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assis là sur un banc


  • fin de la pluie

      les étrangers, ceux qui sont étrangers à tout, la nuit est un éveil
      tout ce qu’il a fallu, tout ce qu’il a fallu de mémoire, pour revenir à rien
      je me regarde, je me regarde me regarder et je me vois partout, partout en rien
      dieu pardonne-moi

      .

      on partira, on partira quand même tu me diras,
      tu me diras où c’est qu’on va et je te dirai rien, parce que j’en saurai rien
      j’ai mal au ventre, j’ai mal au ventre j’te dis
      j’aimerais que t’entendes ça grâce à l’enregistrement audio
      il faut résolument passer à l’enregistrement audio

      .

      je n’ai plus le choix que de l’éternité, c’est à dire de l’être dans la conscience de l’être
      que le mot être et le mot conscience soient bannis de la matière
      et la matière pareil, supprimée à son tour
      et si tu crois pouvoir te tirer d’affaire par un simple poème… je te donnes cent balles, cent balles et tu dégages

      .

      le plus inutile des hommes possède au moins cette vertu-là, d’être le plus inutile des hommes
      il a pissé quelque part, un chien l’a bien senti
      moi, quand je m’en suis retourné il n’y avait plus personne, il n’y avait même plus moi
      pour me suivre ou pour me reconnaître, quitte à me méconnaître
      alors j’ai bouffé l’clébard

      .

      la pluie s’est arrêtée, arrêtée
      elle aurait pu continuer, continuer
      j’ai cru que le temps allait me survivre, survivre à ma passion
      je n’y comprenais rien, je n’y comprenais rien non plus
      désormais toujours pas

      .

      la vie est un homme mort
      debout mais par pitié, la vie est un homme mort
      chaque fois que je crie tu t’embourbes un peu plus
      tu culmines au point zéro, petite trousse,
      petite trousse de voyage…

      .

      dieu d’un seul homme, penche-toi
      par la vitre de la portière, prends
      une sacrée bouffée d’air frais, une
      baffe de vivre, dieu d’un seul homme actionne
      actionne la vanne de vivre
      parce que là sincèrement
      je me sens pas trop bien…

    27 mars 2016

  • qui meurs-tu?

      il y a un chemin ça veut dire que des pas l’ont tracé là devant moi, et je ne sais que faire du chemin
      le choix s’avère réduit d’ailleurs: avancer; rebrousser; s’asseoir là sur un banc et regarder passer, se regarder passer, regarder ne rien se passer
      la dernière fois que je suis mort j’ai vraiment cru y croire, mais là seul entre moi je n’y crois plus vraiment, sans même savoir quoi…

      .

      j’ai voulu te parler mais je me suis trouvé sans rien à dire, comme écourté. j’aurais menti de toute façon – de toute façon peut-on ne pas mentir?
      la navigation ça bouge trop. l’espace ici convient mieux aux transports ferroviaires. les trains sont beaucoup plus à l’aise en ces situations-là
      vraiment tout dire, ne serait-ce pas du suicide? se dépouiller et dire vas-y, frappe maintenant, lacère? le syndrome de la victime expiatoire, du martyre consentant – vous ôter votre slip, madame?
      j’ai toujours voulu revenir, revenir quelque part mais je n’ai jamais su où

      .

      tu crois que je meurs alors que justement je fais tout pour ne pas, à tel point que je me suis fait mine sous chacun de mes pas
      et je rêve d’un champ nu, une ruine de champ où auraient explosé toutes mes mines, et la mort assumée
      je rêve enfin d’aimer, que le vermoulu de la croix se change en sel de la mer, et qu’en lécher le sang élève un tant soit peu
      la vague de vivre au-dessus de son creux…

    qui meurs-tu?
    27 mars 2016

  • la pluie qu’on ensemence

      j’avais un mort, j’avais un mort sur le côté
      maintenant il est mort, et je ne sens plus ce côté-là
      j’avais un mort sur le côté, de ce côté-
      ci il me sent plus non plus
      non plus

      .

      les êtres sont debout
      debout sur leur vélo, en danseuses exténuées
      on les adoube on les frictionne, on leur demande alors, c’est pour quand?
      les êtres meurent debout, les êtres chient debout
      leur âme millénaire, leur calcul rénal
      et ils meurent debout
      – évidement, après on les couche…

      .

      je voudrais être bête. pas une bête – juste bête
      avec une petite pension
      avec une petite quéquette, un petit boudoir à tremper dans le lait caillé du petit matin
      je voudrais te donner un sou
      un sourire
      ou n’importe quel truc qui soulage
      d’être

      .

      héron quand on y pense, héron d’une étendue – héron sur pilotis, un pied dans l’eau le cul à l’air, j’aime
      passionnément cette misère, ce non-lieu d’être, cet
      extrême marécage où le ciel avec soi-même joue à cache-cache, à coucou-le-voilà, à miroir o mon miroir
      entre les herbes folles et sans y prendre garde
      se noie

      .

      d’entonner un petit air peut-être, un petit air tout bas
      à bercer le nouveau-né, le nouveau-mort venu
      à tâter d’une main paresseuse, langoureuse et connaisseuse
      le trou subtil du panier

    la pluie qu'on ensemence
    27 mars 2016

  • la pluie déconnectée

      ceux qui sont revenus ne débouchent pas le doigt de leur cul, c’est navrant
      quand je pense que je n’ai rien appris, rien appris, et qu’un ciel gris médite lourdement sur l’herbe coupée, et qui jaunit
      on se venge par le sexe, on se venge par toutes sortes d’expédients, de substituts plus ou moins licites
      on pardonne avec un bout de biscuit écrasé au fond de la poche…

      .

      si seulement je venais de quelque part, je voudrais y retourner, retourner là d’où je viens
      mais surtout ne plus aller nulle part, ne plus s’abandonner au hasard, sucer la buée du premier nénuphar…
      les êtres sont les êtres, ils ne sont qu’expérience – seules les pierres s’arrogent connaissance, d’instinct se jetant à la tête des veules, des vilains et des veuves
      – d’instinct pourtant

      .

      mon nihilisme n’est guère abstrait, et c’est ce qui le rend si gai
      un peu d’hémoglobine, une odeur de menstrues, ou le pénible martyre des peuples dont la langue ne connaît qu’un seul mot pour signifier le rouge
      et le beau
      bref l’amour total, le sens du fatal allias la sodomie des anges, tout à votre plaisir madame
      et bien l’bonjour chez vous

      .

      tu ne m’habites pas; tu ne m’habilles pas non plus
      tu te contentes de soupeser mes testicules, genre pour en évaluer le poids, le prix payé comptant sur le marché des bourses
      il m’a fallu tant de haine, user la haine jusqu’au tendon de l’âme, pour enfin parvenir à l’indifférence blessée
      laquelle après tout constitue la forme d’amour la plus honnête, disons la moins corrompue, en tout cas la plus appropriée
      à chausser pour glisser sur la vaste patinoire des siècles…

    27 mars 2016

  • la pluie à double battant

      ceux qui sont revenus ne sont jamais tout à fait revenus. ils ne vivent pas, ils hantent leur vie. ils errent immobiles dans des lieux qui leur restent fermés
      emmurés dans l’espace, ils glissent le long d’un éternel couloir où la pénombre amortit le son de leur pas, et leur voix ne porte pas
      ceux qui sont revenus ne touchent plus le sol, le ciel les écrase, aboyant à leur mort – ils ne tiennent
      à rien

      .

      je façonne un espoir, un espoir vrai, un espoir vif
      avec mes crottes de nez.
      le temps est à l’orage, les bêtes font divorce, le temps est à rien
      je façonne un espoir ne débouchant sur rien
      et j’envie ceux qui fument…

      .

      dieu énorme gardien de but bouche tout l’horizon
      petit pion, tout petit pion, avance d’une case
      il va se faire bouffer, on lui dira même pas mat
      j’ai une pensée tendre, mais je ne sais pas pour qui, je ne sais pas pour quoi
      je crois que je vais la mettre en vente sur le bon coin

      .

      j’ai carrément étripé un crapaud à le grelinette. il est resté à bouger comme un bébé dans son premier bain, occis sur une dent
      quand je l’ai retiré, ses tripes sortirent du ventre en un tragique harakiri
      il a mis un moment à crever. comme tout l’monde…

    la pluie à double battant
    27 mars 2016

  • le discours aux animaux

      j’avais attendu tout ce temps et je sais qu’on n’attend jamais pour rien, car l’attente sécrète le temps pur, hors lequel on n’est plus que de l’être mais jamais cette attente, folle et aberrante,, d’être, hors laquelle être n’est rien

      .

      il n’y a en moi aucune trace d’objectivité – que de l’abstraction sans analyse, la transcendance noire immaculée
      toute la douceur de vivre me déchire jusqu’au fond, la racine pendante – je ne crie pas parce que j’ai l’habitude
      après avoir fait en sorte que plus personne ne me croie, je peux désormais cesser de dissimuler

      .

      tellement hors-jeu, comme si j’avais traîné des décennies durant
      ce foutu accent picard, qu’on arrache d’une seule honte genre c’est des amygdales…
      je t’aurais frotté les muqueuses finalement tu m’aurais
      balancé ton genou dans les couilles

      .

      on se prend pour n’importe qui n’importe quoi ça prouve quand même que quelque part en nous un dieu se lève
      et se révolte
      comme si l’éternité ne lui suffisait pas et que l’on doive lui servir d’alibi
      pour faire n’importe quoi, être n’importe qui

      .

      j’ai besoin d’infini, de lieu énorme où hurler
      sans qu’on m’entende
      sans même que j’ouvre la gueule.
      j’ai envie de pleurer je sais pas d’où ça vient
      me manque juste une raison
      de pleurer.

      .

      il y avait l’homme il y avait
      le poisson aussi
      personne n’était parfait.
      j’arrive pas à bénir le réel, j’ai beau m’efforcer, tendre les lèvres, tu ne m’embrasses pas non,
      tu ne m’embrasses pas.

    27 mars 2016

  • vendanges tardives

      je me suis amusé à nulle part où aller
      puis je me suis pendu au poteau du rebut
      me revoilà enfin, petite mère, à t’étriper le ventre
      avec un mouchoir sale

      .

      tu te tais
      un jour où tu te tais, tu respires
      on n’aurait pas su où naître de toute façon
      dans la piété, la toute petite piété inutilement
      vissée au creux

      .

      j’ai plus que trois doigts
      les deux autres, aux extrémités, on sauté… quelque part
      comme on se jette à l’eau, tranche dans le vif, se claque une veine…
      je pleure, mais je pleure jaune
      à la place de l’âme ou bien plus bas encore: 
      un pissenlit

      .

      ravage-moi. tu diras shut, ne crie pas
      je sais pas ce qui me prend avec cette envie de ravage, la vérité d’la bouche d’un ventre…
      où aller plus loin que dieu, que le néant de dieu
      où aller au-delà, encore et toujours au-delà
      – quand on ne se supporte plus d’être…

      .

      une fois de plus, un trou
      un trou à l’envers, ou si j’étais moi l’envers de ce trou, enceinte de ma propre absence
      toute la grâce du monde, ce miracle ambiant et permanent
      dans un panier percé…

    vendanges tardives
    27 mars 2016

  • pas à l’intérieur non, mais hors de tout esprit

      les prisons dont on ne s’évade pas n’ont pas de barreaux scellés aux murs
      d’ailleurs elles n’ont pas de murs non plus, et leurs portes s’ouvrent béantes
      sur le néant des jours
      et les plaines bettravières…

      .

      le jeûne n’a pas besoin de dents, les mots eux-mêmes
      tombent en désuétude…
      porte-moi en terre
      porte en terre
      ma dépouille
      orne la fosse d’un caillou
      un seul caillou
      et vas t’en
      à ton tour, vas t’en
      vers où tu vas, vas t’en

      .

      ne fais pas d’étincelle
      cette fois ne fais pas d’étincelle
      sonne mate
      et muette
      et morte
      pierre morte
      avec le regard fixe
      de la morte…

      .

      on triche pas n’importe comment
      on triche pas avec les doigts
      on triche pas la braguette ouverte
      on triche avec les mots, avec le temps qu’il fait, le temps d’en face
      on triche pas n’importe quand

      .

      une brassée 
      une brassée de coquelicots
      qui pourrissent
      qui pourrissent au berceau
      de l’enfançon mort-né
      d’un jésus avorté
      d’une croix bras repliés
      et qui fait dodo

      .

      je vais nu
      il ne manque rien
      à l’absence.
      qu’une pierre me frappe
      et frappe le visage
      mon visage si nu
      qu’une pierre le traverse
      en plein mille
      et unième nuit

    27 mars 2016

  • les variations alzheimer

      petit jésus en marcel, flottant
      au-dessus de l’espace, cinglant.
      les chiens ne font plus les fous, assis là sous la croix, jappant
      recueillant quelques miettes de sang, rognures de sueur
      des chiures de larmes tombées dans leur écuelle, bon dieu…

      .

      j’ai mis du temps, j’ai mis du temps avant, toute activité cessante,
      de comprendre
      et de consentir
      d’ailleurs ai-je vraiment consenti, alors qu’à la première faille dans ton jeu de jonquilles tu me verrais bondir, 
      te sauter à la gorge
      mu d’une volonté une, inébranlable, venue du fond du ciel
      de dessous les airelles
      de l’odeur d’tes aisselles…

      .

      non je ne pense pas, je ne pense pas te dis-je: je pue
      je pue toute ma fierté d’enfant, tout mon orgueil d’homme – et les humiliations…
      quelques gouttes
      on dirait qu’il tombe quelques gouttes…

      .

      sur l’homme règne l’idée, et sur son lopin de boue ou de caillasse: l’homme
      enfin… chacun prend son bâton et se trace un destin dans la poussière coincée entre ses orteils on respire
      on respire
      on respire et le souffle s’use pas

      .

      je ne m’attendais pas
      je ne m’attendais à rien en fait
      ni au sourire en coin, ni au poil à gratter dans les chaussettes
      alors pour ce qui est de l’averse tendue, de tes seins perçant à travers les brumes d’un arrière-sommeil…
      – rien à faire, je n’ai jamais rien eu à faire je me jette
      sous la première brise venue…

    les variations alzheimer
    27 mars 2016

  • je m’étonne d’être encore vivant, de n’avoir pas tout bu

      puis nous nous sommes abrités
      sous un lac de circonstance
      il faisait bon y croire
      croire que ça durerait
      encore une heure ou deux

      .

      lorsque tu t’effaces, tu t’effaces de quelque part
      et quelque part s’effraye…
      tu tentes de tourner vers moi la tête, me sourire ou me dire quelque chose je ne sais pas mais
      moi je te secoue toujours, prunier en proie, je t’inflige cela
      et quelque part s’effraye…

      .

      t’as rien compris t’as rien pigé, t’as juste droit à ta (maigre) pitance et ferme-la
      si on meurt d’accord, mais on meurt à côté
      fébrile et piteuse, on choit sur le côté

      .

      la vie de plus en plus se ressemble, et cependant s’accentue la menace
      comme si l’abîme collait à la plante des pas, s’amassait sous la paupière
      encerclait la rétine…

      .

      quand il n’y a plus d’issue, que ça cède et ça craque de partout, on est tranquille
      tranquille encore pour un jour ou deux.
      à vivre dans l’impossible, strictement irréalisé, à ne plus ressentir, à ne plus s’éprouver, ça va
      ça va bien pour un temps

      .

      plus un seul jour sans l’idée très précise de l’absolue non-nécessité
      d’être et de toute chose.
      éjaculant le néant dans le néant (les jolies cendres d’artifice…), navrant et jubilant
      retardant plus longtemps, fatal, retardant d’un instant, bancal,
      le dénouement final

    27 mars 2016

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