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assis là sur un banc


  • la nostalgie du vide

      rôder dans l’immobile, broder sur l’identique – n’appartiendrais-je en bout de souffle qu’au langage?
      tâtonnant entre le son et le sens, ânonnant ces hypnotiques bruissements d’eau, à l’affût de la moindre brisure ou de toute confluence – tout ne serait-il pas dès l’origine langue de bois, langue de feu?

      .

      j’entre nu dans l’appréhension de mon intime et universelle nudité, la chose n’étant plus que le vestige de sa propre profondeur
      la pensée littéralement décongelant l’ objet…
      jeter du pain dur au poissons, accroupi en bout de ponton, me semble une occupation idéale, pour ne pas dire doucement convenable

      .

      on se contentera d’être conscient, quelque forme puisse prendre la conscience
      on se contentera du néant, si muet entre les nombres
      on se contentera de couler tout au-dedans de soi, les mains tendues vers toi

      .

      j’ai peu de souvenirs, mais la mémoire énorme, nébuleuse, comme l’univers tout entier tenant en équilibre sur la pointe d’un cheveu, ou le temps qu’on rabat sur la tempe et qu’on entend gargouiller…
      les voix, les visages s’enlisent; le silence submerge les noms, défait les rides

      .

      à force de regarder le vide dans les yeux, je finis par percevoir le jour à la fenêtre. se lève t-il? tombe t-il? ou demeure t-il ainsi toujours présent, épiant mon estime avant de se dissoudre dans la rétine, dissolvant celle-ci par la même occasion?

    25 mars 2016

  • il ou elle, s’en fout

      je n’ai envie de rien
      j’ai juste envie d’avoir envie de rien
      de brûler, brûler pour rien
      et je brûle –
      je brûle pour rien

      .

      comporte-toi
      comporte-toi comme une enfant, comporte-toi comme un étang, comporte-moi
      nous ne nous rattraperons pas
      nous ne rattraperons rien

      .

      reste là
      tu pleures, non tu ne pleures pas
      tu craches dans ma main tout cet inavouable-là
      tout l’inavouable depuis la naissance du temps derrière un mur à moitié effondré
      et moi je lape ton crachât

      .

      j’ai tant tourné et retourné dans ma bouche ce caillou lourd de toutes nos inconséquences
      – j’en bave encore…
      et tandis qu’il égrenait le fenouil, elle exhibait sa poitrine au miroir, sans autre forme de procès…

      .

      dors
      dors encore un peu
      ne fais pas attention aux flaques, aux choses qu’on renverse, à l’horloge qui déconne – dors
      : tant que tu dormiras, rien ne s’éveillera, rien ne
      s’ébruitera…

    il ou elle, s'en fout
    25 mars 2016

  • qui n’avait ja-ja-jamais navigué

      la poésie opère exactement là, à la césure entre l’homme et ce que jadis on appelait dieu, et qu’on appelle désormais le sale temps, qu’il pleuve ou non

      .

      on trouve au fondement de l’être comme une déraison, un généreux gâchis dont nous n’avons pas fini de lécher la plaie, de subir les effets indésirables sur notre propre conscience, notre propre chair – enfin tout ce qui nous serait propre si nous étions quoi que ce soit en propre

      .

      je crois que je n’ai jamais été aussi heureux de ma vie – moi sans une once de joie, moi vide de chez vide, moi vide de chez moi
      peut-être parce que mon père est mort et pas moi, peut-être parce que je suis mort et pas moi
      peut-être parce que rien que l’idée d’avoir été, d’avoir foulé le temps me rend hilare
      – délicieusement, incongrument, mélancoliquement hilare…

      .

      ça sert à rien de se cacher, à part à se cacher
      cache-cache. on se réfugie dans la mort: on n’est plus qu’yeux sans yeux, attente sans attente, hors d’atteinte
      et ça pue quelque chose de noir – enfin la lumière cesse de nous violer

      .

      j’adulais la lumière, boire la lumière à œil nu
      puis je vis qu’il ne s’agissait que d’un subterfuge, naufrage de l’origine ou réfraction de seconde main
      pour que la jouissance passe de la fusion à la distance, il suffisait de deux, il suffisait de l’un
      – il suffisait de rien

    25 mars 2016

  • vivre comme ça

      à la lisière
      on vit à la lisière
      les jours font parfois grise mine j’avoue, mais ne t’en fais pas, ne t’en fais pas même quand
      la mysticité du présent
      tombe en ruine

      .

      j’ai senti, caillou broyé avec la langue, émietté sous l’ongle, réduit en poussière
      la rivière
      charrier toute une montagne et la jeter à la mer. j’ai senti
      la rivière construire des ponts, balancer la jambe
      par-dessus son épaule. j’ai senti
      la rivière assoiffée boire à même la source lente,
      avaler la saison morte et s’enliser
      dans son propre souvenir…

      .

      tu ne franchiras pas le pas, non. tu ne sauteras pas pieds joints dans le vide, non. tu ne fermeras pas les yeux en pensant ça y est, enfin, non:
      tu regarderas les bateaux passer sous toi, entre tes jambes
      dans l’caniveau d’la vie
      – il y a plein de bonheurs,
      il y a plein de bonheurs dont on sait pas quoi faire

      .

      je partirai
      ailleurs sera tout comme ici, sauf qu’alors ici sera ailleurs, ailleurs encore
      des fois l’oubli fera rejaillir la mémoire de l’éternel présent, et ce sera facile
      des fois il n’y aura rien
      des fois il y aura la mort
      et ce sera facile

      .

      à la lisière
      toujours à la lisière
      en loup, en chevreuil, ou en prière
      – une encre obscure parfois s’étire ou se réveille en nuage blanc
      enfin, je crois…
      je l’ai lu quelque part dans un genre de poème où il était dit justement qu’une encre obscure
      parfois
      s’étire ou se réveille en nuage blanc
      en nuage blanc
      à la lisière
      toujours à la lisière…

      .

      comment fera t-on pour aimer son destin, ou du moins consentir
      comment fera t-on pour aimer malgré soi sa propre chute, son propre désespoir
      comment fera t-on pour pardonner, pour s’asseoir sur ses g’noux et demander pardon
      comment fera t-on pour aimer, ou du moins consentir, après s’être enfin avouer
      assis là sur un g’nou
      qu’on n’aime pas la vie…

    25 mars 2016

  • pluies éparses

      je l’ai soulevée de terre et je l’ai assise là sur une chaise en face de moi
      mais pas sur mes genoux. elle n’était pas assise sur mes genoux, en robe de telle ou telle matière, de telle ou telle couleur
      sur mes genoux à dada ne riait
      que le vide en question, le néant en suspens

      .

      d’un homme mort en fait la seule chose qui dépasse c’est la croix,
      fine ciselure de vent, et plus solide qu’un souvenir pourtant
           je ne suis qu milieu de rien
     
    parfois j’allume un aube à ta tempe, parfois j’en caresse l’idée
    mais jamais  ne parviens là où sana mot dire tu t’effleures d’un geste simplement distrait
      je ne serai dupe d’un silence, ni de deux

      .

      qu’il fait bon, vivre pour rien
      peut-être parce que c’est dimanche
      peut-être parce que c’est lundi
      à moins tout simplement que rien n’intercepte ma trajectoire spontanée vers le néant
      auquel finalement je ne m’identifie pas plus qu’à autre chose…

    pluies éparses
    25 mars 2016

  • cette pernicieuse odeur de géranium

      la mort est morte, on va pouvoir désormais
      se polir les osselets
      se lécher les uns les autres, en recrachant les poils
      la mort est morte et la mort règne totale
      tandis que les hommes continuent à vivre, les chiens à aboyer
      – cette persévérance, cette obstination…
      comme s’ils n’arrivaient jamais à jouir, à balancer la jambe par-dessus l’épaule, à
      passer l’âme à gauche…

      .

      plus je vieillis plus je me trouve beau. je me fais penser un peu au vilain petit canard
      au regard de l’imaginable possible, notre corps sécrète une quantité réduite, voire négligeable
      de liquides, ou de leurs contrefaçons (retiens bien la chanson)
      chaque homme se sent en quelque sorte le dernier homme, s’il ne cligne des yeux
      une histoire qui finit mal finalement nous rassure…

      .

      si loin   (temps maussade)
      si loin de ces azurs à vous couper le souffle
      si loin de Troie et de Cassandre sauvagement agressée par le roi-nœud
      – la chaise longue dans l’herbe prend la pluie…
      avoir tellement mal à son âme, à son âme qui n’est pas la sienne
      avoir tellement mal  nulle-part qu’on a pitié de chaque souvenir du temps jauni
      qu’on a pitié de rien, avoir mal
      – quelqu’un miaule désespérément à la fenêtre: je ne lui ouvrirai plus

      .

      j’ouvre tout: la voie, une autre bouteille,
      un destin déchargé de la responsabilité d’être un humain
      des hommes se jetaient dans le vide et on ne les revoyait plus
      je crois que c’est la puissance fanatique et dépressive  de mon amour qui la séduisit, qui la repoussa
      j’avais à peine quinze ans que j’épousai Cassandre – le tonneau des danaïdes de sa chatte…

    cette pernicieuse odeur de géranium
    25 mars 2016

  • je déterrai le chemin

      les choses n’ont guère plus de poids que celui dont on les charge – et mon dieu qu’elles pèsent…
      l’air qui flotte à la surface d’un cube de granit est en air ce que le cube est en granit, et frémit
      selon le même principe d’unitaire déréliction, je marche au-dessus et tout le long du caniveau, la jambe droite sur le trottoir, la gauche sur la rue
      j’irais ainsi jusqu’à la mer si j’en avais l’émoi, plutôt qu’un paysage

      .

      le sceau percé,
      il navigue pas grand chose, c’est la terre qui boit tout
      par la paille des hommes
      par la paille des femmes
      par la paille des enfants
      par la paille des animaux
      enfin de tout ce qui respire, sent, et gémit dans son sommeil
      lorsque se retire le sommeil, en général au matin, elle bande

      .

      mâchonner ce bout d’écorce
      cracher l’amer, la sève amère
      quand on ne veut plus de ses amis on les enterre
      avec les chats crevés, les preuves tangibles, la prière du matin
      c’est fou tout ce qu’on se cache tout de même… afin que le miroir accepte de nous renvoyer l’image approximative….
      allez, bon voyage

      .

      il y a des choses qu’on ne peut pas ne pas voir, des choses en nous dont aucune paupière ne nous dissimulerait la vue
      toutefois nous respirons, méthodiquement. le souffle chevauche le souffle un certain temps

    25 mars 2016

  • l’orée du peu

      la vie comme exacte combinaison du chœur antique et de ma voisine névrotique
      n’avoir par ailleurs pour se préserver de l’oubli rien d’autre que la mémoire, t’en souviens-tu?
      et contre la mémoire rien que l’oubli, un voile blanc de mariée
      traditionnellement c’est blanc, un voile de mariée

      .

      il pleut et c’est pas pour nos tombes
      il pleut sur nos tronches comme il pleut sur le fleuve: en pure perte
      mais il n’a pas plu depuis des semaines dis-tu, et là où il ne pleut pas les hommes ignorent la douceur de la tête penchée
      du gris méticuleux
      et du temps qui s’endort au ronron de la bruine

      .

      je ne veux rien, je t’assure – non, non je n’ai besoin de rien
      que la mort d’en dehors seulement ne vienne faire obstacle ou interrompre la mort d’en dedans
      j’ai mort à mon nom. je ne comprends pas très bien ce que j’entends par là mais j’ai mort à mon nom
      et puis j’ai pas su me retenir

      .

      les yeux sont au milieu
      la morte couchée sur le côté, chienne au repos mais l’oreille aux aguets
      un plan de métro parisien par exemple, c’est beau
      et réserver son billet longtemps à l’avance s’avère économiquement raisonnable
      je crois j’ai du pleurer trois quatre fois dans ma vie
      parce que chez nous, les garçons, ça pleure pas

      .

      la nuit un symbole continu, même quand-i pleut pas
      je jouis du luxe inouï qu’on n’attende rien de moi, pas même moi
      j’aimerais dire autre chose – autre chose se dira toute seule
      il y a des choses qui ne se font qu’à part soi, comme le suicide, l’onanisme, la défécation ou encore
      la pêche à l’ophélie…

      .

      un chien couvert de bruine

    l'orée du peu
    25 mars 2016

  • de tristes animaux

      pourquoi donc ceux qui meurent, ceux qui n’ayant plus la force de mentir ont les yeux tout ouverts
      ne nous parlent-ils pas?
      sommes-nous à ce point lâches qu’on ne veuille les entendre?
      pourquoi devons-nous de surcroît
      tuer ceux qui meurent?

      .

      mais tout nous semble si loin – et le sable qu’on écope d’une barque échouée…
      putain de vague qui s’effrite  à l’instant même où elle devait m’emporter…
      allez ça suffit maintenant, on ne pleurera que quand on aura des yeux, de vrais yeux
      et que, même ayant si peur parmi moi, je reviendrai du bout de rien
      m’habiter, et habiter ma vie

      .

      un jour ils te tueront
      et tu ne leur diras rien, tu seras mule têtue ou un esprit-jardin
      un jour tu leur diras, elle s’appelait ainsi, elle s’appelait comme ça, et ils te tueront
      ta maison n’avait plus de roues
      un jour ils te tueront, et ils ne tueront rien
      ça fait quelques générations déjà que les gens meurent
      et que les filles s’appellent ainsi, et que les filles s’appellent comme ça

    25 mars 2016

  • les restes de l’ennui

      tu sais bien que je n’y crois plus, aux jongleries avec les mots, aux jongleries avec l’esprit, aux jongleries avec l’émotion
      et qu’une décalcomanie de bouddha sur le biceps n’aidera pas un enfant à s’endormir alors que sous le lit veille le loup
      – je ne suis rien. je ne veux être rien. j’aimerais seulement cesser
      d’y penser

      .

      je ne vois pas que faire d’autre que de se parler à soi-même. et pour se parler franchement à soi-même, encore faut-il franchement s’écouter
      puis, s’étant tout dit, imagine ce silence profond entre soi et soi, ce silence en soi, vaste clairière…
      j’ignore pourquoi il faut qu’à cet instant-là il se mette à pleuvoir, me voici tout mouillé
      – peut-être parce que le salut ne suffit pas et qu’il faille la grâce, que le salut sans la grâce ne vaut pas bézef
      et enfin parce que même la mort
      doit être relevée…

      .

      une fois sur le chemin, on reste sur le chemin – axiome de cheminot
      à moins d’un bon coup de vent, d’une forte bourrasque, évidement
      évidement.
      une fois sur le chemin on ne sait plus trop quoi faire – on lance des pierres aux chiens si on voit des chiens rôder
      qui de toute façon te renverrait la pierre, qui te la jetterait? ce chemin est trop loin pour trois
      et l’on n’y croise jamais que ses propres doigts…

    les restes de l'ennui
    25 mars 2016

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