on se cache une fois, et puis on recommence, on recommence une fois. puis on se cache
j’ai perdu un bouton. ce n’était qu’un bouton, devrais-je me dire. et effectivement me le dis-je. j’ai perdu un bouton
c’est là que tout s’enraye, c’est là que tout déraille. c’est un sommeil si lisse, on dirait qu’il s’enlise
un homme mort. plus mort que lui tu meurs. il marche dans la rue mais ce n’est qu’une histoire, qu’une histoire somme toute. en vérité il ne se passe rien
lave la vitre avec la langue, ta langue à toi. le reste du temps lave la vitre avec sa langue, sa langue à toi
n’ai pas pris de congé – les congés sont éreintants. pour arriver à moi il faudrait des milliards d’années. pour en sortir, autant
quelle explosion d’un bonheur si soudain, auquel on s’attendait un peu certes, mais dont on n’avait pas vraiment besoin, ni réellement pris la mesure
parfois la nuit se brise, coquille vide ce qui s’en répand alors désigne l’un d’entre nous, n’importe lequel des deux comme si nous ne savions compter que sur l’envers des choses pour, surprenant notre image, nous ravir à nous-mêmes…
une fois la pluie deux fois lors s’ébrouait, d’une lumière plus vive s’ébranlait comme on cède, face à ce qui nous attend depuis toujours, là et limpide, tapi en nous, toute ombre bue…
c’est une autre blancheur, prompte à recevoir nos larmes, furtives à susciter l’ultime aveu de nos fébrilités – un jouet en quelque sorte, l’ortie dont on se caresse la joue, et parties plus intimes…
quelquefois c’était une vie qu’on plie pour qu’elle s’envole, se taise ou ployant sous le vide écorné de son propre regard ce fut aussi, d’ailleurs une clarté diffuse, le sentiment confus, peut-être ainsi déçu qu’aucune mort ne viendrait nous absoudre, ni rompre le pacte nous liant à nous-mêmes, en passant par Honfleur, Sedan, ou bien même Le Mans…
un jour je reste comme autrefois c’était promis d’une langue cousue de fil blanc j’écume nos patries éphémères, nos exils en attente d’une voile en partance – la lumière ne finira t-elle donc pas par nous ouvrir les yeux, par en extraire l’écharde d’une larme plus pure encore?
une vie sans ombre insulte la lumière. celle-ci s’en remettra, évidemment…
tu verras, me susurrait-elle, on survit à tout – même au néant, puisque le néant signifie exactement cela
même en admettant l’hypothèse d’une réalité dernière, il n’y a pas de réalité dernière – si ce n’est ce néant auquel tout absolument et chaque chose en particulier oppose un démenti formel
je finis par être heureux. de rien, pour rien. du non-sens même de ce bonheur issu de sa, propre insignifiance (tant il paraît qu’en poésie la grâce ne se dissocie pas de la poussière…)
les ailes qui ne me poussent pas, je les déploie à l’infini. car je ne vois pas comment commettre hors l’infini le moindre petit saut de mouche
tourner autour d’un astre éteint finirait par lasser la plus entêtée des mouches. et pourtant le vertige nous prend et nous entraîne, aspirés que nous sommes vers le centre mou de notre lassitude…
entre l’irrésistible passion et tout ce temps à perdre, j’ai creusé un tout petit trou avec ma carte à puce
assumer l’irrationalité d’être, je présume que c’est ce que se déchirer dans le vide sous-entend…
on se contentera le jeudi de caresser, sans en rien démêler, la chevelure d’une divinité dépressive et béate…
si l’on fuit c’est que seule la vanité possède encore la faculté de se distinguer du néant dans le fait même de s’en revendiquer
à part ça je ne sais pas. j’ai besoin d’un amour malheureux: mourir m’éveille
penser vivre ou mourir n’importe que dans la mesure ou cela réduit la pensée à un acte pur. et pur ça veut dire sans espoir, d’une détresse telle que la vierge elle-même ne saurait nous en consoler
la part de moi à sauver, et qui me sauve – la part de moi qui tout justifie et me justifie: celle-là même qui n’existe pas, comme quelque chose qu’on ne retient plus et qu’on verse à côté
vivre ne devrait pas nous concerner, certes – mais comment le monde, quel qu’il soit, pourrait-il ne pas me blesser, ne pas me rappeler à ma propre insuffisance, à mon dénuement de chaque jour?
la lumière finalement ne jaillit-elle pas de ma prière la plus obscure? du bout brûlant des doigts l’absence ne se répand-elle pas? vas savoir…
mais je suis devenu homme, et je n’ai plus les dents de mordre
car si le dieu s’incarne, l’homme quant à lui résulte d’une désincarnation – il a simplement oublié de’ s’endormir au bout du troisième jour
il a posé les mains sur la kaaba intérieure, l’œil noir de l’être, la béance béante, il a bougé le pouce
je voulais connaître l’art de m’arrondir or me voici le sexe mou, crucifié à l’ombre d’un nuage par les clous du plus pur
des hasards, oh mon père…
une fois résolue la question (il suffit après tout de ne pas se poser la réponse), j’ai dit je t’aime
à la première venue, moi le dernier parti (je fus cette équation)
et j’ai gardé l’impression d’avoir ma vie durant sodomisé une vieille (blanches soquettes, croix de baptême), jusqu’à ce que lui en tombent toutes les dents
ce ciel gris. j’adore ce ciel gris
depuis le commencement, le tout commencement qui n’a jamais eu lieu, qui n’existe pas, par conséquent je suis, je suis sur la route du retour
qui jamais n’aboutit c’est la merde qui jamais ne parvient c’est l’ déluge et me laisse perdu, baudruche perdu et orphelin
sur la route d’un éternel, et vain retour à rien, putain – jolie putain