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assis là sur un banc


  • les restes de la cène

      au réveil la mer était là, montée d’on ne sait où, et pour ne jamais redescendre semble t-il
      au dessert du chou fermenté dans mon assiette. en entrée et en plat de résistance également, du chou fermenté
      on pourra pas dire qu’on n’a pas été heureux…

      .

      travaille pas trop, et seulement le dimanche, si il fait ni trop chaud ni trop moche 
      et si la vie par exemple ou par hasard ressemblait à quelque chose, ne travaille pas du tout, tout au plus
      les nuages glissent vers l’est, les choses flottent au-dessous – je passe mon temps ailleurs…

      .

      faire le compte et le recompte des raisons de se tenir debout occupe au moins les doigts, à défaut de l’esprit
      alors je reste assis, là sur un banc de fortune, d’infortune ou de bois,
      pansant les plaies d’un dieu qui n’a pas réussi à ressusciter…

      .

      c’est presque la pluie, et j’ai l’impression d’avoir toujours vécu comme ça, sous presque une pluie
      à égale distance du caquètement d’une poule chez le voisin et d’un trou au ventre où l’on ne prend même plus la peine d’aller ramasser les poissons
      morts de l’enfance, messe basse et compagnie…

      .

      la côté est longue, raide la pente, mais pire la descente
      de plus en plus rares les escales où boire un coup, becqueter une frite en matant discrètement la serveuse  en ses lestes allées, et venues
      de sommet y en a pas – que ferait-on d’un sommet, du haut duquel on ne pourrait que contempler toutes les dérogations, consenties plus ou moins librement, au vertige
      – tomber si bas ne nous relèvera pas.

    les restes de la cène
    28 mars 2016

  • la fin de la récré

      on ne peut nourrir la foule avec plus d’un petit pain de mie. on ne peut désaltérer les multitudes avec plus d’un gobelet de cidre. on ne peut assouvir sa soif d’absolu avec plus d’un mégot…

      .

      évidemment il est essentiel que tout se passe à notre insu, que les vérités ne soient que pressenties, et vagues les promesses, afin de préserver en nous la possibilité de l’orgasme, de la conjonction, en un éclair de temps, de l’immanent et du transcendant

      .

      j’aime la nuit où les chasseurs m’ont tué. quand je me suis relevé je n’étais plus la symbiose douteuse d’un spectre et d’une larve, mais l’imminent salut de la population locale

      .

      aller droit au but se révélant la manière la plus sûre de le manquer, je me suis perdu en chemin. un chemin sans s’y perdre fait l’effet d’un tas de caillasse, et les pansements emportés par précaution s’avèrent de grande utilité, quoique d’efficacité restreinte…

      .

      un arbre s’est bien caché derrière le mot arbre, pourquoi donc ne tirerais-je pas la langue jusqu’à ce qu’elle envahisse ta bouche, ou rampante sur le gravier ne s’y plante en piercings les arêtes du Verbe. certes je nage, mais je nage en amont…

      .

      chacun vide son sac. on en sort des crapauds, des trombones, des miettes de chips – et même les saluts que ne vous ont pas adressés les gens croisés dans les villages traversés. chacun vide son sac et ne garde en dedans qu’un ricanement de tête de mort, ou la mince pellicule de matière gélatineuse recouvrant le gland du sud

      .

      cela est nécessaire, incontournable – malheur cependant à celui qui sifflera la fin de la récré.

    28 mars 2016

  • le temps des mégots

      il ne fera pas bon chanter la miséricorde avec de la confiture plein les doigts

      je ne rêvais à rien. quelque chose qui n’était pas encore le destin remuait au bout de mon bâton

      la dernière goutte de lumière vient s’étaler sur l’icône de bouddha juste face à mon lit, d’où j’aurais pu jaillir vainqueur

      tout pourrait arriver, sans racines. sans racines soufflerait le vent, vers l’est. vers l’est, m’arrêtant de temps en temps pour faire le plein d’essence, me dégourdir les jambes

      quand le doute te prend, le trouble te floute, d’instinct tu cherches la mer, une mer, une prairie permanente – la pointe d’un couteau…

      il fallait tout oublier pour se souvenir de maintenant, baisser son froc et chier sur le miroir

      comment l’avouerais-je, des chardons en guise de doigts: la mort me priverait de ce sentiment de solitude, de ce désarroi intérieur – de cet égarement-là…

      dieu n’a pas une pomme, pas une pomme et pourtant dieu n’a pas une pomme. je prie l’arbre de tomber

    le temps des mégots
    28 mars 2016

  • toutes les ombres

      toutes les ombres, je les ai bues
      alors je fais pas trop le mariole
      je délaisse le poème
      – je pisse dessus

      .

      on s’arrêtait là
      on s’arrêtait là et on n’allait pas plus loin
      ça aurait servi à quoi, plus loin?
      on éjaculait là, très tristes…

      .

      il n »y avait pas de pays, ça ressemble
      à belgrade
      j’étais fou désœuvré, et j’arpentais les rues
      il n’y a plus d’amour, plus de ville plus rien
      je marche dans belgrade

      .

      il y a des chiens, des chiens qui traînent
      ils aboient de temps à autre, ils aboient au vide
      alors on les mord

      .

      aime, aime on ne s’aimera point, et tout l’été durant
      on s’habituera à paresser ainsi, à traverser la cour et regarder au loin
      on n’aura plus de poids et ça vaudra mieux…

    28 mars 2016

  • quelques oiseaux mis bout à bout

      mais la pluie s’arrête quand la pluie veut s’arrêter
      mais la pluie s’arrête
      quand la pluie veut s’arrêter
      sinon elle s’arrête pas

      .

      on n ‘arrête pas de travailler
      jour et nuit, on travaille
      alors on a abandonné, et sous le radiateur on s’est blotti
      l’un contre l’autre

      .

      je ne suis le chemin de rien, j’ai juste
      effacé mes mains de tes hanches, de tes épaules, de ta peau
      – sauf accident, tu n’existes pas

      .

      tiens, le jour se lève
      je crois qu’il reste un fond de bouteille
      je suis là juste pour avoir vécu
      et quand jouir ni mourir ne surprennent plus, que fait-on?

      .

      c’est étrange, et pourtant rien n’est étrange
      je t’embrasse sur la bouche – ce sont les bouches qui nous gênent
      le passeport est valide

      .

      j’aime ta langue, c’est fou ce que j’aime ta langue
      je suis un homme sans femme, un homme sans homme non plus
      je suis un homme sans soi
      juste à côté de rien

    quelques oiseaux mis bout à bout
    28 mars 2016

  • la petite moitié qui parle c’est la mort sous mon balcon

      le jour se meurt doucement dans mon dos, s’amenuise se dissout, et je n’ai quant à moi qu’un poème pour toute respiration
      tu ne me comprends pas, tu ne me comprends rien – de mon œil incurvé je ne te regarde pas car je ne te vois jamais qu’en moi

      .

      il faudrait d’abord enlever le son, faire de la vie un film muet. au bout d’un moment on se lasserait de l’image également. la conscience de soi deviendrait alors vite insupportable
      ne resterait plus de l’être que la sensation brute de mon cri dans ta bouche

      .

      j’acquiesce – cela suffit
      herbe de juillet, les hommes jaunissent, s’appauvrissent. on les retrouve un jour à l’état de cadavre et on s’en débarrasse
      les cadavres nous encombrent, l’esprit ne les conçoit pas, l’estomac ne les digère pas
      on se débarrasse du chat par la même occasion

      .

      je parle dans le vide, je parle au vide, au néant du temps et de l’espace – je lui parle en semblants de poèmes, en prières balbutiées 
      prières de rien, d’éteindre nos cigarettes, de ne pas malencontreusement marcher ou buter sur un mort
      même à moitié mort

      .

      je ne sais plus quoi dire. je n’ai pas peur au fond de moi – le fond de moi se trouve derrière la peur
      jouir et mourir c’est la même chose quand plus rien ne fait un, que plus rien ne fait rien
      et que je tombe dedans

      .

      je voudrais ne pas mentir mais je ne sais pas comment faire, comme si le néant finissait toujours par avoir le dernier mot
      on pourrait aller n’importe où, si n’importe où avait un sens – et même tendre les mains quelque part vers ailleurs, mais pas soi

      .

      peut-on s’empêcher de sentir le sang fuir, le pouls s’affaisser, le souffle s’épuiser?   peut-on s’empêcher de sentir l’âme se dépêtrer, se retirer, s’éloigner et grandir?
      empêcher la gorge de se nouer, la pitié de nous envahir, ou la pluie de tomber?

    28 mars 2016

  • nous sommes allés mourir près de tristes avions

      l’herbe ne poussait plus. on avait beau souffler dessus, elle ne pousserait plus
      de larges tombes s’ouvraient de sous nos pieds, mais ça aussi on s’en foutait
      on rayait les lignes de nos mains, on n’avait pas de cœur mais on aurait voulu au moins qu’il fut pur
      on a tout perdu à la fin, alors on a allumé une cigarette, comme dans un vieux film américain

      .

      nous perdions beaucoup de sang, toi et moi
      toi parce que tu es femme, et moi parce que moi
      toi parce que tu es nue, et moi de m’arracher les ongles, me dépecer me désosser
      – à chacun sa façon d’être nu n’est-ce pas, de porter sa nudité
      me manquaient la bouche, les mains de me saisir de la tienne

      .

      nous perdions tant de sang, et nos vies s’enlisaient
      nous étions flaques de sang dans le bourdon des mouches
      le seul moyen de se sentir libre, de respirer, c’était de toujours dire adieu
      même lorsqu’il ne resta plus rien ni personne auquel dire adieu

      .

      dentellier de la perte, j’ai besoin d’un récipient, percé de préférence
      et puis les jours de soif, me délecter de mon humeur amère, et sombre
      nous perdions notre sang vainement, vainement nous le réinjections-nous, sale, contaminé,
      infecte, oui, mais du sang tout de même

      .

      l »autre jour, quand j’ai une fois de plus survécu à moi-même, j’aurais voulu t’écrire un mot
      me manquaient probablement la feuille ou le stylo, la pierre ou les ciseaux…

    nous sommes allés mourir près de tristes avions
    28 mars 2016

  • sur la bouche d’un baiser vide

      je monte sur une jambe, je te dis: où tu passes? je te serre très fort contre moi – j’ai peur que tout cela ne se réduise à rien, peur d’être réduit à rien. si tu n’es pas morte, pourquoi m’aspires-tu dans ta mort?

      .

      qui m’a mordu la main, s’en est allé polir le ciel, et malgré moi je chemine
      les puces chopées sur ton corps me racontent l’ivresse, à l’envers je chemine
      écroué – m’entend-elle? l’oblique me déviant toujours d’un pas vers l’invraisemblable
      et nue rumeur
      l’infinissant 

      .

      elle jouait à la poupée; elle lui brossait les cheveux soigneusement. cela pouvait durer longtemps, je ne sais pas. quelqu’un alors m’a tapoté l’épaule et je me suis retourné – pour toujours

      .

      je me suis endormi la tête entre tes jambes, comme un souvenir du vide, et du vide entre nous. je crois que je suis sorti de mon sommeil par la porte d’un autre rêve, et me retrouvai dans un monde où tu n’existes pas
      j’errai alors sans raison, né d’un refus et hors saison

      .

      trois fois rien font déjà deux fois trop, mais ne suffit pas à se taire
      ce n’est pas entre les lignes qu’il convient de lire, mais carrément au-dessus ou au-dessous du texte – la peau de la langue prise dans la braguette d’un discours métaphysérotique, à moins qu’elle ne serve d’aile sauvage ou de tumeur maligne à l’esprit qui s’essouffle 
      je crains bien c’est entendu, que trois fois rien fasse déjà deux fois trop, et manque encore se taire…

    28 mars 2016

  • se moucher dans les doigts

      remonter le chemin
      simplement remonter le chemin
      qui descend jusqu’au lieu
      où il n’y a plus de chemin

      le chemin sans feu ni lieu
      va loin
      de plus en plus loin
      l’horizon fait une boucle à son oreille

      quand n’est plus resté de dieu que le bois tout pourri d’une croix dans la boue…

      tout est parfait dans l’inabouti, et dans l’insignifiant tout est parfait aussi. nous ricochons de mort en mort vers une existence toujours plus hautement précaire

      il y a la bouteille, il y a le verre
      et sur l’entre-deux vide, le geste de l’homme
      jette une lumière crue

      le carnet d’adresse redevenu vierge, je le jette
      la ligne muette du téléphone, je la résilie
      lorsqu’ils ouvrirent le tombeau, ils n’y trouvèrent personne

      je suis une chambre vide, que traversent
      les luminosités saisonnières et les regards
      cinglants ou adoucis
      de l’au-delà

      simple, c’est à dire à la fois un et infini, a senti tomber en soi la pierre d’un cri
      alors il a ouvert les yeux

      je cherche une jouissance toujours plus grande, une jouissance sur laquelle la jouissance ne pèserait plus, qu’elle ne brouillerait plus: la pure folie d’une liberté sans contenu

      n’ayant rien récolté de n’avoir rien semé, ce n’est pas le vent qui me porte ni me soutient, mais son absence en tout point nette
      tout rayonne d’un amour sans amour, illimité et sans dégoût 

      puisqu’il n’y a de justification à quoi que ce soit, que survivre en la substance libre de l’univers imite le cri déchirant de jouir, on pourrait peut-être maintenant
      relever les stores…

    se moucher dans les doigts
    28 mars 2016

  • quelque chose a cessé de faire flamme

      c’est bête, d’avoir une cigarette mais personne à qui demander du feu. le temps se fait de ces choses-là…

      du fond de la mémoire quelqu’un m’appelle, sollicite  mon attention. c’est peut-être ma petite cousine dans l’allée du jardin…

      à cours d’idée, il me faudrait une remorque, ou bien une brouette – bref quelque chose d’opportunément inutile

      je n’ai rien fait pour venir à bout de ce destin, à part me gratter le dos de la main ou tapoter dans le vide, celle-là

      et qu’un chien nous renverse, ou nous secoue la bourrasque, nous ne lâcherons, ce ballon de nos yeux

      cohabiter avec les arbres n’est pas toujours facile. j’ai donc décidé de faire rase campagne

      rire à l’envers, j’ai beau essayer ça ne marche pas. c’est comme si ma montre me demandait l’heure…

      il n’y a pas trop le choix, nous serons tristes ce jour-là. et ce jour-là venu, nous ferons mine d’oublier, sans oublier vraiment…

      mon désintérêt pour les choses de ce monde m’a coûté en tout et pour tout trois francs six sous, un peu d’arthrose sous l’auvent…

      j’entre dans ma chambre mais ce n’est pas vraiment ma chambre. quelqu’un a retourné le 45 tours sur sa face B

    28 mars 2016

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