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assis là sur un banc


  • και η θαλασσα ακομα να μ΄αγγιξει

      la foi peut se définir comme la mémoire du réel et j’en passe. ta main posée sur mon dos – ça suffira sans doute à tenir bon jusqu’à demain…

      les trains arrivent toujours à l’heure les trains
      partent toujours à l’heure c’est seulement l’heure, parfois
      qui ne l’est pas, avance ou bien retarde l’heure, parfois
      qui rate le train

      tout vient de la solitude, murmureras-tu et je n’aurai d’autre choix que celui de te croire, sinon de l’approuver
      ce furent pourtant des immortelles, il me semble – et la mer toujours pas ne m’effleure…

      comment donc as-tu fait pour t’endormir sous un noyer (ç’aurait pu être un cyprès…) alors que ne se dresse ici nul noyer
      j’ai trouvé un sac, j’ai ouvert le sac, et j’ai fouillé dans le sac comme si j’allais y découvrir une ou la raison d’exister. pardon

      quand on revient d’une île on n’est plus le même homme
      et souvent, ça ne sert à rien
      souvent, en se touchant le visage, on s’étonne d’en avoir encore un

    και η θαλασσα ακομα να μ΄αγγιξει...
    26 mars 2016

  • l’aube de l’humanité

      on se lance des bouses plus ou moins sèches. on marche pieds nus sur des tessons de bouteille. on se faufile entre les barbelés. si le taureau nous course, on roule sous les barbelés dans la boue, ou on saute n’importe comment par dessus les barbelés, nous écorchant de toute façon, et retombant sur un sol plus ou moins mou. alors le taureau s’arrête et nous toise de son œil sombre, de son œil dur, son œil fou. il ne tolère d’humaine que la présence de la jeune fille muette, assise par terre à l’autre bout du pré, et que la pluie ne mouille pas. de leur mufle humide les bêtes la reniflent et s’apaisent. elle garde les bêtes et les bêtes la gardent. le taureau protège sa virginité, impose son inviolabilité. ne reste donc plus pour transgresser l’interdit que le rêve, l’intériorisation du réel où fermente la pulsion. tout un destin se profile tandis qu’on respire à plein poumon la mer déjà, de l’autre côté des dunes, remparts de sable et vague promesse d’ultra-mort…


     

    26 mars 2016

  • les règles d’aubépine

      on n’embrasse pas les vieux silences, on les enfouit dans l’invérifiable. indéniablement la mer se rapproche ou s’éloigne de nous, selon le sens ou nous nous tournons, girouettes en plein sommeil. j’ai rêvé de ma mère. elle était petite fille, n’importe quelle petite fille, et s’occupait de moi comme d’un poupé plastique, grandeur nature et au système capillaire développé normalement comme chez tout être humain de sexe mâle, depuis d’innombrables générations déjà

      .

      ne confondons pas le temps avec les choses – ça pourrait porter malheur. et ce qu’on trouve dans l’herbe, il vaut mieux ne pas le ramasser, même si c’est un poisson, rouge en l’occurrence. en toute circonstance il est préférable de passer son chemin et ne pas faire de nœud

      .

      j’ai faim d’un silence étourdi. j’ai beau le dire, le répéter le crier, tu ne me réponds pas. tu fais semblant de ne pas m’entendre, alors que des confins de l’univers à la commissure des paupières, tout se fait l’écho de ma détresse. je voudrais te regarder nue, là, à l’instant

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      le hochet qu’on te fourre dans la bouche ne suffira pas à tromper ton ennui, tu serres quand même les dents et tu secoues la tête. c’est con un poème, affirmes-tu présomptueusement et de molle conviction, tout en tranchant le fil ténu mais tendu quelque part entre la main serrée et le vent qui s’oublie…

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      la dernière fois que je l’ai vue, elle ne m’a pas reconnu. alors je me suis servi seul à la cafetière qui penchait vers moi. sous mes yeux trempaient ses jambes baladeuses, mon regard accrochant l’effilochure du collant. elle aurait pu m’adresser la parole au moins. il arrive qu’on adresse la parole même à des inconnus, malgré ou du fait justement que ce soient des inconnus…

    26 mars 2016

  • les liens collectifs

      on peut interpréter cela comme une simple marque de familiarité, ou cacher d’un léger blasphème une pudeur toute mélancolique… ainsi quand je perds pied, j’aime m’imaginer te léchant le visage – tu n’es pas sans ignorer cependant que les trépassés ne sauraient entraver ni rejoindre les vivants, au large malgré eux…

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      nous attendons donc patiemment l’heure de notre dissolution. c’est plus sage. le plus simple aussi en quelque sorte, même si cela s’avère parfois contraignant, voire pénible. certaines évidences ont la peau dure et la main leste. prendre son mal en patience par exemple. tendre la droite, quand on vous baise la gauche, pour être plus précis

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      je n’ai pas vraiment perdu le sens du miracle tu sais. je m’étais garé là, entre la pharmacie et la boulangerie du coin, toujours du coin. c’est fou le nombre de rond-points tout de même, pensais-je peut-être, si l’on peut appeler penser de telles connexions machinales. je regardais les gens passer et, oh miracle, eux passaient…

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      tu sais c’est pas grave si tu ne t’appelles pas isabelle – je ne t’en voudrais pas pour ça. tu peux bien t’appeler comme tu veux d’ailleurs, ça ne me regarde pas. moi je n’appelle personne: je regarde simplement fondre les choses
      sur leur bâton de nuit

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      une dernière chose encore, avant de se quitter: as-tu remarqué que l’hiver, sous nos sinistres latitudes et cette épaisse couverture nuageuse, le soir ne se distingue quasiment pas de l’aube question luminosité, et qu’on ne pouvait avoir la certitude de basculer vers la veille ou bien le lendemain, eux-même se confondant en une égale substance grisâtre que l’on finit par prendre pour notre âme?

    26 mars 2016

  • le plus clair de mon temps

      ce matin fait la planche. toute ma vie se tenant harmonieusement en équilibre sur le rebord de la tasse, je n’agite pas les doigts, ne  tortille pas du poignet non – les marionnettes, dociles, planent sur leur ennui. au fond, seul l’ennui échappe au futile…

      .

      quatre fois ce matin me suis-je ouvert les veines, avant que ne perle une goutte. le sang en effet se fait rare et lorsque je me déchire, c’est à peine une larme. un grand verre d’eau – on dirait que tu m’apporterais un grand verre d’eau claire, mon amour

      .

      je te dirais merci tu me dirais de rien: on s’entendrait si bien… j’ai quatre fois rien de mots dans ma besace, tu les videras pour le dîner. tout ce ciel de dieu oui, tout ce ciel de dieu, étreint ma nudité

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      l’allée très froide, l’allée soudaine, soudainement rompant la plaine la lignée d’arbres – on ne sait quels arbres… et signalant aux vents, aux corbeaux dans les champs la veine départementale, ouverte à tous les vents, aux vents tristes des champs…

      .

      le tendre jour d’alors
      a frappé à la porte, s’est déchaussé à l’entrée, comme il est d’usage dans la plupart des pays civilisés le tendre jour d’alors
      sans dire un mot s’est assis face à moi, attendant sans doute que je fasse le premier geste…

    le plus clair de mon temps
    26 mars 2016

  • quelques notes de pluie sur une flaque de son

      ils ont appuyé leur tête sur l’épaule l’un de l’autre et ont mêlé leurs souffles, un peu comme l »enfant et l’animal avant qu’un esprit malin ne les distingue. le lent ressac de leur respiration a fécondé ce monde dont parfois je ne me sens qu’un postillon, une bavure existentielle. évitons précisément les embruns

      .

      aucun sentiment n’égale en profondeur et en sophistication celui de mélancolie. je couche donc avec elle et elle se laisse faire. je dérive vois-tu, m’abandonne à la déviance. je sculpte le vide jusqu’à lui donner et lui rendre l’image intacte de lui-même…

      .

      le message d’amour que j’avais apporté, il me semble l’avoir égaré. j’ai beau fouiller, retourner poches et mémoire, je ne le trouve pas. j’aurais du l’apprendre par chœur, m’apitoyer sur tous ces sans-abris, ces arbres éplorés, boire à l’œil-même ces larmes écornées… je me suis mis en veuve, en veuve par tous les temps

      .

      les hommes n’ont pas de mère; les hommes n’ont pas de père. et les hommes n’ont pas de fils, pas de fille: ils se regardent mourir – ils se regardent mourir et c’est beau. ils se regardent se regarder, et ne voient rien. pas d’homme en vue…
      les hommes ne sont pas des hommes, ce sont des objets perdus, des enfants abandonnés, des juifs errants, ou encore des amants éconduits…
      les hommes n’ont pas d’homme; les hommes n’ont pas de femme non plus – alors ils en font une avec leur canne, ils l’habillent de quelques poèmes griffonnés à la hâte. or cela ne suffit pas, cela ne suffira jamais à…
      non, jamais.

    26 mars 2016

  • échoué là sur un banc

      à un degré moindre, la mort n’en a pas voulu. alors elle est venue vers moi, qui manquais également de sommeil

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      on pourra dire ce qu’on voudra, dieu n’est pas resté longtemps sur terre. juste assez pour souligner cette distance inqualifiable entre nous et lui, où notre esprit transi errerait à jamais, des épines aux doigts en guise d’affection

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      ne passe là parfois qu’un étranger, nu ou tout au moins les pieds nus, sous la forme d’un arbre battu par les vents, d’un ruisseau couleur terre fangeuse ou d’un fantasme libidineux. mais où donc ai-je fourré mon briquet…

      .

      quand le paysage se mue en voyage, c’est qu’il se fait déjà tard. elle me verse alors à boire, avec toute l’apesanteur d’un silence longuement médité. mes coudes greffés au corps de la table, et le reste soupire

      .

      bien entendu j’ai voulu la toucher tout au fond d’elle-même, quelque part aux alentours de l’origine. je n’ai fait que la blesser, l’égratigner, peut-être même l’écorcher. en retirant mes doigts je les vis enduits d’une lumière fade, presque visqueuse. à quelle infinie solitude l’ordre des choses nous condamne t-il donc…

      .

      mon assoupissement gagne le paysage tout entier. ramasse-moi en miettes, aspire la sève de mon émoi, épands mon âme en rêverie permanente. essore un tout petit bout de ce nuage gris – on n’en perçoit même pas le cri…

    échoué là sur un banc
    26 mars 2016

  • à mesure que tu avances, avances d’un seul cerceau

      vous n’étiez pas là, ou alors quelqu’un d’autre – une autre dans la danse; une autre avec des nattes

      le ciel se passera de nos chansons, et le temps mourra sans fin

      je boîte à travers le monde – quelque chose ne me sourit toujours pas

      c’est l’hiver, le sommeil se trouble. butinant d’arbre en arbre, le vent ne récolte qu’ennui…

      ne me parle pas de toutes ces choses mortes, ne me parle plus

      à la fin perdant tout espoir – est-ce ainsi qu’on aborde?

      pas très fort, là, tout doucement
      tout doucement le jour s’ébruine

      pas de miracle, un seul tour gagnant
      tu t’échines à chercher la face blanche du dé

      arrête-toi là, chien d’hiver, petite boule de nerfs qu’on enroule sur un bâton de givre

      l’hiver lui n’a pas froid. les chemins vont rugueux, la vaisselle n’est pas faite. quelque chose de sublime se passe à l’horizon…

    26 mars 2016

  • abnégation

      ne sens plus que la douleur dans un corps en bout de soi – demeure la douleur, où le corps s’enlise

      à l’aube tu te lèves. tu ne sais pas quel jour il est alors tu l’appelles jeudi: tu avais entendu  ta mère dire que tu étais né un jeudi. c’est tout ce qu’elle s’est jamais rappelé de toi…

      y aura t-il assez de place pour tout le monde dans le jour le plus court? certains devront être refoulés dans l’ombre, confinés à l’oubli. eux se souviendront de tout; eux verront tout; eux réciteront les prières qui élargiront le jour

      chaque fois que j’ai crié, la terre ne s’est pas fissurée, le temps ne s’est pas suspendu, les enfants sous leur énorme cartable se rendaient à l’école

      les lacets sont défaits. je n’ai pas le courage de me pencher, pas le courage de me redresser. debout, figé, je regarde le jour se lever, sachant déjà que je ne me retournerai pas pour le voir sombrer

      tout la nuit, j’ai compté jusqu’à un

      pas un enfant pas une femme, pas une boulangère ne m’a parlé. je tapote sur la table – j’en aspire le son creux…

    abnégation
    26 mars 2016

  • dans tout l’enfer des hommes qui crient, voilà ça y est, t’es morte

      je suis mort l’année dernière et pas seulement. l’âme de l’homme dit tiens, allons faire un tour et puis voilà. ces tas d’ossements, de maladies contagieuses, d’agacements quotidiens. je t’embrasse sur la gauche tu me tends la droite et après je saute, je m’en fous je saute – paix à mon âme!

      .

      on n’avait pas le temps. de mourir ou de finir son verre, on n’avait pas le temps. on se reniflait en cachette, à la sauvette et ça nous faisait pouffer mais putain d’chiotte on n’avait pas le temps, de mourir ou même de
      se sentir à l’aise.

      .

      tu n’es plus la psychopompe, la marie sur les toits ni la camarade qui me ferait bander. tu n’es pas l’alter-égo, l’objet de quelque fantasme non plus. tu m’inhumes, je t’inhume. tu me pleures, je te pleure. on se fait mal et on n’arrive encore, encore malgré tout ça,
      à rêver l’un de l’autre…

      .

      demain je ne te regarderai pas. je cacherai mon visage dans mes mains et je ne t’aimerai pas. tu ne m’aimeras pas non plus, mais moi je ferai semblant, je ferai semblant de tout parce que je suis l’homme qui fait semblant
      – tandis que toi tu existeras…

      .

      la mer est une mer morte
      maintenant on s’entend
      on se parle à l’oreille
      maintenant tu me dis
      tu me dis rien
      je ne suis pas mort
      je suis le caveau
      d’un homme mort

    .

    26 mars 2016

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