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assis là sur un banc


  • tordre le cou

      et puis la mort ne me disait rien. on respirait tant bien que mal sous la couverture. on passait le temps en survivant, seul rêve émergeant du néant, merde flottante ou nénuphar en suspens…

      .

      une vie entière ne suffira à justifier qu’un seul poème. le reste du temps on foutait rien. on bouffait ce qu’on trouvait. les filles n’étaient pas toujours au rendez-vous. d’autres promesses n’étaient jamais tenues

      .

      partout où je vais, je meurs une deuxième fois. comme quelque chose qui crève là et sèche sur la cuisse d’une femme, on se demande comment vivre encore. j’aime la nuit des champs

      .

      il y avait un poème ici, à cette place même
      il était émouvant, profond – ou du moins je l’imagine tel
      je ne sais comment il a disparu, ni même comment il apparut
      : il était là, émouvant et profond
      et il n’y avait rien

      .

      un jour comme ça on décide simplement : l’œuvre dépasse infiniment l’auteur, pure foutaise. c’est étrange comme alors on se sent libre, alors on se sent soi, une fois débarrassé de soi

      .

      le bras de se lever, de tendre une main vague, et la main de toucher
      la joue prochaine.
      mais cela n’arrive pas. non cela n’existe pas : ne remue ici que la main de se
      tordre le cou.

    24 mars 2016

  • proche de soi, en tout cas pas trop loin

      l’homme s’assit en cercle, en cercles il s’assit
      loin au-dessus passaient les avions, en ralenti éjaculatoire
      plus haut encore un aboiement de chien transperçait le néant – nul chien cependant
      de la fumée s’élevait de quelque part, de la cendre retombait juste au-dessous
      l’homme rappela à lui les cercles – assis, debout, couché, ce serait la même chose désormais
      car il ne comptait plus

      .

      avec des bouts de phrase on fera bien un pétard d’orage – peut-être pas un poème mais quelque chose au moins qui ressemblerait étrangement
      à maintenant

      .

      ce que nous cheminions! ce que nous cheminions! et que parfois nous chavirions, moules à ce bateau-banc bien ancré dans un sol qui certes s’ébroue de temps en temps, mais qui – reconnaissons-le – retombe toujours sur ses pattes

      .

      l’éternité ne fait pas d’ombre. alors je sors mon ombrelle, mon éventail et mon paquet de clopes
      j’attends que quelqu’un passe pour lui demander du feu mais c’est toujours elle qui passe
      et qui repasse
      sans feu devant, sans feu derrière, cependant toute mèche, cependant toute pêche, et les doigts lactés,
      les doigts léchés…

      .

      la structure délabrée tu tombes dans mes bras, ce vide écarquillé
      sur la pente des peaux je m’en vais à tâtons, ivre des première fonctions.
      depuis combien de temps, dis, nos ombres s’agitent-elles à la surface brisée
      et l’écume fond-elle à nos lèvres brûlées
      – hein?

    proche de soi, en tout cas pas trop loin
    24 mars 2016

  • ligne de partage

      il n’y a plus eu
      à chanter malgré soi, à redescendre
      du haut de soi vers
      le fond de soi non plus

      il n’y a plus eu
      à penser quelque chose
      qu’on ne pensait pas vraiment
      qui crevait là quand même

      il n’y a plus eu que
      le chant de nulle gorge
      la pensée sans ambages
     – une autre fois la mer…

      .

      sous la lumière il y avait toujours quelqu’un qui
      dansait sous la lumière
      puis il s’est fatigué, alors
      la lumière est partie – abrupte lisière

      .

      la tombée des masques
      comme une levée de corps
      tout lové dans la chute
      la chute bien droite pourtant
      inexpressive, qui pleure même pas
      parce que… parce que rien.

      .

      qu’est-ce que tu fous là, à extraire de ta chair des petits bouts de miroir
      qu’est-ce que tu fous là, à t’épiler les yeux, l’air soi-disant d’y voir clair
      qu’est-ce que tu fous là évidemment, ton côté (trans-) sibérien de puer des pieds, et la triste vérité du plat
      qu’est-ce que tu fous là je te le demande, et je te réponds rien

      .

      buter sur un petit caillou. c’est marrant comme un simple caillou peut vous barrer la route, barrer la route à tout un fleuve, toute une colonne de chars. la douche froide d’un jour crachin, descente de trip et sans les skis; la larme un peu crispée mais c’est pas grave – allez vas c’est pas grave je te dis

    ligne de partage
    24 mars 2016

  • la pêche assise

      l’esprit
      plonge dans l’esprit, se disloque se noie. l’esprit
      retourne à l’état de mer.
      pardonne-moi de ne pas te regarder, pas te reconnaître : l’esprit
      retourne à l’esprit

      .

      suis-je un homme qu’on endort, par les seules paroles mortes
      à pisser sur tes seins mes promesses d’enfant

      .

      il ne reste plus longtemps – rien que l’éternité mais l’éternité n’est pas grand-chose
      : un peu de jour fondant sur une langue de sable
      – d’où le retour, imminent…

      .

      parfois c’était venue, le ciel changeant
      d’autres fois la marelle jouait bien haut dans le vent
      – elle n’avait pas l’habitude

      .

      ne me reste que la jambe, gauche, de ne pas faire un pas
      ne me reste que le bras, gauche, pour en guise d’adieu
      ne me reste que l’œil, gauche, à rattraper là-bas,
      l’horizon se défilant…

      .

      sans entrave. sans entrave je veux que tu marches. sans entrave je veux que tu te dises, en quelle chute m’entraînes-tu?

      .

      je te cherche à vue, fille-musette et le cœur débridé, de tant d’excès et chaste, comme alors…
      je te cherche à mort et la main dans le dos, fille raclée dans les bas-fonds du jour

    24 mars 2016

  • vous étiez là

      vous étiez là, présente en moi, presque mourante
      et d’un silence nous avons fait l’espace entier, comme si pouvait finir ce qui ne savait même par où commencer
      j’étais à vos côtés, mais on ne se noie qu’en soi, n’est-ce pas?

      .

      un homme de peu. un trottoir où vient se briser chaque pas
      vous marchiez devant moi, telle une fiancée
      j’avais peine – je ne sais si au souffle ou de le retenir
      quelque chose s’envolait, qui me clouait sur place

      .

      une vérité ne suffira pas – on se contentera toutefois de cette insuffisance
      vous me parliez comme si je n’étais là pour vous qu’à cette seule fin, de vous entendre et de vous énoncer vous-même
      quelque chose de l’azur fermentait
      j’allais nu-pieds

      .

      je cherchais ma douleur, ces allées de gravier, fausse ou fleurs fanées, ce ciel toute pitié
      je cherchais ma douleur – une telle joie l’incarnerait, me suis-je dit tout en parcourant votre odeur
      là vous vous dressiez, où déjà je sombrais

      .

      vous précédais-je, sur la route à grands pas?
      passais-je sur votre nuque le cri chaud de mon souffle?  tout mon être crissait, stridence – je ravalais comme je pouvais la salive
      de vous aimer, rauque d’aimer, de vous cracher dessus, de vous cracher dessous
      de me noyer dedans…

      .

      demain la mer
      n’aura pas d’autre goût…

    vous étez là
    24 mars 2016

  • risque de verglas

      une seule raison de baisser le masque et pourquoi ne pas baisser le visage, le crâne nu lustré sous la clarté semi-lunaire de nos rouilles

      .

      j’ai de nombreux yeux sur mon crâne. dès qu’on le déterra il scintilla. et je crois que c’est la première fois que j’utilise ce mot-là, scintiller, s’étonna le crâne

      .

      quand tricher devint la règle du jeu, je retroussai mes manches jusqu’aux g’noux, j’enlevai un fougueux baiser à la mort en culotte – bref, j’étais (libre), de ne plus être moi

      .

      mon copyright à moi, c’est le ciel en question, c’est le vide sans raison. dès que j’aime elle me murmure au creux tout au creux vaste creux de l’oubli dans le mur de l’oreille : eh, toi, ça va?

      .

      le mystère déshabille le réel laisse-le faire. laisse les chiens fouiller les poubelles entre les pattes encore fraîches du loup. entre les pattes du loup toi tu t’en fous de toute façon – tu tournes le dos au jour
      où tu aurais pu naître

    24 mars 2016

  • gdansk par la mer

      dans mon dernier verdict, t’es mort. la mort te déborde tellement c’est à peine si j’arrive à reconnaître ton visage de chien mouillé. on jouait aux osselets sur le bord de la route. quatre blancs, un rouge, et l’aléa toujours flottant de ne pas s’en sortir

      .

      j’aurais voulu n’avoir jamais aimé, n’avoir jamais rien eu à perdre. je t’aurais montré mon derrière, tu m’aurais montré ton parterre. on se serait roulé nulle part ailleurs que dans le regret infoulé
      de ne pas avoir fumé
      l’herbe des défunts…

      .

      le chemin le plus vide est jonché de crottes de biques. la vie je suppose fut ce vaste vaisseau-fantôme et pourtant il fait beau, il fait beau quelque part…

      .

      j’apprends la légèreté. ou plutôt je me convaincs de légèreté. ce sera tout aussi bien, beau et léger sans moi. sans moi c’est plus léger. sachant cela, pourquoi pèserais-je d’un poids, d’une plume, d’une version sensiblement déhanchée?

      .

      voyez-vous ça! le loup aboie. le loup butine. le loup s’endort…

    gdansk par la mer
    24 mars 2016

  • suis-je une nature morte

       pas le temps. pas le temps de s’asseoir pour dormir. pas le temps de gober les mouches en plein vol, sommeil levant. comme une souche morne. non : comme une bouche vide. j’appelle. j’appelle. ma voix se tend. à l’origine de la voix l’appel, avant même qu’elle ne s’organise en sons distincts, en cris de bêtes en chants d’oiseaux, ou en langage articulé. l’appel à l’autre l’appel à l’aide. l’appel à l’être. puis le silence de l’attente. le silence debout. l’écho qui glisse sur les lignes côtières, en équilibre instable sur un littoral intérieur. pas le temps non, pas le temps d’un instant. pas le temps de poser sur la table une main engluée dans son propre poids, dans ses propres doigts, sa propre chair hédoniste. serais-je donc une nature morte? sinuer d’une encre noire ne débouche pas encore sur la mer ensorcelante. la mer, elle tourne le dos aux enfants qui gribouillent où elle s’échoue. la mer échoue. je passe mon chemin. je passe le temps. je cède la place. dans un ultime recours à la vague. suis-je donc une nature morte, ou s’est-il simplement remis
      à pleuvoir?


     

    24 mars 2016

  • mikado

      mon bateau coule. je crois que je froisse l’origine
      je n’ai pas la force de fermer les yeux je crois je n’ai
      pas de paupière
      à trois tout va s’arrêter…

      .

      tout un tas de bâtons qu’on se met non dans les roues – elles tournent au petit bonheur la chance – mais à même le sol, genre mikado, pour en tirer le sort…

      .

      s’agenouiller. que ce soit de demander pardon ou bien pour jouer avec un gosse, peu importe – il suffit de renoncer
      à régner

      .

      on soulève un caillou, comme ça, et c’est une montagne qu’on découvre, poussée là d’un seul coup…
      – ne pas négliger les cailloux…

      .

      le goût de terre que prend le rêve quand on l’a décroché du ciel, pauvre petit cerf-volant percé…
      alors le sol plus dur, et l’air plus rare
      – où l’étincelle de prendre feu, le fil de fer
      en fil de soie?

      .

      tout au bout d’une ligne muette, la mort ne répond pas
      la boussole indique le nord en toute direction

    mikado
    24 mars 2016

  • nomade

      maintenir la tête hors des eaux troubles de l’affect, histoire de respirer un peu, de voir un bout de ciel tout là-haut, absolument impassible
      au fond il y a quelque chose de rassurant dans cette impassibilité qui nous surplombe et qui demeure là, intacte, quand nous, nous passons…
      je sais mon chemin. je sais n’en pouvoir dévier quoi qu’il advienne. j’embrasse mon destin. le reste ne me concerne plus vraiment
      je pense à tous ceux-là. ceux qui partent et ceux qui restent. les morts et les vivants. l’infini les comprend tous

      .

      il y a quelque chose de rassurant à n’être pas grand chose – une paille dans l’œil du vide, un cheveu sur la langue de dieu
      au commencement n’était pas le verbe
      au commencement n’était rien
      et ça me va tout aussi bien

      .

      pas la peine de se cacher, le styx coule dans tes veines – alors tu rames à vide…
      l’autre rive n’existe pas, de ce littoral tout intérieur, et tu charries ta propre incrédulité face à tout cela
      tu ne vires pas de bord

      .

      tous seront morts avant même de s’en apercevoir,jouets de leur propre mémoire
      au fond de toi dieu sombre d’un semblable désespoir. il n’y a pas de raison à cela et on ne peut pas dire non plus
      que cela détende franchement l’atmosphère

      .

      si léger, léger sur le vide…un orteil de mouillé – pas plus
      l’ancre érafle à peine la surface tranquille du nulle part
      et ça suffit
      ça suffit pour vivre un peu, mettre la main au cul du temps qui passe, et qui parfois se retournant hésite à s’attarder
      quelques instants de plus
      quelques instants de moins…

    24 mars 2016

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