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assis là sur un banc


  • et en plus c’est jeudi, mon jour de chance

      passer sa journée à glander, gentiment se saouler, ou pas, jusqu’à ce que terre s’embrase (cf St Jean, Ap)
      peut-être paresser même, et pourquoi pas chanceler, quoique bien ancré à sa chaise et levant la main à la bouche pour je ne sais quelle grandiose aberration:
      retenir un dernier souffle, le bâillement de trop? décocher un ultime baiser à la poule en vélo? dire adieu au temps qui passe et ne repassera pas?
      ou plus prosaïquement retirer un truc resté coincé entre les dents depuis midi déjà, et qui commence à me gaver…

      eh oui, les poux copulent jusque sur la tête des saints…
      on dirait même qu’ils y prennent un plaisir tout particulier, y trouvent en tout cas un refuge certain
      il faut la patience, de durer
      le jour de ma naissance, m’apporteras-tu des fleurs?
      ou faudra t-il que j’aille moi-même les chourer 
      au balcon des voisins?

      il émane de ces cieux une telle tristesse – comme pour en amortir l’objective cruauté peut-être… –  une tristesse si profonde, et profondément belle, boue grise en laquelle se confondent la douleur et la résignation
      il faudrait alors mourir, mourir comme le font les bêtes: soumis, sans révolte, ouvert au précipice…
      mais là j’ai pas vraiment le temps, et en plus c’est jeudi, mon jour de chance comme on vous l’a déjà dit
      – mais sans doute n’écoutiez-vous pas…

    et en plus c'est jeudi, mon jour de chance
    31 mars 2016

  • gethsemani

      désormais pour la guerre c’est chacun contre soi

      à l’âge où un homme ne lutte plus que contre son ombre, une ombre plus grande est venue le châtrer, lui ôtant jusqu’aux larmes de son combat

      alors il a dit pouce


                                                 *


      je tourne le dos à la méfiance – tant pis si elle me fout la main au cul

      quel centre, dont se rapprocher?
      le véritable but glisserait du sens au rapprochement

      or tout s’éloigne, et moi de moi…


                                                 *


      car du fond du pire même s’élevait un vide sans terme, un ciel nous bordant, médecin-légiste ou plantureuse dame-pipi

      un ciel enfin, dont l’écho rond embuait nos mains au fond du puits, cent-balles insérée dans notre faim

      les os claquant au vent glacial qui nous revenait d’en-dedans…


                                                 *


      tu meurs avec moi, c’est à dire que je me quitte, néant les cuisses écartes

      un deuil sans fin brume mon temps, ma substance, givre mes os

      l’idée d’un être, un seul, brûle ma soif

      pleure sur mon corps, lui dis-je, ravalant tout ce qui pouvait encore l’être…


                                                *


      pas les yeux de vivre derrière mieux vaut s’arrêter là

      je ne suis capable que de pitié ou de maudissement, pèle-mêle s’entassent corps et rêves

      des morts se masturbent au jardin, ce ne sont plus les miens, toute joie me répugne

      je crie quelque part, quelque part ne me répond
      pas


                                                *


      j’ai fini par livrer mes tombes
      aux pilleurs de tombes

      je dansais sur les caillots d’une fille agressée, comme s’il faisait jour comme s’il
      avait jamais fait jour

      flotter ne coûte rien, croyais-je
      ni sombrer semble t-il, sans comprendre pourquoi

      ou c’est selon

    gethsémani
    31 mars 2016

  • l’amour à temps plein

      le bruit de la mer quand la mer se retire
      le bruit tout intérieur, le bruit sans son
      de la mer toute intérieure quand le son
      s’en retire…

      je n’sais pas
      je n’sais pas je n’pleure pas
      j’ai juste envie de brouter l’herbe
      sous ton pas

      étincelles, mais feu ne prennent
      étincelles, d’un silence chahuté
      caillou contre caillou, d’âme morte n’éveille…

      côté pile l’être comprend beaucoup plus que sa présence
      côté face l’être comme éclos de sa présence
      l’être totalement révélé se confond à sa présence
      je lui offre un bonbon

      ce qui reste d’amour après l’orgasme
      la part du désir que la satisfaction ne peut combler, dont elle ne viendra pas à bout
      le bâton de réglisse que l’on ne peut s’empêcher de mordiller
      alors même qu’on n’aime pas la réglisse

       s’il suffisait de l’obole d’un baiser versée au front du cerbère de service pour lui fermer les yeux
      et glisser au-delà…

      rendre son âme…
      chaque jour rend son âme
      – d’une bonté qui s’ignore, nous offrons notre néant
      au néant qui s’ignore

    l'amour à temps plein
    31 mars 2016

  • pêche interdite

      c’est juste à côté tu verras, on n’attrape que dalle
      éloge de la défaite, chaussette reprisée
      en bout de ligne pend la langue tarie, la rivière assoiffée
      … PÊCHE INTERDITE

      on croit regarder la nuit et c’est la nuit qui se regarde
      à travers ton œil blafard, petit miroir crasseux
      tu te pèles la queue sur un bris de mémoire rayée, tu te ratures la gorge à grandes enjambées – rien n’aboutit
      rien n’aboutit de ce que tu n’ébauchas point sers-moi un verre, un autre encore,
      un dernier verre enfin

      je fais le mort
      à plat ventre sur la croix d’un chemin cinétique, trois petites crottes le chemin, trois petits points
      de suspension…
      hors je fais le mort, en dedans je respire, je respire assez, assez mal cependant
      je t’en offre une douzaine, espérant sans vergogne
      récupérer l’monnaie…

      Caïn, gentil Caïn, vas t’en border
      ton frère

      les secondes sonnent creuses, le pneu de vivre à plat – qu’attends-tu là, qu’attends-tu donc?

      j’ai sucé de ta cuisse, j’ai mâchonné la menthe, rien ne m’interdira d’attendre
      ce qui ne viendra pas, coutelas et limace, fleur fangée des lilas…

    31 mars 2016

  • les animaux font partie de la veillée

       j’habite un jour sans feu ni bête, j’habite un jour
       à l’orée de nulle part

       elles coassent elles coassent
       puis plongent dans le noir…

       à chacun son domaine, sa vision et son arbre
       à chacun la pluie qui lui tombe dessus, pas ailleurs, et pas une autre pluie non plus
       à moi toute rature, toute rature dis-je, et les dimanches de cloche…
       et les dimanches de cloche

       ce qui ne change pas c’est la façon dont le loup redevient
       l’homme
       qu’il a toujours été

       ce qui change c’est l’homme qui pour ne pas s’endormir
       pour ne pas étouffer de ses soupirs en cage
       se prosterne à tout bout de champ, tout bout de champ miné
       et mouillé

       les lundis ne me rapportent pas tant que ça
       – pas tant que ça –
       mais suffisamment quand même pour arriver jusqu’au mardi
       tête haute et
       passablement indemne 

       de quoi donc la vie fut-elle le substitut, le soleil couchant, ou l’éjaculation précoce…?

    31 mars 2016

  • le garçon qu’a perdu son doudou

       la mort planera d’un côté, puis de l’autre, se posera sur ta tête et peut-être entonnera un air pur, un air à la fois intime et inédit
       ou alors rien, passera le temps avec rien, en ne le
       passant pas

       un ballon. j’ai lâché mon ballon. le ciel l’emporte, je ne sais où, au loin si loin – peut-être même au-delà
       ici le son d’un homme 
       cloche

       j’ai toujours mal à un endroit ou à un autre, et puis ça se guérit peu à peu, ça se guérit tout seul. peu à peu la mort sort de moi
       un mort c’est un homme dont toute la mort est sortie, un homme que la mort a quitté pour de bon

       un pas de trop. j’enlève un pas de trop. je promets à la gamine de la ramener chez elle – antigone, me dit-elle, je m’appelle antigone, j’habite un peu plus bas juste en face du tabac
       on retire un pas et l’immense s’étale, comme s’il ne lui manquait que ça, un pas en moins, pour s’immiscer
       entre soi et son ultime raison d’être

       je la prends sur mes genoux, la joue la touche, l’apaise. puis m’approche de la fenêtre à l’infini morose. je rejette avec répugnance l’idée que tout ne fasse qu’un, et réalise à quel point la mort seule rend la vie supportable, la déracinant et la privant de toute pesanteur…

       quelquefois j’ai mal ailleurs aussi, quelque part en dehors de moi. ainsi mon corps s’élargit-il, ainsi englobe t-il l’au-delà de lui-même
       quelquefois jouit une femme sur le bout de ma langue, mais je sais que ce n’est pas de moi qu’elle jouit
       je me berce d’illusions sans doute, en rêvant d’allumettes s’enflammant sans qu’on les gratte…

       c’est très simple au fond: juste un garçon
       à qui l’on a cassé son jouet, un garçon
       dont on a arraché les pattes ou la tête de l’ours, un garçon
       qu’a perdu son doudou…
       et tout le reste ne consistera qu’en une progressive complexification, l’écho ricochant à l’infini d’une faille originelle, d’un silence creusé à même la chair de l’être…

    le garçon qu'a perdu son doudou
    30 mars 2016

  • elle cousant et moi dormant

       un monde en friche, où l’espace a reconquis ses droits et exerce sa muette souveraineté sur des débris de mémoire, fantomatiques architectures vouées à la dissolution, simple effacement du sens devant l’essence – ou son absence
       une liberté gagnée sur les terres brûlées de nos désillusions, un regard qui perdure à travers l’immobile fluidité des phénomènes: le paysage se dévêt pour laisser transparaître une nudité que plus rien ne corrompt ni n’abuse
       une clarté enfin, sans foyer ni perspective, ne mettant en lumière que notre perplexité d’être, vaguement d’être, à l’orée de n’être pas…

       d’abord on se promène, ou on fait semblant de se promener: des pas en trompe-l’œil simuleraient un destin sous une égale pluie froide, et noire, et froide et noire
       nos bouches dans l’enclos, usées désabusées, abouchées au silence fourbu vers l’en-dedans – elles n’accoucheraient ce soir pas même d’un baiser, fut-il de judas
       nous prétendrons-nous alors libres, fleurs artificielles illustrant l’inanité de nos tombes, petits péchés mignons névrotiquement penchés sur ce qu’il leur reste d’orgasme à effeuiller, à glaner sur l’infinie platitude de nos paysages intérieurs
       – si nette finalement la place, faite face à ce qui me détériore…

    30 mars 2016

  • à la vieille taupe

       j’ai un masque, un de ces masques derrière lesquels on se cache comme dieu derrière l’église – un masque parce qu’il faut bien avoir un visage quand même, un masque pour qu’on me l’arrache, pour qu’on y enfonce des yeux avec les pouces, qu’on perce des trous dans l’œuf

       je n’ai pas de masque. le scalpé de service, le visage dépecé, un flagrant délit de faciès falsifiant quoi – l’amour? le désespoir? la pression minimale pour faire éclater la pomme d’adam?

       rien je te dis, rien. j’ai beau te le répéter cent et cent fois tu n’en tiens pas compte, tu craches dessus, tu me chies sur la gueule tout ce que ton vagin contient d’infamie et une fois soulagée tu repars, ravie d’avoir souillé en moi, au plus profond de moi,
       ce qu’il restait d’espoir alleluia 

       mon enfant est parti, il m’a quitté. on a du retirer le couteau et creuser un trou dans l’ jardin

       même après coup, j’ai du le châtrer avant de l’enfouir – j’avais tant rêvé avoir une fille…

       maintenant je n’appelle plus personne, je suis enfin véritable orphelin – j’ai un couteau, qui ne me sert à rien…

       imagine si tu
       imagine si moi
       imagine quoi
       – la mort

       un être tombe
       un autre en pousse
       à côté, rejeton
       – faux jeton

       ressusciter, zombie de dieu
       ressusciter, lazare de rien
       ressusciter, eh connard
       – naître sans mère…

    30 mars 2016

  • un chien s’enlise

       elle m’a tout simplement touché le bras et s’en apercevant a brusquement retiré sa main, improvisant quelques maladroites paroles de diversion
       le trou du cul d’la vase au cul, songé-je alors, or me taisant
       j’ai appris à ne pas voyager, à ne pas respirer, à ne pas même avouer ouf lors d’un orgasme de ouf
       par politesse j’ai laissé passer le temps…

       la mort est la mémoire des secrets, on tire sa langue et elle aspire le jus
       j’ai peut-être menti, pour ne pas trahir le rêve ou pour laisser à l’esprit la chance 
       de ne pas s’incarner, j’ai peut-être failli, et failli perdre entre deux rives basses
       le fil de l’eau, à moins d’un autre fil…

       barbaque – enfin découvris-je mon nom: barbaque, attila-précipice, ou bien encore sexe puant, fille rescapée…
       je peux encore prétendre tromper dieu
       je peux encore crever d’angoisse, trembler de tous mes nerfs en effleurant un visage
       je peux encore me dire mais où fus-tu, fils de pute, où errais-tu hébété tandis qu’elle…

       de la vase jusqu’aux g’noux, ça rentre dans les bottes…
       à quoi sert de prier, elle baise avec ses règles, elle n’a plus les moyens de tricher…
       je cherche dans les profondeurs de mon être un espace où réellement avoir mal, je n’en trouve pas
       j’entrouvre la pensée, la pensée me dit tiens, embouche ce biniou…

       elle est là quelque part dans les rangs, entre les lignes, béquille flottante, plage en décembre
       elle est là cimetière, et toi tu jouis par terre le gland dans la poussière, le gland tout de misère
       tu arroses la poussière pauv’ gland, tu arroses la misère….

       j’ai pas traîné, j’ai pas traîné longtemps, les trois quarts de ma vie
       l’autre quart je dormais, je glandais – je glandais par ailleurs, je veillais aux présages
       la mort vous déshabille ça c’est du gros bobard, la mort t’arrache ton slip, retrousse un nénuphar
       je glapis je souris, toutes les dents m’en tombent – la vie est morte et moi je fais semblant
       faire semblant épuise le doute, décloute un christ, rend le probable nécessaire
       faire semblant mérite un pneu…

    un chien s'enlise
    30 mars 2016

  • il y avait du brouillard ce matin, sur la route de Moulins

       enfin tu ris, resplendissante évanescente, enfin la peur desserre son écumante mâchoire de sus l’aiguille d’une cheville, le fragile astragale
       enfin tu danses, sans mal y penses, libertine tu gambades, haleine du troupeau, souvenir enfoui à propos resurgi
       – il n’y a d’autre raison…

       soleil, truand, petit soleil truand, pâle phallus de novembre, redescends donc d’un cran
       s’enivrer dès midi c’est peut-être gâcher sa journée, déclarer beau forfait, préparer son naufrage – mais c’est d’abord réussir son zénith, saborder l’ovaire clair d’un faux ciel de novembre, piètre vivant, pâle contrefaçon d’un bonheur récurrent 
       mourir à contre-cœur je n’en veuilles pas – alors tu vois?

       ça sent bon, tu sens bon, elle sent bon – ce glissement de tu à elle, du je au tu, tue-moi donc si je peux
       elle tire sa langue au prédateur, petite langue – on prend ça pour une simple rumeur alors qu’en fait c’est mon vélomoteur 
       il me sert dans les montées, il me sert dans les descentes – la petite coquine avec ses nattes, là, ses fines nattes,
       m’exaspère 

       tu ne m’aimes pas, je sais que tu ne m’aimes pas mais ça ne fait rien, on m’avait prévenu ça ne fait rien
       je te tends un peu d’herbe, tu hésites un moment, tu renifles tu soupçonnes… je te tends un peu d’herbe ça pourrit doucement dans ma main
       j’ignore pourquoi je suis heureux, ma tombe grande ouverte je suis heureux

       ce n’est pas de dieu dont je me suis lassé mais de mon amour pour lui – cet amour si mesquin, grandiloquent et bénin
       je n’ai pas les yeux d’être ébloui, pas la gentillesse spontanée d’une amante de passage – je n’ai pas grand chose de bon en fait, j’aurais du m’en sortir,
       aller dormir ailleurs ou ne pas la toucher, me mentir à moi-même comme toujours en disant ça fait rien, allez va ça fait rien…

       l’écaille tombe du dos, la ligne déraille de la paume – s’effile une tristesse… demain n’aura raison de rien
       quelques roses rouges, plutôt miteuses, perdurent jusqu’en décembre au rosier sous ma f’nêtre – ça a l’air de rien, mais la ressemblance est bluffante
       qu’ajouter à cela? je suis passé à l’épicerie ce matin – une voix inconnue m’a dit six soixante-quinze 

    il y avait du brouillard ce matin, sur la route de Moulins
    30 mars 2016

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