on ne vit pas hors la proximité de l’abîme, qu’il s’agisse de la mer, de la mort, ou d’une quelconque gare routière
on ne vit pas loin d’un vide où le regard ne rencontre plus de limite, ne se heurte plus au mur d’un miroir
on ne vit pas sans une fenêtre ouverte sur rien, exacte architecture de l’au-delà
.
entre le néant et l’amour, entre l’effroyable plaisanterie et à genoux le oui, je ne choisis pas
quelque chose me dit que le jour se lève et tombe à l’intérieur d’un même jour
quelque chose me dit que là où il y a encore une place où mourir, il doit y avoir aussi une place où être
or je me refuse tant à sauter dans le vide qu’à plonger dans la grâce. terre d’exil – ne se sentir chez soi que dans l’exil intime et permanent
ici tout comme ailleurs, dès ici car ailleurs…
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assis là dans l’immense, vogue le banc, bien boulonné au vide
assis là n’importe où, ancré dans une tendre indifférence
les morts pleurent dans mes yeux des larmes de tendre indifférence
la main ne se tend plus, de donner ni de prendre. je laisse simplement
se poser un instant sur mon bras
le papillon
– ou ne pas s’y poser…
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enfin, inondé d’un oubli limpide, la question cesse de se poser
engendrant la lumière qui finit par t’illuminer, tu restes là à te dorer au soleil d’en-dedans
vidé jusqu’à la plénitude, tu te contentes dès lors d’être, rassasié de rien
plus un chemin, plus de nœud ni d’obstacle, l’horizon-même résorbé:
tout ivre d’un oubli limpide…




