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assis là sur un banc


  • dans tout l’enfer des hommes qui crient, voilà ça y est, t’es morte

      je suis mort l’année dernière et pas seulement. l’âme de l’homme dit tiens, allons faire un tour et puis voilà. ces tas d’ossements, de maladies contagieuses, d’agacements quotidiens. je t’embrasse sur la gauche tu me tends la droite et après je saute, je m’en fous je saute – paix à mon âme!

      .

      on n’avait pas le temps. de mourir ou de finir son verre, on n’avait pas le temps. on se reniflait en cachette, à la sauvette et ça nous faisait pouffer mais putain d’chiotte on n’avait pas le temps, de mourir ou même de
      se sentir à l’aise.

      .

      tu n’es plus la psychopompe, la marie sur les toits ni la camarade qui me ferait bander. tu n’es pas l’alter-égo, l’objet de quelque fantasme non plus. tu m’inhumes, je t’inhume. tu me pleures, je te pleure. on se fait mal et on n’arrive encore, encore malgré tout ça,
      à rêver l’un de l’autre…

      .

      demain je ne te regarderai pas. je cacherai mon visage dans mes mains et je ne t’aimerai pas. tu ne m’aimeras pas non plus, mais moi je ferai semblant, je ferai semblant de tout parce que je suis l’homme qui fait semblant
      – tandis que toi tu existeras…

      .

      la mer est une mer morte
      maintenant on s’entend
      on se parle à l’oreille
      maintenant tu me dis
      tu me dis rien
      je ne suis pas mort
      je suis le caveau
      d’un homme mort

    .

    26 mars 2016

  • je vais être doux, tout doux, doux comme un ver à soie

      mais j’aurais su quoi dire, si seulement j’avais su à qui parler. au bout de l’ongle les miroirs crissent, se fendent. toute la chair du monde n’aurait la réalité d’un seul mot fondant sur la langue du vide. mais qui s’emmerderait à croire (à) la réalité?

      .

      j’aimais sucer ta langue. il suffisait de quelques amalgames hâtifs pour conclure à la passion. le reste du temps on branlait le temps, ici ou ailleurs, selon les circonstances. je saute à pieds joints dans ma vie. les éclaboussures peignent leurs visages et leurs odeurs sur les parois intérieures de mon cercueil, oh mon joli cercueil…

      .

      mourir est un mètre trop court pour mesurer la souffrance humaine ou autre. la compassion de mille bouddhas n’y suffirait pas. pisser contre l’arbre me rapproche du fait absolu mais cela ne me rassure pas vraiment, et je n’ose toujours pas te toucher la main, ni évoquer les morpions.

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      l’instinct de l’extase et la force d’abstraction s’équilibrent en un être approximatif, dont les quelques paroles transmises témoignent non seulement du profond désarroi, mais aussi de l’étonnante indolence régnant paradoxalement sur les scènes de crime (je suis le corps d’inavouables blessures…).

      .

      ne pas payer les taxes, être retrouvé mort après plusieurs jours à cause de l’odeur, rêver comme ci, comme ça, ou encore comme ça, plaisent à dieu. ça ne s’explique pas c’est ainsi. on essaie juste de sauver la vie, à force d’imaginer qu’elle n’est pas…

    je vais être doux, tout doux, doux comme un ver à soie
    25 mars 2016

  • l’érotisme de l’appareil dentaire

      je me lève la nuit et je te cherche au moins jusqu’à la cuvette des chiottes. rien n’existe dans l’univers – l’existence seulement mais ça compte pas. la rougeole, la rubéole, tout ça on a passé. sans souvenir aucun, affronte l’absence infinie de ce présent.

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      ça fait tellement du bien tu peux pas savoir de ne rien espérer enfin. tellement du bien que tout ne soit dorénavant traduisible qu’en rêve, fiction et furtive fréquentation. tellement du bien d’avoir hurlé à la naissance, une fois pour toutes, et pour toujours.

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      je suis trop vieux déjà – quel éclair pour me foudroyer? l’obscénité de durer, de se refuser à l’éternité, là, maintenant, matrice destructrice avec ses gros câlins, émasculations sans anesthésie, et autres mirages à jeun…

      .

      j’avais j’avais, peur de toi tu sais. il n’y a pas de nom à mettre sur toi. tous les noms te vont: marie-les-cent-visages, ou la-marie-sans-nom. un jour je t’ai crevé un œil. il a repoussé aussitôt dans la mien.

    25 mars 2016

  • marie-béquille

      une envie brutale – d’être, de respirer, envers et contre tout. de dire je, le poing sur la table de verre, marie de fragile lumière. de caresser d’une supplique
      mon néant d’outremer.

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      l’esprit uni, concentré mais non centré, l’esprit chaud et dételé, je pars. en fumée je pars, en futiles circonvolutions je pars, en arménie, en temps et en heure je pars. l’esprit uni et le jour J, le point G du jour J.

      .

      l’émotion vient d’avant, de longtemps bien avant. l’émotion vient du sol-sac, du sol pourri. je cherche la racine de mélancolie pour sucer la racine de mélancolie – réglisse, viorne, bâton de vive mort, pouce qu’on endort, l’émotion vient d’en-dedans, en-dedans de l’au-delà, marie couteau.

      .

      il n’y a plus rien désormais entre moi et toi que la mort, cette vaste étendue de sable blanc, blanc comme un mort. il n’y a plus rien désormais entre moi et toi que tout ce que je ne suis pas, avec un ballon peut-être, rescapé de toute épine, de toute maladie, et qui se pendra pas.

    marie-béquille
    25 mars 2016

  • chemin sale, étoile creuse

      comment vivre sans miroir, comme une bête?
      comment vivre sous la pluie sans parapluie?
      comment vivre en comptant jusqu’à zéro, les doigts coupés, la langue pâteuse?
      comment vivre de toute façon, n’importe comment et sans nulle raison, juste en fredonnant sa p’tite chanson:
                    virevolte, ‘chus là
                     virevolte, ‘chus pu là
                     ‘chus nulle part
                     ‘chus parti
                     gone
                     vanished…

      .

      l’homme sans nom simplement s’est perdu
      ou du moins se serait perdu s’il restait un espace où se perdre
      mais entre seize et dix-sept heures, le monde semble se rétrécir, les odeurs se concentrent
      les mains à plat je ne sais où, disons sur les genoux, j’ai beau m’efforcer rien ne décolle, aucune chance
      n’est laissée au hasard

      .

      il y a des pays où le présent est absolu, et vous brûle la pupille d’un fanatisme cru
      d’autres où l’absence s’étale, traîne en abstraits murmures sur des côtes d’opale…
      il est des pays où le stop marche mal, d’autres qu’on traverse si vite qu’on n’a pas le temps de rattraper la main qui se tend à l’improviste
      errer sert aussi à ça peut-être: frôler tout ce qu’on rate, passer juste à côté de soi…

      .

      les enfants vivent sur le versant-dieu – on ne leur fera pas de mal
      à l’ubac, quelques poiriers de plein champ s’agrippent désespérément de leurs branches torses à un air rare et malingre
      fils d’un chien, je jappe quand je veux, et quand je veux je meurs

    25 mars 2016

  • hiver comme hiver, j’allais en tongs

      la pluie s’est mise à sentir mauvais
      ainsi eus-je les mains libres, de me souvenir
      et d’accrocher mes souvenirs aux branches d’un arbre déraciné
      d’un arbre hors-sol

      .

      quelqu’un dort, aux confins
      il suffirait qu’il s’éveille pour que tombe le vent – il n’aurait plus alors qu’une mince paupière à lever pour lire dans le paysage esquissé là un poème bancal,
      et tituber quelques pas avec lui…
      – étrange, non?
      étrange comme on s’accorde en genre et en nombre avec le temps qu’il fait
      étrange de parler de l’âme comme d’une femme à la beauté à la fois brutale et nuptiale
      d’une expropriation…

      .

      peut-être aurais-je pu savoir où j’allais
      peut-être aurais-je eu le temps d’ouvrir un parapluie, et même de m’y abriter
      peut-être les ponts étaient-ils déjà tous saccagés, les plaines dévastées…
      finalement je me suis agenouillé et j’ai demandé le présent total
      il vacillait entre mes mains tremblantes. de quoi, ou de qui prendrais-je soin désormais?

      .

      assis sur l’être, définitivement
      même lorsque celui-ci se manifeste sous la forme du manque, sous le visage volatile de sa négation, de son renoncement
      il est dur d’avoir à parcourir un si long chemin, ignorant depuis quand et jusqu’à quand j’y chemine et cheminerai sans doute,, ni certitude aucune
      à moins bien-sûr de penser à autre chose – peut-être pas regarder le paysage tout de même, mais secouer ma pauvre vie des mouches qui s’y collent
      tout en me demandant (tout aussi naïvement que vainement) à quoi ressemblerait le bonheur, ce préservatif de l’âme…

      .

      il est temps d’en finir
      mes mains sont vides – elles ne me retiendront pas
      j’ai une joie, restée muette – elle ne me trahira pas
      je pense être là pour l’éternité, et si l’éternité pour l’éternité n’est rien, j’assume également ce rien-là
                      quelque chose en moi, enfin
                      s’ouvre et m’accueille
                      – s’ouvre
                      et m’accueille…

    hiver comme hiver, j'allais en tongs
    25 mars 2016

  • plus haut encore, le ciel malingre

      ma fille s’appelle perséphone, et je gratte encore un peu la terre tous les dix pas
      c’est bientôt la fin de nous p’tit père – la fin triste de nous
      tu riais je riais, on se prêtait la corde, faisait rouler les dés
      et le sort retombait, quoi qu’en disent les dés, toujours du même côté…

      .

      la joie c’est sans arrêt, sans arrêt c’est la joie – même si c’est pas vraiment ça la joie, au fond
      j’ai renversé le vin, renversé j’ai le vin – qu’est-ce donc qui m’encombre, la joie sous les décombres
      je veux bien remourir

      .

      j’ai marché, si longtemps j’ai marché – pas pour aller quelque part évidemment, mais pour ne plus être nulle part
      ce pouvait donc être n’importe où
      c’est comme en rêve – tu soulèves un peu les oreilles et tu te dis, c’est comme en rêve
      ou peut-être pire encore
      alors tu te demandes: c’est quoi, pire qu’en rêve?

      .

      pour le poème, c’est mort. tu ne pardonneras pas d’avoir inventé tout cela, même et surtout si ça faisait mal
      on dort mal. y a que les bêtes pour dormir convenablement. nous on dort mal
      et puis on croit pas au destin. on tourne autour on tourne en rond, on l’épie on le cherche – mais on croit pas au destin

      .

      comment un être pourrait-il aimer sans se renier soi-même, sans même renoncer à cela auquel tout entier il aspire?
      constitués d’habitudes, on s’habitue à rien: le café du matin, l’érection au réveil, le dos de la cuiller…
      j’ai peur de la mer tu sais, tu sais bien que j’ai peur de la mer
      alors ramène-moi je t’en supplie, ramène-moi sur le rivage emmène-moi
      loin de la mer

      .

      où l’on peut se permettre le pire: soi, sans mentir
      on rêverait qu’on s’aime, si seulement on rêvait…
      ou alors autre chose: un pont sur la drina, la fiole dans le tiroir
      je me tuerais de toute façon – tu me dirais prends-moi, et moi je me tuerais
      de toute façon
      tu ne ferais même plus semblant de me croire, dieu te garde
     

    25 mars 2016

  • la mort faisait l’contraire

      le damage done, comment le réparer?
      ça se répare pas
      on répare le mal en en souffrant. non, on ne le répare pas – on l’absout,
      en en souffrant, malgré soi, et sans doute en sourdine.
      j’aime cette liberté de l’exilé, j’aime la mer en hiver
      le damage done, la mer recouvre tout, et puis s’efface
      alors on dit que c’est la marée basse

      .

      j’aime les yeux, les yeux qui bouchent la vue,comme si l’on pouvait voir au-delà de ce qu’on voit, et que de ce fait-même ce que l’on voyait là
      perdant toute distance
      ne signifiait plus rien.
      béni soit ce qu’on ne touche pas, ce qu’on n’a pas touché, ce qu’on ne touchera pas…

      .

      il ne pleut pas assez. non seulement il ne pleut pas tout le temps, mais il ne pleut même pas la plupart du temps
      et que faire quand il ne pleut pas, ou comment justement ne pas faire, justifier pleinement le fait qu’il n’y ait rien à faire?
      il ne pleut pas pour rien: il ne pleut que pour rien

      .

      l’homme n’est pas toi, l’homme n’est pas moi, perdu au fond des bois
      je me suis laissé faire, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus en moi
      d’endroit où mordre, n’y ait plus qu’une langue
      de paille ou de porc

      .

      l’homme qui se promène
      ne sait plus qui il est: il se promène – tant mieux
      son billet-vaugirard en poche.
      la mort, elle, faisait l’contraire:
      vous n’aviez pas le droit de distinguer entre dignes et indignes, clamait-elle
      à qui voulait l’entendre

    la mort faisait l'contraire
    25 mars 2016

  • beauté permanente

      tu n’avais rien. tu n’avais rien et moi je n’avais rien, légers sur le néant…
      ne rêvons plus de rien, non ne rêvons plus – qu’à notre insu nous porte le courant, nous déporte
      nous n’avions rien. quémander une cigarette, une cigarette comme seule garantie de toute réalité
      ici il faudrait mettre quelque chose de sexuel, de bestialement sexuel – la larme convulsée d’un cri peut-être. ça t’échappait parfois…

      .

      je veux bien mourir tout à l’heure. vivre n’a plus de poids
      la beauté me subjugue. à tel point que cela me ferait mal de m’y abandonner tout entier
      la beauté d’être, de ne pas être tout à fait aussi, de ne pas être beau vraiment, de chantonner un truc tout con qui me colle au cerveau depuis l’autre jour
      où je n’entendis rien, rien que le son, abyssal, du néant entre moi ici, nulle part
      et toi là-bas, ou moi, nulle part

      .

      le ciel est bas. parfois je croise quelqu’un – c’est une horreur métaphysique
      à moins que ce ne soit par désespoir, les doigts écartés couvrant le visage d’une dernière (fausse) pudeur à moins
      qu’on ne batte un enfant, le ciel est bas,  on le remontera
      – s’il ne nous absorbe pas avant s’il ne nous
      crève un orgasme en plein transport
     

    25 mars 2016

  • le ciel alors, ça n’aura plus de sens

      un seul ciel nous recouvre mais c’est un ciel piteux, qu’il claque du bleu qu’il pisse le gris, c’est un cadavre exquis
      la mort pourtant ça commence à peine, à peine et on s’en souvient déjà
      car tout était vie – vie jusqu’au cœur de la mort, du dégoût, et de la haine de vivre

      .

      c’est un silence, un silence de terre en fond de poche, fenêtre ouverte sur l’hiver
      tu ne comprends rien de toute façon, tu ne comprendras rien – cela se passe une fois qu’il n’y a plus rien à comprendre
      et qu’il faille penser tout de même
      à tous ces gestes quotidiens de la survie

      .

      la mort s’étend très loin – jusqu’où porte le regard au moins, et peut-être au-delà
      il va falloir vivre avec soi, avec les bribes de soi du moins, et peut-être au-delà
      je n’en sais rien. parler à tort et à travers me soulage de quelque chose – je ne sais plus de quoi au juste

      .

      au bout d’un kilomètre, je m’essouffle, j’abandonne, je rêve d’un banc de bas-côté, d’un abribus ou même d’une pierre sous les arcades
      tu ne me parles pas, lors mes mots sonnent creux retombant sur le zinc de petite monnaie
      seul et sauf, je traverse le jour. c’est banal mais c’est le jour quand même, si mince et long soit-il

      .

      au fond j’ai peur – peur, d’une peur endormie, une peur tapie
      j’ignore ce qu’il y a dans la rue, et où traîne mon ombre, tag ou chemin vicinal
      saisis-tu enfin la nécessité de ce silence? saisis-tu enfin la nécessité de se taire
      et de serrer transie dans ses bras
      son absence profonde?

    le ciel alors, ça n'aura plus de sens
    25 mars 2016

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