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assis là sur un banc


  • TEPELENE

      d’ailleurs je n’ai pas de combat, seule la défaite est mienne, et le sable qu’on souffle sur le leurre des paupières
      tu t’attristes. tu t’attristes vraiment. tu déglingues un peu plus la carcasse du jour – j’admire, j’admire un trognon d’ pomme
      ou l’algue échouée de la toute dernière pluie…

      .

      les morts nous nourrissent. nous nous nourrissons des morts. nous n’éprouvons de gratitude qu’envers les morts. la mémoire est l’espace sacré de notre solidarité
      le souvenir du temps présent signifie alors que les morts vivent à travers nous. nous en sommes les yeux, les sens, la conscience. nous sommes l’organe sensible d’une éternité assoiffée
      je n’ai à rendre compte de rien à quiconque – je suis l’enfant chéri des morts jusqu’à ce qu’à mon tour je devienne le père et le pain du vivant,
      de par mon absence-même, mon retrait, et ma bénédiction

      .

      combien de temps dure le néant? et que s’y passe t-il vraiment? que se passe t-il quand il ne se passe rien, quand rien ne passe?
      je n’étais pas dans le tombeau avec jésus, ni dans aucune tombe. sauf au premier toucher d’amour peut-être, quand le souffle coupé nous convoquions les anges de tous les horizons,
      et du cœur de la mort un jet de lumière éblouissait notre soif infinie, ou presque

      .

      o ventre
      ventre de Béthléem
      j’ai mal un peu partout
      et d’un peu partout d’ailleurs
      – partout d’ailleurs…

      o ventre
      ventre de la sainte trinité
      et du quarté gagnant
      de la vie comme elle pend
      à nos tristes possibles…

      c’est fini.

      .

      vas
      plus loin
      plus loin encore:
      au bout du paradoxe

      viens
      reviens
      de nulle part
      de nulle part encore

      ici
      est partout
      partout mais il ne sait
      pas où

      vas
      plus loin
      plus loin encore – ça y est, c’est là:
      TEPELENE

    TEPELENE
    24 mars 2016

  • arbre de dos

      chercher ce qui n’existe pas creuse le vide du temps – cet abri de fortune conviendra pour la nuit
      le jour j’eus la flemme de reprendre la route, la route filerait sans moi
      un homme ne peut aimer qu’une souillure – le respect le restreint à lui-même
      il faut mourir oui mais ailleurs, là, tout au fond : dans l’œil rond

      .

      la toute-libératrice, la traînée, la marie sur les toits
      réduit dieu en poussière, broie l’univers entre ses cuisses sourdes, paniquées, pardonnantes
      j’aime une misère parce qu’une misère ne ment pas, parce que l’éternité n’attend pas
      le cri d’un nourrisson – sommes-nous si loin du cri d’un nourrisson?

      .

      abattre un homme semble (relativement) facile – le ressusciter requiert d’autres talents
      accoucher d’un enfant s’avère périlleux, particulièrement douloureux, comme faire l’amour à un mort
      depuis l’origine des temps j’ai désiré te caresser la joue – juste cela
      me croiras-tu, ou me réduiras-tu à n’être qu’une ordure sur le chemin d’un vain retour?

      .

      l’orage éclate sec
      pas de pluie, la pluie s’est fini
      l’homme le plus malheureux du monde, l’homme le plus abandonné du monde, à un certain taux d’alcool dans le sang
      se met à chanter
      – à chanter, je te dis…
     

    24 mars 2016

  • arbre de face

      soulève les montagnes
      regarde sous les montagnes et ne trouve rien, pas un kopeck
      comment le rien peut-il donc soutenir les montagnes?
      repose les montagnes
      et vas-y, envole-toi
      envole-toi maintenant
      par la même occasion, par le même mystère

      .

      un brin d’herbe a poussé du néant, sous la quatrième feuille d’un trèfle un sexe s’est éveillé
      rien ne meurt dis-tu – n’as-tu donc pas pitié de la mort qui
      tout augmente, souffle sur la minuscule braise des racines et enfante oh mon dieu entends-tu bien,
      enfante tout un jour

      .

      pas plus haut mystère que le cercle et cependant le cercle ne se définit que par une ligne imaginaire
      le vent d’ouest apporte la pluie, le ventre de nos femmes forgent les clameurs futures
      exister dans le temps sans fin me laisse songeur, je cherche encore un lieu vierge où mourir

      .

      il y a un deuil, et il y a une croissance
      un deuil dans la croissance certes, mais une croissance par le deuil aussi
      il y a l’agonie du sexe dans l’autre sexe, comme le ventre malade de la dernière résurrection
      et puis l’amour impartageable, hors les frontières, l’amour sans objet, la libération de soi dans le dépassement de soi
      – la si tendre négation…

      .

      il serait trop aisé de réfuter le néant, lequel depuis toujours nous réfute de telle sorte que nous n’existions autrement qu’en tant que miraculés
      je grimpe sur mes propres épaules et de là sur mes propres épaules encore
      au faîte du rien, je ne vois rien – pourquoi donc un bonheur me comble?

    arbre de face
    24 mars 2016

  • moineaux crevés

      de petite pauvreté et de bas rapiécés
      nous fîmes bon usage, et de bien hauts voilages


      cinq siècles sans pleuvoir
      j’ai la rage de te plaire


      tu me mets des bâtons dans les roues et j’en fais des béquilles
      des béquilles roulantes
     

      toutes tes belles histoires garde-les
      je m’envole sur un âne loqueteux


      mon petit frère est mort, je le lui avais bien dit
      ne te soucie de rien, mon petit frère est mort


      tu t’en vas, cette fois tu t’en vas
      : l’horizon commence ici


      n’ai rien gagné, n’ai même pas joué
      les dés pour moi volent encore


      le miracle côtoyant le néant
      je vis en désœuvrée


      vivre à part soi, le monde est en douleur
      le monde: un phénomène naturel, tranquille


      tu me roules une cigarette, tu sais bien que je ne fume pas
      tu me roules une cigarette quand même


      dieu d’un bel été, où étais-tu passé?
      tu pissais à côté, je peignais des moineaux
      crevés

      je rêvais de t’entendre, une tombe
      une tombe a sauté pieds joints dedans moi


      vaste l’amour, avec une grande boucle
      le fleuve amour se jetant dans l’arctique


      parle-moi de tes vaches, de ton anus
      les extrêmes se déchaînent, du grand silence aussi


      mange-moi tout autour
      dedans le vide est sans contour

    24 mars 2016

  • la vierge aux dents de lait

      t’es pas belle
      t’as même pas brouté
      les poils de ma chatte
      t’es pas belle
      on dirait même que
      la mort ne t’a pas
      ressuscitée

      .

      j’ai pleuré
      j’ai pleuré d’avril en mai
      j’aurais pu décoller, partir
      mais voilà je suis resté
      d’avril en mai
      et caetera

      .

      je viens de nulle-part
      de trop de parts pour venir d’où que ce soit
      je voudrais juste me réfugier en toi, mais je sais que tu ne peux
      qu’il n’y a pas de refuge
      le refuge est dans le non-refuge total
      d’abord je te touche, et ensuite à ton tour

      .

      tout l’homme en moi se révolte contre ça. tout l’homme en moi se révolte contre l’homme en soi. dieu ne me suffit pas, j’ai besoin d’un amandier. j’ai besoin de ce qui n’a nul besoin de soi et je me dis allez salut, un peu, reste avec moi, encore un peu

      .

      c’est pas pour faire joli que je dis là, assis là sur un banc
      mais je ne suis pas encore capable de dire c’est quoi là, assis là sur un banc
      je protège mes fragilités, je cultive mes vulnérabilités, j’enfouis ma gueule de loup dans le tissu
      de ta peau d’agneau

      .

      chaque phrase comme une tentative désespérée de sauver dieu de son néant, tu comprends?
      non, tu ne comprends pas – si tu comprenais dieu serait sauvé, et ça n’aurait plus d’importance,
      ni la mienne ni la tienne, de douleur
      on ne pourrait plus jouir l’un de l’autre
      l’un tout contre l’autre

      .

      absous-moi
      absous-moi je t’en supplie
      non ne m’absous pas, permets-moi de m’absoudre en toi
      que je vienne mourir en toi, et que jamais rien ne naisse :

                          tout ce qui naît
                          déchire la matrice
                          de la vierge aux dents de lait

    la vierge aux dents de lait
    24 mars 2016

  • désœuvrement

      la nuit sans cesse m’appelle
      moi je lui dis laisse-moi tranquille


      la mort met fin à la mort –
      cela suffira t-il à faire un dieu?


      tu me jettes un trognon
      alors je mange un trognon


      un dénuement. tu cherches un dénuement
      – tu vas attraper la gale, oui!


      crachât joli crachât, retourne à la terre
      qui t’a vu naître


      ça m’est égal – je pose ma main sur ton ventre
      et cela se résout en tout autre chose

      nous ne sommes pas arrivés, pas même partis
      – où vivrons nous hors le consentement?


      dieu tout là-bas et moi je reste là
      j’attends qu’il me dise allez viens lève-toi et marche


      la route est longue. je sais que la route est longue
      sur laquelle je ne m’engage pas


      peut-être pleut-il, peut-être la vie, la mort
      sont-ils un songe trempé


      plus qu’une danse, plus tu me danses
      et plus les cercles s’infinissent


      le loup pose son visage contre le mien
      se mêlent nos larmes intérieures

    24 mars 2016

  • l’étale des fonds

      il ne faudra presque rien dire
      laisser les verges allumées


      en cheminant de ce, de là
      en fait on n’a rien bougé du tout


      hennissent les beaux jours
      : la nuit à moi toute seule


      le temps de traverser la pomme
      j’ai vécu, t’embrassai sur la bouche


      foutu l’camp par les berges, les ponts
      par l’idée d’un ciel bleu de mort


      j’ai peur de te toucher
      de tout ce dont on ne revient pas


      se regarder crever en chantant y a d’la joie
      être déjà mort et s’en branler partout


      tu vas bien? je ne sais pas comment tu vas
      et je n’existe pas. je t’embrasse


      reste là, près de moi
      sers-moi de comptoir


      contre le mauvais sort j’use de ce temps pourri
      je touche bientôt aux fesses de l’endormissement


      la nuit se lève, immense nue
      elle entre en moi : je cesse de tomber


      argonaute déserteur, roi sur un vélomoteur
      tu ne veuilles pas de moi, j’admets


      ça ne me fait plus peur –
      de rien, de lever le camp


      tu sors nu-pieds dans la rosée
      tu respires par l’infini


      pas loin, pas loin de ça
      dans un sens ou dans l’autre


      arrache les épines de tes yeux
      – comment verras-tu venir le jour?


      regarde-moi, regarde-moi d’un air absent
      les yeux, les yeux ont-ils pleurer?

    l'étale des fonds
    24 mars 2016

  • l’amour sans vous l’amour c’est rien, les yeux flingués mon petit frère est mort

      tu nages, tu nages dans moi
      tu te souries à toi-même et cependant tu n’as pas de repos, tu n’as pas de repos en moi
      la vièle d’ici-bas. tu tournes la vièle d’ici-bas. tu te rases le crâne pour que je ne m’accroche pas à tes cheveux
      tu te rases le sexe pour que je ne m’y embourbe pas – le jour de ma mort n’importe pas plus que celui de ta déflorescence
      les jambes et les aisselles y passent aussi : jamais je ne t’aimerai
      t’aimer te trahirait
      t’aimer nous humilierait
      et parce que tu es moi, moi au-delà de moi, moi de l’au-delà, la dérive futile,
      providentielle condamnation…

      .

      tâche de vivre; tâche de vivre comme ça au moins…
      tu me parleras
      d’autre chose que de la misère : de la beauté de la misère par exemple
      à chercher la voix vraie je me suis endormie, je ne mourrai pas debout c’est tout
      quand tu me dis embrasse-moi moi je pense déjà à autre chose, j’embrasse ton absence déjà
      je ne sais pas pourquoi tu jouis, sans même que je lève le moindre doigt
      à moins que ce ne soit justement de ne lever le moindre doigt qui te tourmente et te fasse
      jouir ainsi

      .

      j’aime l’aube. c’est la seule chance restante à l’innocence – l’innocence de s’émerveiller, de croire à ce que l’on voit, de ne faire qu’un à ce qu’on est, de ne pas avoir à vivre avec le mensonge de soi-même
      parce qu’il faut mentir pour survivre, quand vivre est au-delà de nos forces
      alors pourquoi donc ai-je mal encore quand tu fais semblant de regarder ailleurs, semblant de ne pas exister
      pourquoi ai-je mal encore, quand l’inexistence tient tant de place qu’il faille céder, toujours céder et tout céder
      que je ne sais plus où nous mettre, que je ne sais plus par quelle manche tricher…

      .

      je ne t’aime plus
      je ne t’aime plus parce que je ne suis plus un nom
      parce que les clous ont rouillé, le bois à pourri, et la douleur infinie sur la croix s’est mise à fredonner
      un air obscène, un air fétide
      un air au jour le jour, un air de rien du tout
      il n’y a plus de tombe pour moi, il n’y a plus de corps où s’enliser, où s’enterrer, agoniser
      il n’y a qu’à l’instant infinitésimal précédant ton orgasme cette question: Où
      as-tu mis les clopes, Que
      vas-tu faire de la résurrection

    24 mars 2016

  • des ivrognes

      il est temps je crois
      de vieillir maintenant
      d’aller se recueillir dans le fond du jardin, entre dieu et le vin
      entre le vin et dieu
      devenir homme enfin, ce gant de dieu flagellant, caressant, empoignant
      les mamelles du néant…

      il est temps maintenant
      de vieillir, se pencher sur la mort
      la mort comme un doux oreiller, sombre et profond, une mer intime s’étendant
      à l’infini de soi…

      dieu, je n’ai pas besoin de toi:
      vers toi je dérive désormais
      tu peux me laisser venir
      sans rien me dire, venir sans rien te dire
      – il est temps de vieillir…

      .

      quand tu n’auras plus rien à foutre dans ta vie qu’à regarder le jour tomber, l’horizon peu à peu se diluer, alors il me sera agréable de partager ce banc avec toi, sans rien dire, ou ne parlant que de choses insignes, comme du temps qu’il fait, de la ponctualité de dieu, ou encore de ces bonbons qui adoucissent la mort… on déclamera du Holan, et l’on se taira quand le souvenir d’une femme nous troublera l’esprit. on se taira surtout, regardant tomber le jour, l’horizon peu à peu se diluer,
      et le banc resté nu…

      .

      j’espère que tu garderas quand même dans ta vie une place à l’inutile, une place non au non-sens, mais à côté du sens, ou le sens consiste simplement à être, sans souci de vérité. parce qu’il y a aussi une vérité essentielle dans cette liberté-là, dans cette inefficacité dont la nature semble se satisfaire – un arbre, un chien ne se posent pas la question du sens : le chien pisse contre l’arbre et l’arbre remue ses branches
      j’espère que tu garderas en toi une place pour ce qui ne va nulle-part, pour ce qui dérive au hasard dans le vide de soi, une place où des fainéants tels que moi ne seront pas interdits de séjour,exclus, mais où on les laissera passer quand ils passeront, quitte à faire le ménage derrière eux…
      j’espère que tu prendras le temps de temps en temps de t’arrêter sur ton chemin et de regarder autour de toi, de regarder sans but – j’espère que tu préserveras en toi un espace sans but : on trouve aussi de belles choses là où l’on ne cherche pas. certaines même ne se présentent à nous que si on ne les attend pas, parait-il
      quant aux cailloux sur le chemin, le chemin en est fait. et si jamais ton chemin passe un jour devant mon banc je te donnerai l’eau, le tabac et quelques mots pour rire ou pour pleurer. ainsi on sera quittes, l’horizon, le chemin et le banc…

    la nécessité de s'aimer pour survivre, seule condition élevant l'humanité au-dessus de la sublime fraternité des ivrognes
    24 mars 2016

  • nu intégral

      conjonction désordonnée de l’élégance et de la brutalité, j’aimerais, si ça se fait
      vous sucer le nombril
      me tenir à genoux sur un cil forcément, et such things…
      – il y a tant de douleur tout au fond de chacun, et une telle accoutumance à cette douleur qu’il en devient malséant de continuer à l’appeler douleur –
      conjonction désabusée de l’élégance et de la brutalité, j’aimerais, s’il vous plaît,
      vous pisser sur les cuisses
      ( oh mon amitié, ma sinistre amitié…)

      .

      et si tu matais le sens
      vraiment mater, pleins phares, la pupille dilatée
      une frêle bouture de soi au parfum d’églantier, à l’épine assassine
      j’ai perdu pied, je crois que j’ai perdu pied quand le temps a foutu l’camp
      le pied entraîna le reste, le tronc et la tête
      seul le divin mendiant restait là sur là croix, un peu penché(e)
      matant le sens, vraiment matant, l’œil livide et le cœur frelaté
      plus la force de narguer le miracle – et pourtant…

    nu intégral
    24 mars 2016

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