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assis là sur un banc


  • une pluie nous ouvrait le chemin

      pluies d’automne, ciel d’automne: c’est donc l’automne, compte tenu des ruisseaux, courants d’eaux et rivières
      tu baisses un peu plus les yeux, toute tremblante d’un rêve sous-jacent – pas un cheveu ne bouge derrière ce qui s’écroule
      plus rien alors que l’idée d’une immanence tirant à soi le gris, d’une vacance délabrée…
      il pleut sur Deauville; il pleut même sur la mer au large de Deauville; il pleut à l’intérieur des terres je te préviens,
      au cas où se résoudrait d’un coup comme par miracle la panne d’être, se dégonflerait incrédule
      l’outre de nos crépuscules…

      .

      après la pluie, le tracé à la craie de la marelle s’est estompé. on ne distingue plus vraiment le bas du haut, l’avant de l’ensuite,
      le ciel quasiment de la terre. l’espoir et le retour se confondant je crois que la gare
      désaffectée du présent hébergera désormais notre pieux désœuvrement, et ses boiteux orgasmes

      .

      couleurs d’automne. la mort épouse la grâce sous le regard d’un azur ahuri
      le miracle d’être ne se dissocie plus de la plus pure angoisse du néant
      couleurs d’automne – et je ne m’en souviens presque pas…

    une pluie nous ouvrait le chemin
    25 mars 2016

  • on pourrait faire semblant…

      tu as soif?
      tu me demandes si j’ai soif
      tu me donnes à boire
      la gourde, la bouteille, un verre – peut-être la pluie à même la porte ouverte
      tu me donnes à boire mais ce n’est que du sable
      tu ne l’avais sans doute pas remarqué
      je suppose que tu ne l’avais pas remarqué
      ou bien alors avais-tu l’intention de me verser la soif
      la brûlure
      le vertige
      mais c’est fini

      .

      non.  je n’ai pas froid
      ça va merci, garde-le
      avant j’avais froid. j’avais tout le temps froid. mais plus maintenant
      le froid est parti peu à peu
      à la place du froid il n’y a rien
      c’est peut-être ça la mort au fond: ne plus avoir froid
      alors pourquoi se défaire de son pull pour en recouvrir la mort, la mort au fond de moi
      non je ne sais pas, je ne sais pas si un baiser, même du bout des lèvres, peut ressusciter un mort
      je pense que c’est le genre de choses qu’il vaut mieux
      continuer d’ignorer, mon amour…

      .

      ton ventre doux
      parfois tu me laisses le caresser, sauf avec les mains
      je ne t’ai pas demandé pourquoi pas avec les mains – j’ai reçu ça comme une évidence
      je te caresse le ventre autrement. des fois même c’est toi qui me demandes:
      caresse-moi le ventre
      c’est à peine une demande – plutôt un ordre déguisé en demande, et une supplique cachée sous un ordre
      tu m’attires vers ton nombril
      tu veux que ce soit sur l’autel de ton ventre et pas ailleurs que je passe de l’autre côté
      comme on déchire un miroir ou comme on froisse tout le temps
      que nous passâmes ensemble…
     

    25 mars 2016

  • pieds joints dans la flaque

      ne dis rien
      peut-être une araignée s’est-elle emmêlée à tes cheveux, peut-être faudra t-il tout défaire
      avant de tout refaire
      ne dis rien
      ne dis rien ça ne sert à rien de
      tisser les rêves, passer les rêves au tamis de l’horizon
      le vide est plus propre
      – sauter quand même pieds joints dans la flaque, comme ça, même pas pour rire…

      .

      on se sourit
      je voudrais parler comme je parlais adolescent, alors que je ne savais comment dire, ni n’avais le loisir d’y réfléchir
      tout à l’urgence de l’évacuation
      sauf qu’il n’y a maintenant plus aucune urgence
      et que le cours s’est fait lent, large méandre et banc de sable…

      .

      je te suis
      j’ignore où je vais: simplement je te suis
      toi aussi tu ignores où tu vas: tu m’entraînes à ta suite
      on se sourit
      tu souris de m’entraîner et je souris de te suivre
      souriant d’ignorer où nous allons, l’un suivant l’autre et c’est tout
      – est-ce là donc tout le secret de la ronde?

    pieds joints dans la flaque
    25 mars 2016

  • la nostalgie du vide

      rôder dans l’immobile, broder sur l’identique – n’appartiendrais-je en bout de souffle qu’au langage?
      tâtonnant entre le son et le sens, ânonnant ces hypnotiques bruissements d’eau, à l’affût de la moindre brisure ou de toute confluence – tout ne serait-il pas dès l’origine langue de bois, langue de feu?

      .

      j’entre nu dans l’appréhension de mon intime et universelle nudité, la chose n’étant plus que le vestige de sa propre profondeur
      la pensée littéralement décongelant l’ objet…
      jeter du pain dur au poissons, accroupi en bout de ponton, me semble une occupation idéale, pour ne pas dire doucement convenable

      .

      on se contentera d’être conscient, quelque forme puisse prendre la conscience
      on se contentera du néant, si muet entre les nombres
      on se contentera de couler tout au-dedans de soi, les mains tendues vers toi

      .

      j’ai peu de souvenirs, mais la mémoire énorme, nébuleuse, comme l’univers tout entier tenant en équilibre sur la pointe d’un cheveu, ou le temps qu’on rabat sur la tempe et qu’on entend gargouiller…
      les voix, les visages s’enlisent; le silence submerge les noms, défait les rides

      .

      à force de regarder le vide dans les yeux, je finis par percevoir le jour à la fenêtre. se lève t-il? tombe t-il? ou demeure t-il ainsi toujours présent, épiant mon estime avant de se dissoudre dans la rétine, dissolvant celle-ci par la même occasion?

    25 mars 2016

  • il ou elle, s’en fout

      je n’ai envie de rien
      j’ai juste envie d’avoir envie de rien
      de brûler, brûler pour rien
      et je brûle –
      je brûle pour rien

      .

      comporte-toi
      comporte-toi comme une enfant, comporte-toi comme un étang, comporte-moi
      nous ne nous rattraperons pas
      nous ne rattraperons rien

      .

      reste là
      tu pleures, non tu ne pleures pas
      tu craches dans ma main tout cet inavouable-là
      tout l’inavouable depuis la naissance du temps derrière un mur à moitié effondré
      et moi je lape ton crachât

      .

      j’ai tant tourné et retourné dans ma bouche ce caillou lourd de toutes nos inconséquences
      – j’en bave encore…
      et tandis qu’il égrenait le fenouil, elle exhibait sa poitrine au miroir, sans autre forme de procès…

      .

      dors
      dors encore un peu
      ne fais pas attention aux flaques, aux choses qu’on renverse, à l’horloge qui déconne – dors
      : tant que tu dormiras, rien ne s’éveillera, rien ne
      s’ébruitera…

    il ou elle, s'en fout
    25 mars 2016

  • qui n’avait ja-ja-jamais navigué

      la poésie opère exactement là, à la césure entre l’homme et ce que jadis on appelait dieu, et qu’on appelle désormais le sale temps, qu’il pleuve ou non

      .

      on trouve au fondement de l’être comme une déraison, un généreux gâchis dont nous n’avons pas fini de lécher la plaie, de subir les effets indésirables sur notre propre conscience, notre propre chair – enfin tout ce qui nous serait propre si nous étions quoi que ce soit en propre

      .

      je crois que je n’ai jamais été aussi heureux de ma vie – moi sans une once de joie, moi vide de chez vide, moi vide de chez moi
      peut-être parce que mon père est mort et pas moi, peut-être parce que je suis mort et pas moi
      peut-être parce que rien que l’idée d’avoir été, d’avoir foulé le temps me rend hilare
      – délicieusement, incongrument, mélancoliquement hilare…

      .

      ça sert à rien de se cacher, à part à se cacher
      cache-cache. on se réfugie dans la mort: on n’est plus qu’yeux sans yeux, attente sans attente, hors d’atteinte
      et ça pue quelque chose de noir – enfin la lumière cesse de nous violer

      .

      j’adulais la lumière, boire la lumière à œil nu
      puis je vis qu’il ne s’agissait que d’un subterfuge, naufrage de l’origine ou réfraction de seconde main
      pour que la jouissance passe de la fusion à la distance, il suffisait de deux, il suffisait de l’un
      – il suffisait de rien

    25 mars 2016

  • vivre comme ça

      à la lisière
      on vit à la lisière
      les jours font parfois grise mine j’avoue, mais ne t’en fais pas, ne t’en fais pas même quand
      la mysticité du présent
      tombe en ruine

      .

      j’ai senti, caillou broyé avec la langue, émietté sous l’ongle, réduit en poussière
      la rivière
      charrier toute une montagne et la jeter à la mer. j’ai senti
      la rivière construire des ponts, balancer la jambe
      par-dessus son épaule. j’ai senti
      la rivière assoiffée boire à même la source lente,
      avaler la saison morte et s’enliser
      dans son propre souvenir…

      .

      tu ne franchiras pas le pas, non. tu ne sauteras pas pieds joints dans le vide, non. tu ne fermeras pas les yeux en pensant ça y est, enfin, non:
      tu regarderas les bateaux passer sous toi, entre tes jambes
      dans l’caniveau d’la vie
      – il y a plein de bonheurs,
      il y a plein de bonheurs dont on sait pas quoi faire

      .

      je partirai
      ailleurs sera tout comme ici, sauf qu’alors ici sera ailleurs, ailleurs encore
      des fois l’oubli fera rejaillir la mémoire de l’éternel présent, et ce sera facile
      des fois il n’y aura rien
      des fois il y aura la mort
      et ce sera facile

      .

      à la lisière
      toujours à la lisière
      en loup, en chevreuil, ou en prière
      – une encre obscure parfois s’étire ou se réveille en nuage blanc
      enfin, je crois…
      je l’ai lu quelque part dans un genre de poème où il était dit justement qu’une encre obscure
      parfois
      s’étire ou se réveille en nuage blanc
      en nuage blanc
      à la lisière
      toujours à la lisière…

      .

      comment fera t-on pour aimer son destin, ou du moins consentir
      comment fera t-on pour aimer malgré soi sa propre chute, son propre désespoir
      comment fera t-on pour pardonner, pour s’asseoir sur ses g’noux et demander pardon
      comment fera t-on pour aimer, ou du moins consentir, après s’être enfin avouer
      assis là sur un g’nou
      qu’on n’aime pas la vie…

    25 mars 2016

  • pluies éparses

      je l’ai soulevée de terre et je l’ai assise là sur une chaise en face de moi
      mais pas sur mes genoux. elle n’était pas assise sur mes genoux, en robe de telle ou telle matière, de telle ou telle couleur
      sur mes genoux à dada ne riait
      que le vide en question, le néant en suspens

      .

      d’un homme mort en fait la seule chose qui dépasse c’est la croix,
      fine ciselure de vent, et plus solide qu’un souvenir pourtant
           je ne suis qu milieu de rien
     
    parfois j’allume un aube à ta tempe, parfois j’en caresse l’idée
    mais jamais  ne parviens là où sana mot dire tu t’effleures d’un geste simplement distrait
      je ne serai dupe d’un silence, ni de deux

      .

      qu’il fait bon, vivre pour rien
      peut-être parce que c’est dimanche
      peut-être parce que c’est lundi
      à moins tout simplement que rien n’intercepte ma trajectoire spontanée vers le néant
      auquel finalement je ne m’identifie pas plus qu’à autre chose…

    pluies éparses
    25 mars 2016

  • cette pernicieuse odeur de géranium

      la mort est morte, on va pouvoir désormais
      se polir les osselets
      se lécher les uns les autres, en recrachant les poils
      la mort est morte et la mort règne totale
      tandis que les hommes continuent à vivre, les chiens à aboyer
      – cette persévérance, cette obstination…
      comme s’ils n’arrivaient jamais à jouir, à balancer la jambe par-dessus l’épaule, à
      passer l’âme à gauche…

      .

      plus je vieillis plus je me trouve beau. je me fais penser un peu au vilain petit canard
      au regard de l’imaginable possible, notre corps sécrète une quantité réduite, voire négligeable
      de liquides, ou de leurs contrefaçons (retiens bien la chanson)
      chaque homme se sent en quelque sorte le dernier homme, s’il ne cligne des yeux
      une histoire qui finit mal finalement nous rassure…

      .

      si loin   (temps maussade)
      si loin de ces azurs à vous couper le souffle
      si loin de Troie et de Cassandre sauvagement agressée par le roi-nœud
      – la chaise longue dans l’herbe prend la pluie…
      avoir tellement mal à son âme, à son âme qui n’est pas la sienne
      avoir tellement mal  nulle-part qu’on a pitié de chaque souvenir du temps jauni
      qu’on a pitié de rien, avoir mal
      – quelqu’un miaule désespérément à la fenêtre: je ne lui ouvrirai plus

      .

      j’ouvre tout: la voie, une autre bouteille,
      un destin déchargé de la responsabilité d’être un humain
      des hommes se jetaient dans le vide et on ne les revoyait plus
      je crois que c’est la puissance fanatique et dépressive  de mon amour qui la séduisit, qui la repoussa
      j’avais à peine quinze ans que j’épousai Cassandre – le tonneau des danaïdes de sa chatte…

    cette pernicieuse odeur de géranium
    25 mars 2016

  • je déterrai le chemin

      les choses n’ont guère plus de poids que celui dont on les charge – et mon dieu qu’elles pèsent…
      l’air qui flotte à la surface d’un cube de granit est en air ce que le cube est en granit, et frémit
      selon le même principe d’unitaire déréliction, je marche au-dessus et tout le long du caniveau, la jambe droite sur le trottoir, la gauche sur la rue
      j’irais ainsi jusqu’à la mer si j’en avais l’émoi, plutôt qu’un paysage

      .

      le sceau percé,
      il navigue pas grand chose, c’est la terre qui boit tout
      par la paille des hommes
      par la paille des femmes
      par la paille des enfants
      par la paille des animaux
      enfin de tout ce qui respire, sent, et gémit dans son sommeil
      lorsque se retire le sommeil, en général au matin, elle bande

      .

      mâchonner ce bout d’écorce
      cracher l’amer, la sève amère
      quand on ne veut plus de ses amis on les enterre
      avec les chats crevés, les preuves tangibles, la prière du matin
      c’est fou tout ce qu’on se cache tout de même… afin que le miroir accepte de nous renvoyer l’image approximative….
      allez, bon voyage

      .

      il y a des choses qu’on ne peut pas ne pas voir, des choses en nous dont aucune paupière ne nous dissimulerait la vue
      toutefois nous respirons, méthodiquement. le souffle chevauche le souffle un certain temps

    25 mars 2016

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