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assis là sur un banc


  • l’orée du peu

      la vie comme exacte combinaison du chœur antique et de ma voisine névrotique
      n’avoir par ailleurs pour se préserver de l’oubli rien d’autre que la mémoire, t’en souviens-tu?
      et contre la mémoire rien que l’oubli, un voile blanc de mariée
      traditionnellement c’est blanc, un voile de mariée

      .

      il pleut et c’est pas pour nos tombes
      il pleut sur nos tronches comme il pleut sur le fleuve: en pure perte
      mais il n’a pas plu depuis des semaines dis-tu, et là où il ne pleut pas les hommes ignorent la douceur de la tête penchée
      du gris méticuleux
      et du temps qui s’endort au ronron de la bruine

      .

      je ne veux rien, je t’assure – non, non je n’ai besoin de rien
      que la mort d’en dehors seulement ne vienne faire obstacle ou interrompre la mort d’en dedans
      j’ai mort à mon nom. je ne comprends pas très bien ce que j’entends par là mais j’ai mort à mon nom
      et puis j’ai pas su me retenir

      .

      les yeux sont au milieu
      la morte couchée sur le côté, chienne au repos mais l’oreille aux aguets
      un plan de métro parisien par exemple, c’est beau
      et réserver son billet longtemps à l’avance s’avère économiquement raisonnable
      je crois j’ai du pleurer trois quatre fois dans ma vie
      parce que chez nous, les garçons, ça pleure pas

      .

      la nuit un symbole continu, même quand-i pleut pas
      je jouis du luxe inouï qu’on n’attende rien de moi, pas même moi
      j’aimerais dire autre chose – autre chose se dira toute seule
      il y a des choses qui ne se font qu’à part soi, comme le suicide, l’onanisme, la défécation ou encore
      la pêche à l’ophélie…

      .

      un chien couvert de bruine

    l'orée du peu
    25 mars 2016

  • de tristes animaux

      pourquoi donc ceux qui meurent, ceux qui n’ayant plus la force de mentir ont les yeux tout ouverts
      ne nous parlent-ils pas?
      sommes-nous à ce point lâches qu’on ne veuille les entendre?
      pourquoi devons-nous de surcroît
      tuer ceux qui meurent?

      .

      mais tout nous semble si loin – et le sable qu’on écope d’une barque échouée…
      putain de vague qui s’effrite  à l’instant même où elle devait m’emporter…
      allez ça suffit maintenant, on ne pleurera que quand on aura des yeux, de vrais yeux
      et que, même ayant si peur parmi moi, je reviendrai du bout de rien
      m’habiter, et habiter ma vie

      .

      un jour ils te tueront
      et tu ne leur diras rien, tu seras mule têtue ou un esprit-jardin
      un jour tu leur diras, elle s’appelait ainsi, elle s’appelait comme ça, et ils te tueront
      ta maison n’avait plus de roues
      un jour ils te tueront, et ils ne tueront rien
      ça fait quelques générations déjà que les gens meurent
      et que les filles s’appellent ainsi, et que les filles s’appellent comme ça

    25 mars 2016

  • les restes de l’ennui

      tu sais bien que je n’y crois plus, aux jongleries avec les mots, aux jongleries avec l’esprit, aux jongleries avec l’émotion
      et qu’une décalcomanie de bouddha sur le biceps n’aidera pas un enfant à s’endormir alors que sous le lit veille le loup
      – je ne suis rien. je ne veux être rien. j’aimerais seulement cesser
      d’y penser

      .

      je ne vois pas que faire d’autre que de se parler à soi-même. et pour se parler franchement à soi-même, encore faut-il franchement s’écouter
      puis, s’étant tout dit, imagine ce silence profond entre soi et soi, ce silence en soi, vaste clairière…
      j’ignore pourquoi il faut qu’à cet instant-là il se mette à pleuvoir, me voici tout mouillé
      – peut-être parce que le salut ne suffit pas et qu’il faille la grâce, que le salut sans la grâce ne vaut pas bézef
      et enfin parce que même la mort
      doit être relevée…

      .

      une fois sur le chemin, on reste sur le chemin – axiome de cheminot
      à moins d’un bon coup de vent, d’une forte bourrasque, évidement
      évidement.
      une fois sur le chemin on ne sait plus trop quoi faire – on lance des pierres aux chiens si on voit des chiens rôder
      qui de toute façon te renverrait la pierre, qui te la jetterait? ce chemin est trop loin pour trois
      et l’on n’y croise jamais que ses propres doigts…

    les restes de l'ennui
    25 mars 2016

  • terre d’exil

      on ne vit pas hors la proximité de l’abîme, qu’il s’agisse de la mer, de  la mort, ou d’une quelconque gare routière
      on ne vit pas loin d’un vide où le regard ne rencontre plus de limite, ne se heurte plus au mur d’un miroir
      on ne vit pas sans une fenêtre ouverte sur rien, exacte architecture de l’au-delà

      .

      entre le néant et l’amour, entre l’effroyable plaisanterie et à genoux le oui, je ne choisis pas
      quelque chose me dit que le jour se lève et tombe à l’intérieur d’un même jour
      quelque chose me dit que là où il y a encore une place où mourir, il doit y avoir aussi une place où être
      or je me refuse tant à sauter dans le vide qu’à plonger dans la grâce. terre d’exil – ne se sentir chez soi que dans l’exil intime et permanent
      ici tout comme ailleurs, dès ici car ailleurs…

      .

      assis là dans l’immense, vogue le banc, bien boulonné au vide
      assis là n’importe où, ancré dans une tendre indifférence
      les morts pleurent dans mes yeux des larmes de tendre indifférence
      la main ne se tend plus, de donner ni de prendre. je laisse simplement
      se poser un instant sur mon bras
      le papillon
      – ou ne pas s’y poser…

      .

      enfin, inondé d’un oubli limpide, la question cesse de se poser
      engendrant la lumière qui finit par t’illuminer, tu restes là à te dorer au soleil d’en-dedans
      vidé jusqu’à la plénitude, tu te contentes dès lors d’être, rassasié de rien
      plus un chemin, plus de nœud ni d’obstacle, l’horizon-même résorbé:
      tout ivre d’un oubli limpide…

    terre d'exil
    25 mars 2016

  • dresde en plein jour

      genoux cassés. on s’appuie contre n’importe quoi
      contre un poteau
      on fait semblant d’avoir mal, alors qu’en réalité on a vraiment mal
      et comme on ne sait pas non plus en quoi consisterait, ne serait-ce que de loin, la réalité, on attend
      on attend simplement que quelque chose se passe
      on attend, comme ça, n’importe quoi, on sait pas quoi
      – et c’est la mort qui vient. la mort qui vient enfin
      qui passe
      puis qui s’éloigne
      à jamais.
      la suite, il n’y en a pas

      .

      franchement où vivre quand vivre ne sert à rien, si ce n’est à Dunkerque
      tout ne peut être que beau quand on ne vit pour rien, et l’horizon saumâtre, à Dunkerque
      je n’ai jamais trempé un pied à Dunkerque – triste de gâcher ma tristesse loin des flandres et cependant si proche
      de mon cœur froid
      et des algues chagrines…

      .

      je lance un bout de bois
      mon chien ne court pas le chercher: je n’ai pas de chien
      je m’en vais d’un autre côté – qui sait de quel côté il est né?
      sa mère lui a peut-être raconté si c’était par la tête ou par les pieds, par le ventre ou naturellement par l’orifice conçu à cet effet, si c’était un garçon ou bien une fille
      d’autres comme moi sont nés sans mère, spontanément
      ex nihilo
      et vulgairement.
      quant au bout de bois, je le lance et je m’en vais
      d’un tout autre côté

    25 mars 2016

  • small talk

      aimer
      ne sert à rien.
      ma maison n’avait plus de roues, j’étais tranquille (cet horrible vert des prés…)
      je ne me suis pas tué parce que ça ne sauvait de rien, je crois
      et puis j’en avais pas envie

      .

      il y a toujours une attente, un genre de désœuvrement inné
      un manque auquel on serait accroc, les cacahuètes convulsives du temps
      une seule chose au fond n’existe pas: le point final

      .

      entre vivre et survivre on hésite encore
      survivre accroche mieux au ventre, c’est vrai…
      heureusement il y a le fleuve, là, dédaignant le luxe de l’oscillation
      et les choses non-vues au fond, et qu’on laisse en l’état
      parce qu’il vaut mieux sans doute n’avoir fait
      qu’en rêver…

      .

      ce que j’aime dans le poème c’est que je suis mort
      et qu’à chaque instant j’y peux
      ressusciter.
      ce que j’aime dans le poème c’est l’illusion, petit canard boiteux,
      que j’eus pu être…

    25 mars 2016

  • elle au toucher

      je passe sur ta main la main de mon visage
      je ne passe qu’une fois, et je repasse toujours
      un jour il ne faudra plus se regarder, ni avec le visage ni avec les mains
      un jour il faudra tenir son zizi entre ses doigts, et toi tu t’accroupiras un peu plus loin
      un jour mais pas maintenant, parce que maintenant c’est l’éternité
      et que je passe sur ta main  la main de mon visage

      .

      nous étions pieux, puisque nous n’étions pas vierges
      nous restions un peu vierge pourtant, ainsi n’étions-nous pas vraiment pieux non plus
      nos doigts ahuris découvraient nos parties génitales, les inventant presque
      nous ne parlions pas, puisque nous n’étions que vivants
      nous n’étions plus seulement vivants vraiment, ainsi ne restions-nous pas tout à fait muets non plus

      .

      tous ces actes qui me survivent, un peu comme tes cheveux continuant de pousser dans la tombe
      je ne me souviens pas de grand chose – peut-être jouais-tu à la balle avec ce grand blond
      un certitude c’est qu’il ne s’agissait pas de moi – caché dans les fourrés – étant donné que je n’ai jamais été blond, que je me suis toujours méfié des blonds et des coups de soleil.
      j’étais un trou perforant ton néant.
      alors tu t’es coupé les cheveux, ce qui m’a en quelque sorte contraint à me raser les miens, qui ne repoussèrent plus
      les miens ne repoussèrent plus

    elle au toucher
    25 mars 2016

  • et je lâchai les bêtes

      la pluie ouvre ses ailes et c’est déjà la flotte. la flotte qui flotte vraiment et tout s’y noie. le linge étendu dehors n’y échappe pas. rien n’y échappe. je lèche la vitre de l’aquarium. je lèche la vitre de l’émancipation universelle. je lèche la vitre à l’intersection de tes deux jambes lisses. je casse la vitre. je casse l’intersection universelle. la pluie ouvre ses ailes et ce n’est plus cela déjà, comment dit-on déjà, mais carrément l’arc-en-ciel, parce que je me lasse du deuil alors je repense à l’alliance.

      .

      on peut appeler destin le chemin issu de chaque titubement, de chaque pierre qu’on nous lance, de chaque dérapage incontrôlable ou violente bousculade. on peut également appeler destin ce qui perdure, quel que chemin pris, quelle que vicissitude endurée, quel qu’obstacle en suspens. on appelle destin par ailleurs chaque pas retroussant le chemin jusqu’à l’affranchir de tout but, avant terme tout autant qu’ultérieurement dans l’au-delà. on parle de destin comme si la mort avait encore un sens, n’est-ce pas?

      .

    j’attendis très longtemps. j’attendis très longtemps que la nuit se dissipe et n’obstrue plus le jour. une fois le jour restitué que ferais-je? rien, bien entendu. faire, il n’en est pas question – cela se fera sans moi. quant à attendre… à quoi sert donc de ne pas attendre? à quoi sert donc de ne plus se demander à quoi sert donc? tout ne s’éclaire peut-être pas malgré moi, mais en tout cas sans mon aval. car je ne veux rien mériter ni rien me devoir. je dirais donc que je ne fais que consentir à ce que tout s’éclaire (même si l’éclaircie se passe volontiers de tout consentement). et j’y croirais vraiment si ne subsistait en moi une inquiétude, une poche d’ombre récalcitrante à si laisser dissoudre. c’est un peu comme si on demandait mais que serait le christ sans sa croix? n’importe quoi. n’importe quoi mais pas le christ.

    25 mars 2016

  • la pluie passe à côté

      je n’entends plus l’appel
      du large je n’entends plus l’appel
      du fond je n’entends plus
      l’appel et cependant la voix
      ne se tait pas, lancinante…

      .

      peut-être finirai-je par me résoudre à la délivrance. mieux: peut-être finirai-je par assumer le fait d’être libre, c’est à dire d’être, quand être ne tient à rien.

      .

      il n’y a pas de mur abstrait, mais un vide réel qui retient la chute droite dans son ultimatum, un vide qui nous renvoie au jour premier où nous osâmes dire oui.

      .

      assis sur soi-même, de quelques centimètres surplombant notre propre ombre. le monde se regarde par nos yeux, se regarde danser, vaciller, sombrer. l’ombre alors se dissout, et nous ne reposons plus sur quoi que ce soit.

      .

      je ne veux entre moi et dieu nulle autre distance que celle de mon propre néant, c’est à dire de son absence en moi, ou de ma nudité face à cette altérité à la fois radicale et intime, et en laquelle s’écoule et coule le monde, la vibrante objectivité de dieu.

      .

      on peut toujours trouver quelque chose, mais je ne trouve rien. je parlerai donc (en l’air éminemment) de ce que je ne trouve pas. le plus souvent d’ailleurs.

    25 mars 2016

  • ne touche pas aux cailloux

      je me suis jeté dans la lutte. de haute lutte, quoique de basse extraction, je me suis jeté dans la lutte. un peu poussé il est vrai, peut-être même légèrement bousculé. brutalement jeté dans la lutte disons-le clairement, dont je ne sortis vainqueur qu’à la faveur d’une fuite exquise, c’est à dire devançant la défaite à tire-jambes, à tire-au-flanc.

      .

      j’aimais le son de vos cloches, et la langue de la bouche, la langue dans la bouche, la bouche qui s’ouvre et qui se ferme – trappe, porte, fenêtre ouverte et que j’aimais le son de vos cloches, la langue de nos bouches dans la bouche de nos langues.

      .

      oh qu’elle est belle, l’action où je me suis dit tu, tu vas à droite et moi à gauche. mais je venais toujours d’en face, braqué sur moi. alors je me suis assassiné. suicide! s’écria t-on, mais je m’étais abandonné bien auparavant. auparavant et des poussières. bref je n’en sus jamais rien, et c’est à vous désormais que je dis tu.

      .

      et ainsi de suite.

    ne touche pas aux cailloux
    25 mars 2016

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