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assis là sur un banc


  • quatre sous de lumière

      donne-moi ce que tu veux, de toute façon je ne serai jamais assez saoul
      je picore par ci, je picore par là, tel le faisan de Tchouang tseu – à la fin tu es toujours la même morte, mais sans les yeux
      et les gens vont finir par croire que j’ai perdu quelque chose…

      .

      c’est dommage, j’aurais voulu te faire rire. mais tu as besoin de moi pour autre chose que pour rire probablement
      je te prépare un thé ou un café – peu importe. je rêve que je souffle sur tes tétons. je ne rêve de rien en fait
      demain tu me diras tu, comme d’habitude. et tu feindras d’ignorer ma gorge tranchée
      après, on ira se laver le sexe

      .

      il ne pleut plus nulle part, et les routes restent impraticables
      les gens ont la télé, moi je n’ai pas de télé
      les gens ont des amis, moi je n’ai pas d’ami
      par ce froid de canard je ne sors pas – où sortirais-je d’ailleurs?
      je me suis habitué à te détester, toi aussi

      .

      il y avait un homme dans la glace mais je vous jure, ce n’était pas lui, ce n’était pas moi
      une bouteille également, sur la table, presque vide, la deuxième ou la troisième, je ne sais plus
      j’ai l’impression d’errer sans fin en ces landes lithographiques
      aucun souvenir ne remonte, aucun espoir non plus, je n’ai pas mal au dos
      et les eaux molles, tendres épouses, défont le dernier bouton…

    quatre sous de llumière
    25 mars 2016

  • crache pas dans la soupe

      j’ai de l’eau dans les pompes
      je reste là debout, comme un con, les pieds trempés
      je n’en reviens toujours pas des mensonges dont mon cerveau est imbibé
      qui partiraient peut-être avec le dernier désespoir mais je n’ai pas le dernier désespoir, pas même un doigt très vieux dans l’anus printanier
      : je n’ai jamais eu le luxe de l’innocence, la vérole te ronge, tu fermentes dans le ventre du monstre, la tête penchée tristement…
      en reniflant mes doigts, j’ai rêvé d’innocence

      .

      j’écris contre ma tombe. j’écris de dedans ma tombe. j’écris parce que tant que je dis elle reste entrouverte, qu’au moins je puisse respirer, sortir la nuit pour aller pisser
      et pourtant ça me coûte dur d’avoir à dire, à maintenir la fenêtre entrebâillée alors qu’au fond j’ai tellement envie de crever, de rejoindre le fond, où je ne serais plus
      tu n’aurais pas du
      sauter la ligne, tourner la page
      – même si la photo effectivement
      n’était pas très jolie…
      .

      et puis il y a la pluie qui tape à côté. c’est comme une femme qui jouit sans penser du tout à toi, ni aux rêves que tu faisais enfant, quand survivre au temps, à la déraison et à la trahison constituait déjà tout l’enjeu
      je ne touche à rien – ni au vent qui courbe tout ni à tes seins bien rangés dans le caveau de nos quinze ans
      j’espère mourir bientôt – ça remplacera ta main cramponnée au mât quand dans ma tête claquait l’abîme…

    25 mars 2016

  • à la mamelle du sphynx

      il pleut. depuis le commencement du monde il pleut. je t’écris de quelque part, de n’importe où. depuis le commencement du monde et on n’en sait presque rien. sauf que l’herbe se mit à pousser rapidement. il y eut de l’herbe partout, de vastes forêts sans arbres. il y a de l’herbe partout encore maintenant.

      .

      j’avais l’impression que tout ce qui respirait mentait, que là où cessait le mensonge nous suffoquions, et qu’en définitive seule était pure la mort, immaculé le néant. imagine la culpabilité d’être nécessaire à l’élaboration d’une telle conception! je posai donc les mains sur le dos de la culpabilité et commençai le massage.

      .

      j’aurais tellement voulu qu’on prenne de moi le soin que j’apportais à la mise en scène de ma propre exécution. on a beau s’entasser dans des charniers, creuser des fosses communes, solitaire est le chemin de l’être, de tout être. alors même qu’il s’agit d’un seul et unique chemin…

      .

      j’étais si loin de me douter… je te parlais, je te parlais mais tu ne pouvais déjà plus m’entendre. tu n’entendais plus qu’une chose, une seule et même chose. je me suis quand-même assis près de toi – j’avais sans doute besoin d’avoir mal près de quelqu’un qui a mal, pour ne pas avoir honte.

      .

      je parle pour parler finalement, me tenir compagnie. une toute petite voix face à la nuit totale. j’ai toujours envie de la souffler, cette flamme. par pur instinct de mort, pur instinct de liberté. veiller dans la nuit totale. veiller.
      si tu t’endors, t’es mort
      et les paupières s’empèsent, et le regard s’enlise…
      si tu t’endors, t’es mort.

    25 mars 2016

  • la pluie hors du roman

      je connais mal – dis-tu – le sort, le destin, bref la meule du foin
      à traîner dehors à tremper sous la pluie, la pluie hors du roman
      peler un fruit, traiter l’amour de sa vie comme un commun objet sexuel, aller se coucher sans se laver les dents
      tant de choses à faire, tant de choses à défaire mais j’abandonne tout, je laisse tout
      pas de quoi fouetter un chat pour autant, ni même une vache sous la pluie, la pluie hors du roman

      .

      arriver à ce point mort, le point mort tel que le fixe noriko, la petite poupée nipponne sur la table rouge où je t’écris
      arriver à ce point mort comme au point le plus sensible, le plus vivant, le plus vulnérable
      je n’aime pas que tu me regardes ainsi. il faudrait que je sois le trou béant de l’infini pour absorber ton regard-là

      .

      je regardais mon zob et je vis que j’étais vieux – pas à mon zob, mais au regard que je portais sur lui
      j’étais vieux, cela voulait dire que je sortais de l’âge, que le lit du temps se perdait dans la chute des dents
      je n’avais pas soif, seulement je me levais la nuit, et n’assouvissais rien
      rien ne me manque non plus – je crois juste que je ne voudrais plus souiller l’infini d’un seul pas en avant

      .

      il y en a qui crèvent en sueur, avant même d’avoir eu le temps de jouir – on meurt de toute façon toujours avant d’avoir eu le temps
      on meurt alors qu’on n’en a pas le temps
      des fois il fait grand vent aussi, en plein novembre, et des gars sortent leurs cerf-volants au-dessus des dunes
      c’est comme la tour montparnasse vue de l’escalator

      .

      je ne voudrais dire du mal de personne, pas même de ma propre mère
      il y a les lumières bleues des ambulances, une femme qui te raccroche au nez, ou plutôt à l’oreille
      je n’existe pas dans ce jeu. dans ce jeu je n’existe pas. existent le jeu, la figure du pendu dans le jeu, mais le pendu lui flotte ailleurs, voyage
      et pas dans l’au-delà, non, ni dans l’en-deçà non plus: il flotte, c’est tout
      il voyage. un peu par ci, un peu par là – on dirait qu’il s’en balance

    la pluie hors du roman
    25 mars 2016

  • égal à l’oubli

      il fait nuit. derrière la fenêtre les prés, les champs n’ont plus d’yeux. sauf à considérer tout être – animal, végétal ou minéral – comme un œil, un œil ouvert du monde sur soi-même
      il fait nuit. je suis un œil ouvert. ouvert sur ce qui le traverse, ouvert sur ce qui le regarde
      et la mort
      n’y change rien

      .

      la nuit cette nuit ressemble à la nuit. et moi aussi.
      si tu savais comment j’ai mal à la vie, avant même d’être saoul…
      la nuit cette nuit ne ressemble à rien. tout comme moi.
      incroyable, cette insouciance de la vie à survivre à toutes ces trahisons, à tous ces massacres
      incroyable, cette désinvolture de la vie à se trouver belle
      à l’instant même où on la perd…

      .

      il y avait un arc-en-ciel cet après-midi, là, juste dans le pré d’en face
      les bêtes sont rentrées, je supporte seul le temps de mes insomnies
      un jour je n’aurai plus de mort
      un jour je ne serai plus le mort de quiconque
      mais peut-on encore appeler ça un jour?
      ou peut-on, au contraire, appeler ça enfin le jour?

      .

      toute la pureté restante – il en reste si peu – nous coule sur le visage
      je laisse ça, je laisse ça aussi – je me retrouve sans rien
      la lumière toujours et partout là bien-sûr, mais nous, nous explorons
      son absence jusqu’au bout

      .

      la mort c’est la mort mais pas plus que ça
      quand le monde s’est refermé, quelqu’un pleurait encore
      j’ai frappé comme une bête: d’un côté le sac de frappe – à peu près tout ce qui bouge –
      de l’autre le ciel gris, indifférent à ma rage
      heureusement…

    égal à l'oubli
    25 mars 2016

  • déborder de la tombe

      rouler dans un coin. se coucher sur le côté. mourir. mourir enfin
      entendre pleurer de si loin, si loin. et depuis si longtemps, si longtemps…
      les pleurs remontent à la surface de l’ouïe, depuis le fond de l’ouïe les pleurs affleurent
      mourir. mourir enfin…

      .

      la vraie nausée, celle qui remonte des entrailles, aigre sang de la pierre, piège le cœur et le fait gerber de toute son âme
      ce dégoût d’être dont seule la mort pourrait te délivrer, si la mort délivrait encore
      j’ai nagé ce matin, j’ai nagé:
      il n’y eut jamais de rivage…

      .

      tu me demandes pourquoi mais il n’y a pas de pourquoi
      tu me dis souviens-toi de nos joies mais il n’y a pas de joie
      tu m’insultes, tu me frappes, tu me jettes mais il n’y a pas de fond
      alors tu pars
      tu pars…

      .

      la seule chose qui me sépare de la mort c’est mourir
      mourir m’écœure

      le néant est-il doux, le néant est si doux
      je marche encore un peu

      je me passe la main dans les cheveux, à contre-poil
      le néant est si doux

      .

      en moi l’amour est mort
      et je ne me souviens
      ni de maintenant, ni d’avant

      en moi l’amour est mort
      comme si j’avais marché, longtemps
      et pour rien

      en moi l’amour est mort
      – c’est pas grave, non c’est pas grave:
      en moi l’amour est mort

    25 mars 2016

  • elle bave de sa névrose

      j’indique mes points faibles, j’exhibe mes souillures, comme çà tu sauras où frapper, comment m’humilier, tu pourras rire de me piétiner
      faisant cela tu te condamneras à m’aimer. tu m’aimeras car seul l’amour pourra sauvegarder ta culpabilité, la justifier et ainsi  préserver ta propre dignité
      tu m’aimeras parce que ma soumission, mon pardon et mon intégrité auront su rompre la digue de ta méfiance
      alors tu pleureras
      tu pleureras, tu t’effondreras
      dans les bras de ta victime
      et tout ira bien

      .

      je me suis entièrement projetée dans l’espace symbolique et désormais je n’existe plus
      que symboliquement.
      j’ai aimé les avions, les cargos les canons, et tous ces trucs susceptibles de déclencher en moi l’orgasme pur
      mais au fond, je ne fus que ruines
      braises tout juste fumantes
      rouge aux lèvres de l’anus

      .

      convoite-moi
      convoite-moi, rien qu’un peu je t’en supplie
      – tu sais tout ce que çà sous-entend « je t’en supplie »? tu sais tout ce que çà implique « je t’en supplie »?
      et tu n’as pas peur?
      tu n’as pas peur du démon que tu nourris de tes viscères en détournant de moi le regard vers tes saintetés de morts, tes figures d’innocence violée?
      hein, tu n’as pas peur?
      tu n’as pas peur de la malédiction proférée par une âme perdue, une âme suppliante?
      ne crains-tu pas le gouffre en toi qui déjà ouvre énorme sa gueule, son sexe, son rosaire, tout prêt de t’engloutir?
      tu n’as pas peur je t’en supplie allons nous laver la bouche

      .

      je hais la vie
      je m’assassine et on est tranquille
      ça fait longtemps que je n’existe plus, plus que comme un ver sifflé dans le tube digestif de la vie, de la fille qui là-bas
      me sourit sans savoir à quoi s’en tenir
      – comment supporterions-nous l’amour de dieu alors que nous ne sommes pas seulement capables de supporter l’amour que nous éprouvons ou subissons
      l’un pour l’autre, ou l’un de l’autre?

      .

      il n’y a ni coupable ni innocent
      rien que bouse et nuages
      bouse
      et nuages…

    elle bave de sa névrose
    25 mars 2016

  • je pourrais avoir tout l’amour que ça n’enlèverait pas les odeurs

      elle sent mauvais
      elle sent la pisse
      je la protège dans mes bras
      mes tout-petits bras
      mes bras contre la nuit, contre la pluie
      mes bras une nuit chaude, mes bras une pluie douce
      je la protège des miroirs qui mordent, des miroirs qui crient
      je la protège des mains qui giflent
      dans mes tout-petits bras
      je la renifle
      je sens qu’elle pue
      qu’elle pue la pisse
      je la renifle
      je la protège
      enfin je suis heureux

      .

      nulle-part n’écrit mon nom
      je dis mon nom mais rien ne sort
      j’articule mon nom mais seul un silence s’en va rejoindre le silence
      je hurle mon nom mais rien n’entend mon nom
      parce que je n’ai pas de nom
      parce que je ne repose sur rien
      et rien ne repose sur moi
      j’admets tous les dictons, car les dictons s’inscrivent
      j’entonne toutes les chansons, car les chansons s’entendent
      mais mon nom reste là, comme une balla tirée dans le crâne de ton oubli
      sans même y avoir creusé de trou…

      .

      tendre les bras
      tendre les bras bien devant soi, comme s’il y avait la possibilité d’un mur que l’on ne verrait pas
      or il n’y a rien, et l’on ne se protège pas de rien
      ni avec les signes
      ni avec les croix
      je t’ai amenée là et tu y danses tout au bord du vide, sur le mince fil d’un horizon qui se délite
      tu danses dans le vide
      rien ne protège de rien dis-tu
      tandis que je m’enfonce

    25 mars 2016

  • le silence a craqué, quelque chose a filtré

      l’histoire ne se répétera pas
      l’histoire s’ennuiera à mourir
      l’histoire ira se coucher dans un coin, en boule dans un coin
      et l’histoire cuvera tout son sang

      .

      nous habiterons loin
      ici c’est déjà loin tu sais, mais pas encore assez loin
      d »un pas énorme nous franchirons le minuscule
      le futur et le passé nous aurons courbé l’échine
      et nous nous jetterons l’un sur l’autre comme des bêtes féroces, jusqu’à ce que plus rien ne résiste, les os broyés, la volonté pulvérisée
      nous nous traverserons alors, nous nous confondrons, et nous réciterons en chœur
      la prière du soir

      .

      il est mort
      oui je sais qu’il est mort
      il, ou elle, est morte
      sept ans de malheur pour un miroir, quinze jours d’arrêt pour une simple entorse
      – mais pour la mort qui emplit notre cœur?
      mais pour la mort qui nous rogne et dévore le sexe?
      mais pour la mort qui en tuant la mort nous laisse tout seul et tout froid devant le feu éteint?
      et s’il ressuscitait, ressusciterait-il le feu?
      si il, ou elle, ressuscite, ressuscites-tu aussi?
      récites-tu suscite t-elle?
      et si tu restes ici, que court-elle?
      et qu’encours-tu?

      .

      j’ai mal au ventre
      depuis la nuit des temps j’ai mal au ventre
      je saupoudre mon nombril de poison, au cas où le mal extérieur parviendrait à atténuer le mal intérieur
      à nettoyer la racine pourrie
      je voudrais me dévitaliser, vomir de moi et le ciel et la terre, vomir le ventre aussi
      j’ai mal au ventre, à l’enfant nu
      le ventre-là ma mère, est un enfant perdu
      un enfant perdu
      un enfant perdu

    le silence a craqué, qqchose a filtré
    25 mars 2016

  • l’accent ferroviaire

      ceux qui s’échappèrent, en quête de lumière, d’un rayon de lumière, nous ne les reverrons pas
      le pays sous la pluie noyait tout dans les gris…
      si tu soulevais un pan de ma mémoire, tu pourrais certes y lire maintes histoires
      mais baisse une paupière pudique, laisse la nostalgie du vide mêler le jour à l’absence
      et les fondre en une même instance grise
      : ce n’est pas que rien ne se perde, c’est que rien ne se trouve vraiment…

      .

      à force de négation s’érode le néant. le non s’effrite et finit par laisser transparaître en lui le oui – un simple oui, un oui sans prétention, un oui qui n’affirme rien
      un oui comme quand on sort dans la nuit fraîche, l’herbe mouillée et la clarté grise d’une paisible inquiétude
      un oui comme un dessin d’enfant ou une paire de fesses – enfin… un oui qui ne s’entend pas, et ne va pas plus loin…

      .

      parfois suffit l’idée de la réalité: un corbeau traverse le vent gris
      c’est l’image de rien qui creuse le rien et révèle une profondeur au détour de chaque apparence
      je reviens au nulle-part: parfois l’idée dénude toute réalité…

    25 mars 2016

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