains ne se rejoindront peut-être jamais, mais leurs ombres dansent et se mêlent sur le sol en ciment
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vertiges, utopies, odeur de tabac froid, je ne sais plus comment je m’appelle. on me dit mon nom et je sais pourtant que je ne m’appelle pas, du sable collé sous la plante des pieds
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oui les coudées franches, et je ne fais rien, broyant les dés dans mon poing – n’importe quel destin me serait tout horrible
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c’est les vivants qu’il faut craindre pas les morts, me sort cette vieille salope en époussetant son cadavre. j’ai perdu le nord. pourtant le nord c’est l’étoile, mais j’ai perdu le nord. on ne peut pas être plus au nord que ça
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sous la terre et dans les cendres, on continue à se battre et à se mettre. est-ce que tu me sauves? et de quoi tu me sauves? et où est-ce que t’as caché ton truc? mon truc? oui enfin, tu sais quoi…
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tu sais bien que je déteste tout, que je me fous de tout, et que j’ai tant de passion que je me suis tout lacéré le corps et dépecé le visage. alors: rien
j’ai vu une corde, la corde s’est serrée autour de mon cou, j’ai dit ouf, plouf, c’est toi qui y es.
tout ce qui se passe de l’un à l’autre, imagine tout ce qui se passe de l’un à l’autre, en flux tendu. le piétiner. le piétiner avec hargne, avec haine, avec acharnement, l’annihiler. annihiler tout ce qui se passe de l’un à l’autre. et après fondre de douleur. ou coaguler. on peut dire aussi ça comme ça: coaguler de douleur.
j’ai vu une corde. je croyais que c’était toi mais ce n’était que la queue d’une autre, le sillage d’une fuite. j’ai ramassé la corde. j’ai tiré, j’ai tiré. et j’ai vu qu’au bout de la corde il y avait la tête d’un pendu et que ce pendu c’était moi.
j’ai sauté à la corde. est-ce que tu sais sauter à la corde? bien-sûr: toutes les filles savent sauter à la corde. et les boxeurs pareil. j’ai sauté à la corde donc et je criai de joie: allez attrape-moi, attrape-moi, mais toi tu avais une très grosse corde nouée à la place du cou, un gros bout de corde à la place de la langue et tu n’as pas crié.
c’était ton intestin grêle, ma queue ou notre cordon ombilical je ne sais pas, en tout cas c’était tranché bien net d’un coup de rasoir ou bien arraché sauvagement avec les dents. c’était ton œil c’était notre histoire, cette histoire qui commence n’importe comment et qui finit pareil.
j’ai vu une corde, alors je l’ai mise autour de mon cou et j’ai médité très fort jusqu’à devenir une lourde pierre. ensuite je me suis jeté à l’eau en priant qu’à l’autre bout de la corde quelqu’un me repêche – toi ou une autre peu importe, ouf, plouf, t’es mort.
je me calme mon souffle puissant, lent, profond – faut dire que je m’entraîne il charrie toute la vie en lui, et quelque antique prénom en rab, quelques vers oubliés les yeux vides, certes, mais vide n’a pas de cerne…
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il n’y a pas d’intrus la mort nous viole, mais elle chez elle en nous, après tout… je ne supporte plus personne – je hante des absences le maillot jaune des non-pédaleux, le maillot jaune-lune, jaune-beurre, jaune-pissenlit ou le coquelicot sur un lit de chrysanthèmes, divaguons, le gland sur ta peau blême
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les chiens n’ont pas de race; les races non plus il faut sentir toute la souillure du chien pour en comprendre l’innocence. le chien c’est un peu un christ sans croix, qui gambaderait de crotte en crotte ou gésirait en bout de chaîne… ou bien une humanité sans christ, se frottant la peau contre les os jusqu’à ce que ça gicle, mais ça ne giclerait pas pauv’christ, pauv’juif errant, pauv’chien perdu la queue en berne – et tout ça pour racheter quoi?
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à quoi bon jouer si c’est juste pour gagner? gagner défait le jeu je grimpe sur mes propres épaules et je me fracasse le crâne, me crève les yeux et me pisse sur la nuque – de quoi te crois-tu à l’abri, connard? m’écrié-je j’ai envie de te sucer. tu sais, comme suce un nourrisson, et m’endormir dans ton orgasme: c’est tellement mystique un homme, quoi que ça sente; et c’est tellement n’importe quoi un homme – oui mais en rêve, toujours en rêve…
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à toujours naviguer de l’un à l’autre, le milieu ne ressemble plus à rien je n’ai rien pêché aujourd’hui – l’anguille s’est noyée dans la roche et l’on fait semblant d’avoir oublié de quoi la peur est faite j’érigerai un monument aux égarés, un de ces monuments qu’on retrouve dans les contrées où le drame se marie si bien à l’ironie et l’odeur du chou aigre