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assis là sur un banc


  • l’illettrisme en milieu rural

      la moitié des gens nus, l’autre moitié dérivant vaguement vers le nord
      le romantisme incongru des parapluies
      leur paraissant pour le moins suspect

      .

      la pluie me gronde, la pluie se terre en moi
      la bonté et la grâce peu à peu reconquièrent le terrain
      les ronces sur le quai, celui-ci ou d’en face
      se serre tout contre moi la femme d’un autre, toujours d’un autre

       .

      ces muettes désolations accueillirent l’esprit
      nous étions deux à nous tendre la main, dans l’espoir peu sensé un jour de nous réconcilier
      l’un seulement survécut
      et put poser genou à terre

       .

      j’ai vu s’empourprer le cœur de l’arbre, cette ombre gigantesque, ce lien utile
      une bruine d’ineffable douceur retrace dans la chair le chemin clandestin de dieu
      elle remonte ses chaussettes après l’amour. elle remonte toujours ses chaussettes après l’amour
      elle n’enlève pas ses chaussettes pour l’amour. d’ailleurs ce n’est pas nécessaire

       .

      ceux qui survécurent, les quelques uns qui atteignirent la limite
      ne se retournèrent pas
      se délestant du poids de toute question, de toute réponse, ils purent reprendre leur souffle
      et déposer leur nombril parmi d’autres petits cailloux
         le jour semblait vouloir s’attarder indéfiniment
      quant à ceux morts en chemin, ils resteraient sans sépulture…

    l'illettrisme en milieu rural
    25 mars 2016

  • impitoyablement humain

      le chien se lève. c’est quelque chose de mystique. et ça se passe à l’est
      il faut crever le chien avant qu’il ne nous bondisse dessus, l’œil dément, le sexe luisant
      il faut crever le chien. c’est quelque chose de mystique. même si ça pue horriblement
      il y a quelque chose d’impitoyablement humain dans ce refrain

      .

      j’ai mis ma tête de loup, j’ai mis ma tête de fou
              qui scrute
              avec des yeux de l’au-delà
              la pitié d’ici-bas.
      j’ai mis ma tête de loup, de loup sans pitié, sans méchanceté, sans amour non plus
      j’ai mis ma tête de loup, je l’ai fourrée entre tes cuisses, et j’ai léché
      sachant bien qu’à la fin ta mort serait la mienne,
      ton âme à quelques grammes près

      .

      ce n’est qu’un arbre mort
      ou si je suis l’arbre mort, ce n’est que le ciel gris au travers et par-delà l’arbre mort
      les filles ne pleurent plus, elles s’en foutent, le doigt rivé où ça les brûle (je l’ai vu, de mes propres yeux vu!)
      ce n’est qu’un arbre mort, précises-tu tout à fait inutilement,
      le vertige d’un ciel gris, un ciel gris sans orgasme

    25 mars 2016

  • l’accent grave

      reparaissent les oiseaux d’hiver. on est tranquille pour un moment
      de l’épaisseur du silence ou de la banalité du sentiment, je sens qu’ils me rassurent au fond
      on décroche un pendu et on l’assoit à table. enfin quelqu’un de digne avec qui boire
      sans chichis ni fausse familiarité

      .

      tourne le vent, change le temps. je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit encore. rien de quoi se plaindre finalement
      à un moment donné, j’ai du penser que je basculais de plus en plus en dieu, et que mon absorption définitive en lui se ferait naturellement
      c’était une bonne pensée, une sensation douce. je n’en ai pas souvent des comme ça

      .

      c’est un ciel si calme, un ciel si vide, le ciel livide d’un soir de novembre
      c’est un ciel sans ciel, un vide si vide qu’aucune histoire ne l’affecte
      c’est la fin du jour, la frêle éternité de l’entre-deux, la frontière naturelle où je convulse
      – on n’existe pas pour soi, non plus

      .

      il pourrait se mettre à pleuvoir
      il serait tout à fait insignifiant qu’il se mette à pleuvoir
      c’est pourtant à cette insignifiance-là que nous puisons le réconfort et le vertige – le brin de nausée faisant toute la saveur
      de notre dérive immobile…

    l'accent grave
    25 mars 2016

  • sous un nuage très simplifié

      tu as parfois une tête de chien.
      il faut survivre
      dis-tu
      comme à regret

      .

      fuyons ensemble
      moi ici et moi là-bas
      fuyons ensemble et laissons moi tranquille
      laissons-le vide

      .

      pendant tout un instant il n’y eut dans l’univers
      nulle douleur,
      pendant tout un instant il n’y eut dans l’univers
      nulle lumière,
      ce fut le calme plat
      le mur sans brique ce fut
      l’éveil à rien

      .

      d’emblée s’avancent, s’avancent vers moi
      celui qui revient trop tard, et de trop loin
      celui qui revient en boitant, la voix éteinte, et le regard fermé
      celui enfin qui de toute évidence
      ne revient pas, ne reviendra pas

      .

      de ce côté-ci de la frontière, un paysage quelconque, la route de s’en échapper
      de ce côté-là de la frontière, un autre paysage quelconque, étrangement ressemblant – la route peut-être d’un revêtement plus performant, la conduite plus souple…

      .

      il s’en allait, déjà
      comment lui dire, ou comment se dire
      qu’il ne reviendrait pas
      et qu’il faudrait pourtant
      l’attendre

      .

      ne pense à rien, conduis
      sur la même route, à travers le noir intense, traverse
      la même absence de paysage, prolonge indéfiniment
      ce révérencieux naufrage…

    sous un nuage très simplifié
    25 mars 2016

  • allez viens, on s’en va

      j’avais suivi un faon. je ne sais pas si je suis devenu l’herbe qu’il mange ou le bois sur son crâne,
      ou si son odeur encore prend forme en ma mémoire…

      tourner en rond sur soi creuse l’espace où sombrer

      les majorettes, qui tue les majorettes?
      elles tombent dans mon rêve, les majorettes
      – et mon rêve les détrousse

      je suis parti loin d’ici ou de toi: se perdre ouvrait les espaces vierges

      il y a ces choses si vraies qu’on n’oserait les dire. il y a ces choses si vraies qu’on n’a pas le poumon d’en mourir…

      je suis là
      comme un ballon laissé vide dans la cour du centre aéré
      avec la peur au ventre que n’importe quel sale gosse se souvienne de moi

      j’ai semé le vent. j’ai récolté le vent. je m’en vais maintenant me reposer

      j’ignorais que c’était dieu. je croyais qu’il s’agissait juste d’une caissière assise derrière ce bout de tapis roulant, faisant semblant de sourire en s’enquérant de ma carte de fidélité…

      je monte sur tes épaules. pour voir le paysage; ne pas toucher le sol. que je dois être lourd…

      je l’ai déclouté. soigné les plaies, appliqué un baume cicatrisant. humecté les lèvres. peut-être pleuré un peu…
      – voilà tous mes péchés

      il faut de grosses bottes, de grosses rames et un cœur très lourd pour traverser l’hiver
      – à moins qu’il ne se mette à neiger…

      je n’arrive pas à croire au néant. on dirait qu’il n’est là que pour que je n’arrive pas à croire en quoi que ce soit d’autre

      toute la pureté de la vie, je l’ai comprise
      puis je suis allée me noyer

      allez viens on s’en va
      on s’en va de toute façon
     

    25 mars 2016

  • passe un cycliste

      si Il, ou Elle, est morte, pourquoi moi ne mourrais-je pas?

      sors de nous, sors de nos consciences – que nos consciences, fluides, ne s’amarrent à rien

      tout ça c’est pour rien. c’est la tête d’Attila arrimée sur le rail omnibus

      et tu craches sur le bout…

      le salut ne sauve de rien. on entend
      par chaque pore de mon corps
      hurler l’exil

      je crois n’être ici que pour sauver un être – un seul- de moi-même, et de mon désir exterminateur

      j’ignorerai demain, que faire, où aller, qu’être
      à main nue, je retirerai de l’essaim
      la seule guêpe endormie…

      il y aurait cette boite à bonbons
      tu serais l’un des bonbons
      j’en prendrais un au hasard

      je ne veux pas te dégoûter de vivre, mais juste récupérer un doigt, pour dessiner sur la vitre embuée
      un soleil
      qui n’existe pas

      je m’éparpille, et chacun retrouve sa nature propre
      – ne reste là que ce qui n’y vint jamais

      un jour, alors que j’aurai perdu tout courage, toute gloire et dignité, je m’abandonnerai enfin
      au bonheur

      il faut encore perdre son âme – même ça.
      passe un cycliste sur la plage…

    passe un cycliste
    25 mars 2016

  • la joie était sans peine, et on grimpait dessus

      montre-moi ta vie
      montre-moi ta vie telle quelle, sans douleur
      sans quartier
      j’ai un peu peur ce matin, qu’il arrive quelque chose de mal
      quelque chose de mal peut toujours arriver, même ce matin-là, où il est censé ne rien arriver du tout
      je voudrais que quelqu’un vive à ma place, ainsi qu’on trouve un partenaire comme substitut à quoi, à la jouissance personnelle, à la faille originelle – à l’école
      maternelle?

      .

      un jour, j’étais mort
      je me suis réveillé comme ça, juste pour aérer la pièce, secouer les draps, me laver le prépuce
      je pleurerais si seulement existait quelqu’un pour m’écouter pleurer
      le reste du temps je ne ferais rien, allongé sur un banc…

      .

      il n’y a pas de raison
      il n’y a pas de raison, non plus
      et puis tu meurs avant moi, pour ne plus y penser
      tu seras là demain, ou alors un autre jour – qu’importe le temps?
      il n’y a pas de raison, tu écartes les cuisses et tu demandes pardon
      je demande pardon aussi, il n’y a pas de raison
      il n’y a pas de raison non plus

      .

      j’ai marché
      j’ai marché tellement que j’en marche encore, même si ça fait trois quarts de siècle au moins
      que je ne marche plus
      – nous avons des enfants
      nous avons des enfants sûrement
      mais qu’est-ce qu’on en a à foutre, des enfants?

      .

      c’est pas ma faute, c’est pas ma faute si tu dors pas – c’est la faute au sommeil, au sommeil qui vient pas
      on quitte pas le rivage. il faudrait quitter le rivage mais on quitte pas le rivage on se demande
      ce qu’on va bien pouvoir manger ce soir, même si on sait déjà
      qu’on mangera rien

    25 mars 2016

  • quatre sous de lumière

      donne-moi ce que tu veux, de toute façon je ne serai jamais assez saoul
      je picore par ci, je picore par là, tel le faisan de Tchouang tseu – à la fin tu es toujours la même morte, mais sans les yeux
      et les gens vont finir par croire que j’ai perdu quelque chose…

      .

      c’est dommage, j’aurais voulu te faire rire. mais tu as besoin de moi pour autre chose que pour rire probablement
      je te prépare un thé ou un café – peu importe. je rêve que je souffle sur tes tétons. je ne rêve de rien en fait
      demain tu me diras tu, comme d’habitude. et tu feindras d’ignorer ma gorge tranchée
      après, on ira se laver le sexe

      .

      il ne pleut plus nulle part, et les routes restent impraticables
      les gens ont la télé, moi je n’ai pas de télé
      les gens ont des amis, moi je n’ai pas d’ami
      par ce froid de canard je ne sors pas – où sortirais-je d’ailleurs?
      je me suis habitué à te détester, toi aussi

      .

      il y avait un homme dans la glace mais je vous jure, ce n’était pas lui, ce n’était pas moi
      une bouteille également, sur la table, presque vide, la deuxième ou la troisième, je ne sais plus
      j’ai l’impression d’errer sans fin en ces landes lithographiques
      aucun souvenir ne remonte, aucun espoir non plus, je n’ai pas mal au dos
      et les eaux molles, tendres épouses, défont le dernier bouton…

    quatre sous de llumière
    25 mars 2016

  • crache pas dans la soupe

      j’ai de l’eau dans les pompes
      je reste là debout, comme un con, les pieds trempés
      je n’en reviens toujours pas des mensonges dont mon cerveau est imbibé
      qui partiraient peut-être avec le dernier désespoir mais je n’ai pas le dernier désespoir, pas même un doigt très vieux dans l’anus printanier
      : je n’ai jamais eu le luxe de l’innocence, la vérole te ronge, tu fermentes dans le ventre du monstre, la tête penchée tristement…
      en reniflant mes doigts, j’ai rêvé d’innocence

      .

      j’écris contre ma tombe. j’écris de dedans ma tombe. j’écris parce que tant que je dis elle reste entrouverte, qu’au moins je puisse respirer, sortir la nuit pour aller pisser
      et pourtant ça me coûte dur d’avoir à dire, à maintenir la fenêtre entrebâillée alors qu’au fond j’ai tellement envie de crever, de rejoindre le fond, où je ne serais plus
      tu n’aurais pas du
      sauter la ligne, tourner la page
      – même si la photo effectivement
      n’était pas très jolie…
      .

      et puis il y a la pluie qui tape à côté. c’est comme une femme qui jouit sans penser du tout à toi, ni aux rêves que tu faisais enfant, quand survivre au temps, à la déraison et à la trahison constituait déjà tout l’enjeu
      je ne touche à rien – ni au vent qui courbe tout ni à tes seins bien rangés dans le caveau de nos quinze ans
      j’espère mourir bientôt – ça remplacera ta main cramponnée au mât quand dans ma tête claquait l’abîme…

    25 mars 2016

  • à la mamelle du sphynx

      il pleut. depuis le commencement du monde il pleut. je t’écris de quelque part, de n’importe où. depuis le commencement du monde et on n’en sait presque rien. sauf que l’herbe se mit à pousser rapidement. il y eut de l’herbe partout, de vastes forêts sans arbres. il y a de l’herbe partout encore maintenant.

      .

      j’avais l’impression que tout ce qui respirait mentait, que là où cessait le mensonge nous suffoquions, et qu’en définitive seule était pure la mort, immaculé le néant. imagine la culpabilité d’être nécessaire à l’élaboration d’une telle conception! je posai donc les mains sur le dos de la culpabilité et commençai le massage.

      .

      j’aurais tellement voulu qu’on prenne de moi le soin que j’apportais à la mise en scène de ma propre exécution. on a beau s’entasser dans des charniers, creuser des fosses communes, solitaire est le chemin de l’être, de tout être. alors même qu’il s’agit d’un seul et unique chemin…

      .

      j’étais si loin de me douter… je te parlais, je te parlais mais tu ne pouvais déjà plus m’entendre. tu n’entendais plus qu’une chose, une seule et même chose. je me suis quand-même assis près de toi – j’avais sans doute besoin d’avoir mal près de quelqu’un qui a mal, pour ne pas avoir honte.

      .

      je parle pour parler finalement, me tenir compagnie. une toute petite voix face à la nuit totale. j’ai toujours envie de la souffler, cette flamme. par pur instinct de mort, pur instinct de liberté. veiller dans la nuit totale. veiller.
      si tu t’endors, t’es mort
      et les paupières s’empèsent, et le regard s’enlise…
      si tu t’endors, t’es mort.

    25 mars 2016

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