Aller au contenu

assis là sur un banc


  • marin constant, cristal en boule

      ce qui fait qu’il n’a pas vraiment vécu, laissé aller… certains s’abîment en route. d’autres tombent déjà tout esquintés, tout flippés d’entre les cuisses infanticides. d’autres enfin s’en sortent indemnes, mais y succomberont quand même…

      tu n’y échapperas pas – à quoi? à la rose en parka: elle a des épines tout le long de sa vulve et dans sa bouche. elle parle une langue mystérieuse, que les gens d’ici-bas n’entendent pas. il y a des jours où tu cherches vainement à te persuader de son inexistence

      je n’ai pas mis d’eau aux plantes. j’ai oublié. ou j’ai eu la flemme. et puis je m’en foutais après tout. si je vais me chercher à manger ce n’est pas parce que j’ai faim, c’est juste que je n’ai pas la patience d’attendre que j’aie faim. je n’ai pas le courage d’avoir faim

      une autre fois sans doute… celle-ci fait la part belle: aux idées sans suite, fumeuse inconséquence; aux fausses confidences, jeux de main jeux de vilain me diras-tu; aux visites sans surprise, les pentus golgothas du dimanche…

      on se contentera de tourner la tête vers le large – vers le large c’est ça…
      et puis nous soupirâmes. vous soupirâtes nous soupirâmes. nous soupirâmes c’est ça…

    19 janvier 2019

  • l’arbre au milieu de la cour

      ne sachant où il va, l’aveugle sait d’autant plus clairement qu’il va. il est comme qui dirait l’ombre du chemin
      la canne ouverte, le ventre vide

      partage avec moi la chaleur inhérente, subhumaine, le gant sur les yeux parce que ça pique. on s’est toujours efforcé de se soustraire au réel, au sentiment pâteux ou visqueux, plâtreux ou boueux du réel. on traînait une laisse au bout de laquelle
      manquait son chien…

      toute la nuit j’écris des mots, des mots sur le plafond. ce sont mes amis morts – des trous dans le silence, dans le béton crispé
      des anus en plein vide…

      quarante fois tu digères un bonbon. ou donc as-tu encore dégoté ce bonbon. ça te fait les doigts tout collants, tu ne peux rien toucher sans y coller. mais tu y touches quand même. faudra tenir comme ça jusqu’à la toussaint
      après c’est bon, on lâche tout

      on lâche d’un geste. je n’ai pas apprivoisé chaque mimique, régulé chaque émotion. je n’ai pas pris toute la mesure, par quel bout ai-je commencé
      ni de rien suis-je la fin…

      un abruti me lira le destin dans les plis de ma main braille… jusqu’ici je n’ai pas eu à attendre – le temps s’évacuait sereinement de moi, en chiasse refroidie
      faut dire qu’il faisait froid

    l'arbre au milieu de la cour
    17 janvier 2019

  • rien de profond non plus

      une seule pierre soulevée
      et aucune ombre dessous.
      j’ai un homme dans l’homme, à l’écoute
      de ses propres pas, et je ne sais
      quoi en faire

      les chiens ont des dents, c’est vrai les chiens ont des dents.
      à force d’être nu, nu dans ma coquille
      j’ai perdu ma coquille
      – je suis pas mort dedans
      mais c’est tout comme…

      en un sens giratoire, ou par un
      retour à soi – s’il n’est pas convenable l’amour
      laissera tout au moins
      des traces sur le mur, des taches sur les draps, peut-être même une ride sur
      la mer morte de l’âme – faut-il être amoureux
      pour s’essuyer à l’âme, essuyer donc tout ça

      un ange sur le déclin, un chien de maigre rut et pas le pire
      de mes ennemis – je lui tourne le dos, c’est fou
      comme un dos sert à tout
      et à n’importe quoi.
      moi je ne sers à rien
      sauf à dieu quitte ou double, à l’horloge cassée bref
      à pisser dans l’écuelle ou sur ton corps malade, à sucer des bonbons là
      où tombent les bonbons…

      j’avais un œil sur vous, oui mais j’avais un œil sous vous aussi…
      le sens de l’unité préserve les naissances, polisse les angles morts, aiguise de même
      les facultés de décevoir, d’anticiper les décès, les retarder d’un jour
      tous les décès c’est moi. je suis la croix. manquent les clous
      urgent les clous

      
      ils sont tout dorés les clous
      tout dorés tout rouillés

    rien de profond non plus
    15 janvier 2019

  • robe tachée

      chien c’est moins chien
      mais c’est lui qui le dit
      et la vie pouët pouët pouët… de chien
      et la mort prout prout prout… dans l’âme
      on sait répondre à tout ça, si ce n’est de tout ça
      aussitôt dit aussitôt faux – ça ne rapporte
      rien

      un homme a pris sa femme
      dans ses bras
      je crois bien qu’elle y fut
      pour quelque chose elle aussi
      un homme a pris sa croix
      dans ses bras
      comme on sort du PMU un dimanche midi, la démarche un peu
      sanguinolente, l’œil légèrement
      de traviole…

      je meurs debout
      c’est pas vrai mais
      je meurs debout quand même
      et nul ne m’en
      empêchera nul ne m’en
      tiendra rigueur – surtout quand ça fout l’camp, quand ça se sort
      la tête du cul, et qu’on sait plus vraiment
      par quel bout se pendre…

      je me suis trompé en fait, je me suis trompé depuis le début, et tout trompé
      ce n’est pas de mourir le plus dur, mais bel et bien la mort, l’idée claire du néant
      mourir pour un bien serait beau biélorusse – mais mourir pour rien, concevoir ce rien-là: voilà le bois
      dont toute croix est faite, le ver auquel
      toute pomme sert à boire…

    14 janvier 2019

  • la lune à cet étage

      il ne s’agit pas de survie (qu’importe la survie) : les principes
      vacillent sur leur droit, l’évidence arrachée sous
      la valeur d’être, le sens du sens, ou encore le bien-fondé d’une
      quelconque aspiration…
      et si j’aime un destin, ce destin m’aimera t-il, se reconnaîtra t-il seulement dans
      le vélo jaune d’anquetil?

      la mémoire procède bizarrement, reconfigurant la base de données perdues
      ma vie elle est pas dedans
      ma vie elle est pas dehors
      je ne veux pas que l’on m’entende j’exige
      que l’on m’octroie un silence
      – d’ailleurs qui pourrait me soustraire (où irais-je)
      à l’infinie distance?

      un chien méchant ça mange pas d’pain
      un homme assis me dit merci
      je n’ai pas d’âge, je m’rase la tête, je m’endette à tes frais
      je parle à mon nombril mon nombril ne se rend compte de rien, agent fluide, ne me rend compte d’à peine
      davantage…

      tu te promènes vêtue
      du simple paysage, pas plus
      que ça ni d’habitude – tu dis que je suis étranger, or ça n’excuse rien
      par ce qu’en fait, tu n’es même pas un étranger, ce qui t’exclut de tout
      : de toi-même, d’une patrie quelconque, de l’interminable liste des débaptisés
      ramassant sur le bas-côté des routes
      de jolis coquelicots monsieur, de jolis coquelicots padam

      qui me pardonnera?
      quand t’es rien, et le seul à savoir que t’es rien, où trouveras-tu quelqu’un
      pour te le pardonner?
      faudrait être hall de gare
      faudrait mourir debout, chantant contre le froid
      rien, rien de rien – sur un rond-point l’éternité derviche
      m’a pris de court

    la lune à cet étage
    12 janvier 2019

  • les montres ci-dessous

      hors la force, et déchu de toute conviction
      les doigts dans l’trou la tête en l’air
      je ne crains rien de ma vie
      je ne crains rien de ma mort
      et si oui, non quand même
      libre puisque mortel, aimant
      puisque impuissant
      limite inconséquent…

      la tête elle a basalte
      l’enfant en toi bas-âge
      tu meurs ainsi tu développes
      un certain sens intime
      de la fragilité.
      d’où je viens je ne vois rien, je regarde et
      à force de ne rien voir, je me nettoie

      le temps des fleurs est piétiné
      le temps des gerbes aussi, des épitaphes sentencieuses
      soit dit en passant un lèche-bonbon aura toujours besoin d’un bonbon
      un dieu pense à envoyer sa fille cette fois – perverse méditation…

      je n’arrive pas à être l’homme, quoique dépouillé nu même attifé d’une peau de jonquille
      j’ai perdu mon mystère – telle fut ma chance de rentrer bredouille
      un dieu me bande les yeux et me fait tourner toupie
      trois doigts sur cinq trois fois pour rien
      et me voilà

      je ne sais pas si je t’aime, alors même que je soupçonne là l’unique question légitime
      et responsable.
      seul un poème sauve le monde mais le monde souhaite t-il 
      être seulement sauvé?…

    11 janvier 2019

  • brûle ton socle

      je prie sur le temps long
      je n’ai qu’affaire de mourir: je suis le mort en marche
      le vivre à tout vent, à tout bout d’champ, le vivre à bout portant
      mais tout cela de loin, de si loin
      que ça me brûle encore

      un homme n’est pas un homme, une femme
      n’est pas une femme, un chien
      l’ombre d’un chien
      et la laisse traîne à terre
      ne rattachant l’un à l’autre
      ni l’un à soi – on voit des couples
      s’enlacer aux ronds-points…

      je n’ai vu personne de vieux – l’éternité discrètement se rapprochant
      des yeux baissés, des raccourcis de la mémoire, des fils à haute tension à travers desquels on allait
      transformer l’élan en un échec retentissant
      et c’est la gloire à petit prix, la petite joie du pauvre…

      on ne veut plus de croix, on aura plus besoin
      de croix, de clous, de gens armés jusqu’à la racine de mordre
      plus de lèche-bites d’apparat – il faut de la sainteté
      pour mériter le mal. j’avale un coup
      et si ça va pas mieux, et comme ça va pas mieux, j’avale
      un autre coup

      notre fraternité mamie
      notre petit champ de bruyère…
      l’histoire fait fi de la personne, et de ce fait l’élève à une forme – fut-elle cabossée, tarabiscotée, cabotine ou perverse – d’universel
      l’histoire ignore les personnes qui ne veulent pas d’histoire, comme si elles n’en avaient
      pas assez comme ça

    brûle ton socle
    9 janvier 2019

  • vénus en a bavé

      le revenu universel a fait de moi une entité quasi métaphysique – pas seulement prêt ou disponible, mais avant tout sensible
      à son propre néant.
      il n’est pas revenu. il n’est pas universel. il a posé son sac sur la table et s’est déclaré
      absent aléatoire…

      si tu tâtes le large, une femme quant à elle, une femme simplement se conçoit en racine – elle
      plante le décor, retient le paysage, sans cela plus fuyant qu’un ciel finistère.
      tu t’endors à côté dans le berceau, tu t’endors les yeux grand-ouverts, acculé à prédire le présent…

      c’est une histoire d’amour, mais pas que. ou si ce n’est qu’une histoire d’amour, ce n’est RIEN qu’une histoire d’amour
      ce rien-là t’occupant de long en large, et toi-même dérivant en ce rien-là, occupé à tout autre chose sans doute
      tout autre chose que l’amour…

      toute une frontière s’émiette. la ligne gommée de l’horizon.
      un saut cependant jaillit de dans mon corps, et la révulsion rattrapant puis ravalant ce faux bond.
      tendre la main pour caresser la joue de cet aphone infini me manque déjà
      tout me manque déjà, depuis le début tout me manque

      une grosse pomme. grise ça va de soi. la prière s’enroule sur elle-même et ne distingue plus son premier mot du dernier. une vie a bien été prévue à cet effet.
      ce n’est pas tant d’être rassuré que l’on demandait, mais plutôt que l’on ôte devant nous
      tous ces petits cailloux formulant le chemin…

    7 janvier 2019

  • mon petit père malade, mon parc d’attraction…

      du point de vue de l’homme et toutes ces nuits, plus bas encore toute la nuit…
      s’abîmer en prière, aveugle et sourde prière – réintégrant ce qui simultanément préexiste à l’unité
      et subsiste à son démantèlement

      au volant d’une idée traverser un ciel misérablement creux. éclaircir au passage une absence, avec toute l’aisance d’un canard boiteux, d’une béquille en marche
      croiser un homme sur la passerelle, parler à une femme
      d’une autre femme encore, la lâche confidence…

      je n’ai pas de secret, tout est en soi secret, le garde d’un secret
      je n’ai pas de secret
      l’homme au bout du quotidien, pour entrer dans la grâce,
      devra renoncer au miracle

      je me suis réfugié au cœur d’une parole, évanescente bulle de savon, radeau mélancoliquement naviguant hors concours
      j’ai pu circonscrire le naufrage en dedans, réduisant le moi à l’espace de cette débâcle
      ne débordant pas d’un ongle, ne faisant
      pas de vague…

      l’incertaine ligne de flottaison…
      on voudrait être mort avant même de mourir, passer ni vu ni connu et contourner la croix, l’air de rien comme revenu de tout
      je pose mes deux mains sur ton corps couché, ne sachant s’il vit encore ou s’il est mort. l’absence au bord de l’implosion
      désamorce-moi donc

    mon petit père malade, mon parc d'attraction...
    6 janvier 2019

  • ma haine du pouvoir, du vouloir et du savoir

      c’est une dure journée
      un jour dur de janvier
      si peu de vivant pour tant de mort
      et le vivant souffre du froid.
      le temps nous sépare de la mort et de nous-mêmes, morceaux épars
      débris d’orgasme
      c’est une dure journée
      il faudra, quitte à ce que,
      la recommencer

      les orphelins aux doigts rouillés, leurs mains molles
      yeux sur la route, route déborde
      un nom continue de sortir, maigre vomissure. un chien ronge sa corde, un cheval son mors.
      dieu ne suffira pas
      à m’apaiser
      me consoler
      me réparer
      – m’absoudre…

      la porte s’ouvre – il faut
      que la porte s’ouvre, c’est une question
      de respiration
      de circulation.
      j’entends un mort et un mort vaut un arrêt de car. un souffle vient de la mer, on rentre la tête dans ses épaules
      ça ne protège pas vraiment
      à partir de je ne sais quoi ni comment, rien ne protège de rien
      à peine un souffle…

      on ne parle plus au frère comme on se parle à soi – on passe à autre chose, et autre chose toujours
      nous renvoie
      à notre propre absence, dessus laquelle on glisse.
      parfois un genre humain
      nous hèle de loin, d’un signe étrange de la main
      sans raison apparente avons-nous fini par lâcher
      les couilles du destin

      je n’habite nulle part – qui donc m’a conduit là?
      qui donc hésita
      entre moi et l’anus, l’anneau marial
      et le vomissement éthylique?
      nos sexes pleurent, il arrosent les tombes, les tombes de nos frères, frères d’un jour en hiver.
      quoi de neuf parmi soi, quoi de vieux?
      tu ne me 
      regretteras pas

    4 janvier 2019

Page précédente Page suivante