Aller au contenu

assis là sur un banc


  • tu ne danseras point

      et moi aussi, ce soir, je ferais comme si mon bonheur ne me suffisait pas…


      ça sert à rien, de toute façon ton pain est cuit

      l’envers du décor c’est quand il n’y même plus de décor


      un matin brut de décoffrage, avec un sale vent dedans


      je ne fais qu’entraver le cours du non avec des petits caillots de sans


      un bout de café une langue de fumée et on y va – où ça? rien. là.


      c’est comme ça la nature – ou du moins quelque chose qui se fait passer pour la nature


      la synthèse du hasard et de la nécessité c’est bien le destin, ça on vous l’a déjà dit. monte sur la chaise et saute dans l’vide?


      je monte sur une chaise et je saute dans le vide. je compte une deux trois et depuis plus rien: je ne compte plus, j’attends


      j’attends que passe le bus et une fois passé le bus je me dis que si le bus est passé, le bus repassera bien


      tous les jours, tous les jours de ma vie en me levant j’ai eu soif. soif de quelque chose. j’ai eu soif


      aux trois quarts mort pas moins un homme est sain. aux trois quarts mort un homme va bien


      aux trois quarts mort, un homme a soif


      je me suis mis nu, afin qu’on voit qu’un homme n’existe pas – qui on? personne.


      c’est le raclement d’un caillou dans la gorge qui donne à la voix ce ton-là


      quand je dis je, je me réfère à celui qui dedans s’imagine un visage, ou à défaut un référant


      tout au bout vous trouverez un bout, pas plus


      on ne dit pas « tout ça pour rien » , on dit « ah ben dis donc »


      je n’y arriverai pas. j’ai beau fermer les yeux, je n’y arriverai pas


      depuis combien de temps dormais-je? combien de temps dormirai-je encore? ces yeux ouverts, pourquoi ne ferment-ils pas?


      les cloches sonnent. je m’en fous c’est pas mon village


      ceux qui ne prônaient rien ne prônaient pas l’amour. ils mouraient tout aussi bien


      quand à ceux qui ne meurent pas, où les enterrerons-nous?


      le vent vient du sud, et quand il vient du sud…


      l’oreille pleine de bourdons orthodoxes, l’oreille toute miel, l’oreille jaunit-elle?

    25 mars 2016

  • miroir, méchant miroir

      la nuit réduit la nuit à rien, sagement nous emplissons-nous de l’oubli
      s’estompe le bruit des sabots, le silence émerge de nos tombes
      ne parle plus à dieu – écoute-le seulement t’écouter

      .

      l’autre rive a coulé, a coulé tout le fleuve de même
      comment donc s’y prendre pour passer lorsqu’il ne reste rien à passer?
      qu’est-ce qui ne coule pas, là, quand se noie son image?

      .

      la tristesse me manque parfois. me manque le manque, un axe de chute
      la mort un jour nous délivre de mourir,
      un autre jour c’est en mourant qu’on échappe à la mort

      .

      je ne sais pas. je suis simplement là
      le néant sourit de tout ce maigre lundi
      je me tiens là – là exactement où lui manque une dent
      – tout ce paysage vide…

    miroir, méchant miroir
    24 mars 2016

  • ils fument, kakavia

      je flotte sur mes voix
      cadavre de poisson
      muet, sans ailes
      je flotte au fond de moi

      .

      au large
      au large je te dis
      je te suce les seins
      et je ne suce rien

      .

      les osselets
      tu les ramasses, tu les jettes
      chaque fois ils retombent
      – ils veulent pas s’envoler

      .

      il n’y a pas d’obstacle
      à franchir
      je vole
      sans arrière-pensée

      .

      remontes-tu
      du fin fond
      de la mémoire des morts
      – m’enlaces-tu?

      .

      qu’est-ce que tu me rapportes
      de là-bas
      et qui tombe à travers
      ma main vide

      .

      je n’ai jamais été
      si laide je n’ai jamais
      été si lente –
      je me rends

      .

      kakavia forever
      – que disent les morts?
      les morts ne disent rien
      ils fument, kakavia

      .

      chaque jour posant le front
      contre le jour de ma mort
      m’y ouvrant un peu plus
      – le fond refait surface

      .

      pas l’ombre d’un souvenir
      – une route éperdue
      s’arrête là, attend
      et n’attend pas

      .

      j’attendais
      que rien ne passe
      chaque homme reprenant
      sa dernière taffe

      .

      respire
      par la blessure
      cet homme blet
      qui git en moi

    24 mars 2016

  • les chaises en plastique

      non, je ne veux plus
      monter la garde
      au bout
      du sans-chemin

      .

      ne te frotte pas les yeux
      : nous aurions pu nous
      traverser sans même
      nous rencontrer

      .

      veilleur d’août je crois
      de rutilants soupirs
      je vis juste comme je peux
      donc sans limite

      .

      étrange destin
      que de se demander pardon
      à chaque pierre
      qui tombe

      .

      j’ai des tas de bois
      de jeannes en fleurs de feu
      je ne sais plus
      qu’en faire

      .

      les jours de canicules
      nous nous rafraîchissions
      l’un l’autre avec la bouche
      la boue de nous remodelions

      .

      mon insouciance n’en avait
      que l’apparence:
      tout au fond les dents
      arrachées de ma sagesse

      .

      le chien arrose
      la croix au pied
      d’en haut cependant
      la vue n’a pas bougé

      .

      s’en va tout autrement
      et meurt tout près de moi
      – existe, existe encore
      le temps de revenir

      .

      ravage-moi sage
      assaille-moi
      du fond s’endort
      les yeux m’en tombent

      .

      quatre sous de lumière
      inondent une jachère
      – dieu est dieu, et la mort
      lui ressemble t-un peu

      .

      encore tu t’en vas
      le oui le non, zéro et l’un
      – ni l’un ni l’autre tu t’en vas
      fleur au couteau

      .

      l’un’œil mort
      l’autre qui gicle
      ancestrale la ronde
      boîte un petit peu

      .

      un bouddha sur la croix
      un hibou sur la paille
      et le reste du temps
      la pâquerette aux dents…

    les chaises en plastique
    24 mars 2016

  • face à cela

      j’échappe à tout hasard et, chemin faisant, je meurs dans mon lit
      – même si ce n’est pas un lit, même si ce n’est que l’ortie
      blanche de l’absence

      .

      je vis sans vérité – au cœur de la vérité dans l’absence même de vérité
      je me déchausse : les pas maintenant ne comptent plus. il n’y a plus qu’un pas, silencieux
      pour silencieusement ressusciter le nulle-part, le ramener
      à soi

      .

      et pourtant tout est là, simple et délié, posé telle une question sans réponse sur la table de l’évidence
      paumes ouvertes vois, je ne cache rien : tout est là, lié et détaché. vent ou non l’herbe séchera
      … s’il ne se remet pas à pleuvoir

      .

      je ne comprend pas mon bonheur. c’est une joie sourde, une joie d’être livré au vide, d’échapper à la cause, dénué de toute finalité
      je ne comprends pas mon bonheur. je m’effondre en moi-même, cependant je ne tombe pas. semble me soutenir un vide où je ne me reconnais pas
      un vide où chaque instant se puise à mon étonnement d’être, un vide face auquel je me grandis

      .

      ce n’est pas d’exister qui attise mon étonnement, mais le fait même que l’existence existe
      je m’enivre à l’éternité d’un verre vide. je ne bois pas. quelque chose jaillit en moi, jaillit de moi, me traverse et me dépasse, que j’appelle moi mais qui là-bas déjà devient autre chose…

      .

      on ne peut se connaître de sang sans l’avoir vu couler, sans soi-même saigner    
      mais quel est ce sang limpide et incolore qui coule dedans moi?
      mille rêves remontent d’un silence remué, et le silence reparaît au creux d’un rêve mille fois ressassé…

      .

      je n’achève pas le geste. la main reste suspendue entre deux souffles muets
      un vide danse entre mes doigts, un vide brûlant d’inavouable désir
      je caresse le corps froid de l’absence, mon appel lentement le ramène à l’extase, puis vient la stupeur
      – nous sommes l’un à l’autre la possibilité instamment réofferte d’appar-être
      nous sommes et l’un et l’autre : le vent, c’est à dire l’air que souffle l’air,
      et sur lequel souffle l’air…

    face à cela
    24 mars 2016

  • n’importe où béthléem

      pleurer danse
      au pied des grands naufrages
      et quand il a fini de danser, tout essoufflé
      pleurer pleure
      depuis la fin des temps

      .

      me vois-tu gambader en plein ciel
      à cheval sur un arbre mort et bien mort
      ou alors debout
      debout sur un cheval mort
      et bien mort…

      .

      tant de sagesse dans le voilement du terme et de l’origine, dans l’énigme irrésolue, afin que, dépouillés de leur vision, en nous se rejoigne le terme et l’origine
      limpide la nuit de notre ignorance fertile, porte grande ouverte sur l’au-delà de nous-même où se reconnaît et sourit
      le nous-même de l’au-delà…

      .

      poisson mort poisson volant ne crains plus rien – ne crains plus rien :
      l’océan
      sans souci
      glisse heureux sur ton dos…

      .

      je retourne à l’enfance
      de mon âme.
      caillou dans la mare, je ne crains pas
      l’éclaboussure.
      au fond, bien au fond
      une joie m’a surpris

      .

      la mémoire plein des reflets de l’ici et d’ailleurs
      la foi sans encombre épousant de la main chaque courbe du jour
      oh comme j’aime
      m’asseoir et regarder
      s’embraser le néant…

      .

      il fait beau
      on est tous morts
      tu patauges
      dans le vide divin
      tu bois à même le soir…

      .

      plus la peine de mourir
      tous les morts ressuscitent
      envahissent nos cours
      – et le désert croissant
      abroge nos pensées

    n'importe où béthéem
    24 mars 2016

  • même un enfant

      de tes lèvres tombe
      un peu de gravier
      mais la salive
      la vraie salive
      tu la gardes

      .

      entre mes doigts
      frémit ton sexe
      c’est tout une histoire
      à recommencer
      une marée à refluer

      .

      c’est l’éternité
      l’éternité là
      qui se produit, se reproduit
      en l’éternité là
      – d’où le vertige…

      .

      entre lâcher et retenir
      la main ouverte
      et la main refermée
      s’asseoir un peu
      et dériver

      .

      toute ma sagesse
      avachie là
      à se gratter
      à voyager l’beau temps
      voyager l’sale temps

      .

      je suis amour
      amour de rien du tout
      tout un vent qui s’ébroue
      dans la vide certain
      – un ciel en immersion

      .

      je meurs
      il ne se passe rien
      je meurs quand-même
      il ne se passe
      toujours rien

      .

      j’ai juste le temps
      de voir venir
      le temps
      puis faire un pas de côté
      pour le laisser passer

      .

      même un enfant
      fait mieux que ça
      sans faire l’enfant
      même un enfant
      s’amuse mieux

      .

      trouver le jouet
      qui coule dans l’eau
      s’envole au vent
      tombe dans le vide
      et reste là, rêveur…

      .

      ne t’en fais pas
      donne-moi ton pouce
      à sucer
      et ne t’en fais pas :
      il ne repoussera pas

      .

      sur une chaise vide
      repose l’immobile
      tu lui touches l’épaule
      mais déjà tu, il ou elle
      chavire(s)…

      .

      tu pleures
      sur mon corps
      tout mon corps ruisselant
      de tes larmes
      – que j’aime ça…

      .

      tu bouges un peu
      pour rien
      tu bouges un peu
      quand-même
      dans le même ciel

    même un enfant
    24 mars 2016

  • l’égée bleu, légère brise

      mille détours effectue le chemin le plus court
      qui de soi à soi-même le mène


      au mille et unième détour, croisant mon regard éperdu
      je me sus sans retour


      ne me promets rien, maintiens
      ce silence en suspens, longtemps


      aux trois quarts d’un homme mort, tu chancelles
      il se réveille enfin, il se réveille


      des traces de rouge au front tu ne chantes pas
      d’ailleurs que nous chanterais-tu


      la joie décampe, et les soucis avec
      un homme est mort, il va droit désormais

      le jour sent bon, le jour sent bon où je n’existe pas
      et le jour où j’existe aussi – la nuit sent bon


      venir d’un seul ciel, crever la porte ouverte
      la bouteille est vide, d’accord, mais la bouteille est pleine


      de l’égée bleu, légère brise, à l’abstraction totale – vacance, dérive
      ou toute autre chose

     
      le toit
      qui monte en flèche et vers la mer
      – une autre fois, la mer…

    l'égée bleu, légère brise
    24 mars 2016

  • j’ai soif de désespoir

      ces journées rayonnantes sur d’étincelants débris d’extase
      le joli son froissé de cendre que produit le renoncement à toute plénitude
      la main qu’on lâche, ou simplement la main qui lâche, enfin
      ces journées rayonnantes tombent à plat, tombent en rade, tombent
      en pleine désuétude

      .

      soleil écrasé du bout d’la grolle, puante punaise
      le clou qu’on enfonce dans l’œil du néant, néon intestinal
      non on ne se relève pas, non on ne rampera pas, on restera là à
      pourrir sur pied, tout moisissant
      parce que c’est beau
      – oui, comme ça c’est beau

      .

      je dois toujours recomposer l’acte de ma chute, funeste rengaine
      toujours tomber du bord, la nausée remontante, le fruit amer de l’arbre mort
      je dois toujours replonger dans le puits sec, avaler recracher puis ravaler la limace sans joie, la jaune chiasse
      je dois toujours ne plus compter sur moi ni sur rien jusqu’à un deux trois ça y est, ch’uis mort –
      bel et bien mort…
     

    24 mars 2016

  • tel. julie

      mourir d’ennui n’a pas d’ami; mourir d’ennui ne risque rien
      mourir d’ennui ne va pas à la mer; ainsi ne fait pas chier les mouettes
      mourir d’ennui respire enfin, oui, respire l’air du large, oui, l’air du
      large en bouteille

      .

      votre plus grand respect trempe son gland dans l’eau froide, votre plus grand respect
      j’écris un tronc, mais un tronc ne s’écrit pas: il fuit en branches, en branches vers le nord
      un nord bien modique certes, mais un nord tout de même, avec ses gelées blanches à la commissure du gland
      – du gland du nord, madame…

      .

      la figure de l’être, on l’appelle arbre.
      il n’y a pas d’arbre dans mon champ, dans mon champ c’est plein champ.
      pas d’herbe dans ma vie non plus, ma vie toute désherbée, ma vie sexe épilé.
      respire à plein poumon – l’étendue du non-être on l’appelle champ, et les champs sont fauchés.
      à la belle saison, respire à plein poumon, à la belle saison, triste figure de l’être.
      et les champs sont fauchés.

      .

      les arrières brûlés. les chose sont neuves, les choses sont vieilles, les choses sont de toujours
      je ne comprends rien. neuf, vieux, de toujours. tout droit c’est de n’importe quel côté
      mon amie s’habille comme ci, mon amie s’habille comme ça, mon amie ne s’habille pas – l’horizon c’est ici
      c’est comme ça tous les jours, l’horizon c’est ici, du bout du pied et il remue un peu
      au bout du pied et il remue encore, mon destin c’est par là

      .

      le + c’est le rouge et le – c’est le noir
      pour le blanc, superposer le + et le – , serrer bien fort, secouer quelques instants
      le + c’est le rouge et le – c’est le noir, n’oublie pas
      n’oublie pas: prends le panier. ramasse les fraises. mets les fraises dans le panier.
      tel julie.

    24 mars 2016

Page précédente Page suivante