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assis là sur un banc


  • allez vas-y, chante-nous une chanson

      la fraternité s’invente à chaque sourire de la main, or ma gueule reste de bois, fumée sans feu d’un jour natif
      l’entaille profonde, jouissant encore du vivre-hors, dans l’allée toute semblable aux arbres proches, allez balaie, balaie le vent, rougeoie la cendre
      et autres mythes sans substance…

      .

      tu ne m’as pas montré du doigt les ongles rouges
      du sang d’un autre
      ou de nulle part, la vérité déclinant toute responsabilité en ce qui nous concerne, nous, la nudité récriée, la jambe repliée
      – mourir rendu vain par la mort bête
      et révolue

      .

      à force de masques empilés les uns sur les autres, ajustant ce kaléidoscope à la forme plausible d’un visage, peut-être finirai-je par me ressembler un peu…
      l’inutilité de la parole fera le reste

    allez vas-y, chante-nous un chanson
    24 mars 2016

  • un banc

      la pluie ouvre la pluie ou la pluie écarte la pluie, je ne sais plus dans quel sens prendre les choses. je ne sais plus si les choses sont ce qu’on en dit ou si ce qu’on en dit les déporte au-delà de ce qu’elles sont. je n’aurai plus jamais soif, je crois

      .

      l’homme qui ne demandait rien s’est assis sur un banc – c’était sa façon à lui de soutenir l’espace tout en légitimant
      sa défaillance.
      dans sa pensée pourtant, tout cela déjà ressemblait à du sommeil percé.
      était-ce ce banc-ci? qu’importe : chacun de nous après tout n’est-il pas le passager clandestin de quelque paradis bancal, promesse prenant l’eau, laissé pour honte en bout de banc – ou la vague d’un sourire
      s’inclinant face au vide?

    24 mars 2016

  • ligne de vie

       la crasse sous les ongles. la bulle de malabar à la bouche d’un essentiel en vacances perpétuelles. la vitre fendue d’un sourire également, par la fenêtre ouverte…
      ou le loup qui rumine, à l’orée de brouillards défendus

      .

      à chaque fois que je meurs tu bouges un peu ta chaise. tout ça finira mal je le sens. je sens aussi l’odeur du cumin sur mes doigts

      .

      mieux vaut traverser le fleuve par le bac : les ponts ne sont pas fiables de nos jours
      sur l’autre rive on est mort, certes, mais pas plus au fond que de ce côté-ci

      .

      chéri chéri, la morve au nez on allait aux promenades, remontant la rue des pyrénées. et pas un endroit pour pisser, ni même faire semblant d’être, un jour
      ce qu’on sera devenu
      une fois le temps
      déçu

      .

      je me suis rasé le crâne, ai ramassé mes cheveux déjà gris dans un sac en plastique
      j’ai trouvé cette image-là si sage que je m’y suis baigné
      longtemps, longtemps j’ai flotté, fait la planche
      possédé de silence

    ligne de vie
    24 mars 2016

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