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assis là sur un banc


  • s’ils tenaient tant à leur douleur, c’est qu’elle seule leur permettait de supporter le non-sens de leur vie

      toujours à côté de toi une trombe d’eau, on aurait dit. ou bien elle te soufflait doucement sur le visage et c’est sans doute cela qui te réveilla

      j’ai mille francs, mais qu’est-ce qu’on peut faire de nos jours avec mille francs? passer tout un mois à bouffer des pâtes et à fumer des clopes, ou tout claquer en une nuit avec des filles. ou sans

      j’ai perdu mon chemin. d’une certaine façon ça m’arrange: je ne tenais pas vraiment à aboutir quelque part, ni à ce que tout cela finisse un jour. j’aimais simplement dériver, dériver, toujours plus loin au large de ta fenêtre…

       j’avais toujours peur d’arriver en retard, que la glace fonde avant que je ne l’aie finie, qu’elle me quitte alors que j’étais encore en train de me déshabiller. heureusement il y avait la plupart du temps une bouteille d’eau à proximité, ou à plus ou moins longue échéance

      ils se sont tous réfugiés sous leur parapluie. j’errai au hasard, trempé, perplexe, transi. le soleil d’un corps nu m’a traversé l’esprit. rien que l’esprit

      il faut aussi faire un tour par là-bas. un détour. c’est une façon parmi d’autres de ne pas s’y retrouver, de ne pas se relever. nous nous envolons dans tous les sens du terme. nous nous envolerons

      la nuit tombe toujours à la même heure dès lors que nous réglons l’heure sur la tombée de la nuit. j’ai mis mon corps nu au milieu de l’espace et j’ai attendu qu’il se mette à luire

    28 mars 2016

  • des nuits plus froides

      lorsqu’ils s’aperçurent que l’étoile du matin était aussi celle du soir, ils firent un bond de joie

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      surtout l’homme qui roulait à ses côtés, et dont elle aurait très bien pu éprouver physiquement le contact – un contact

      .

      ils ont mis leurs deux pieds dans le même sabot. du coup ils ne pouvaient pas danser. et pour faire l’amour ils durent recourir à leurs mains

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      un chien viendra. il te mordra. ou bien s’allongera gentiment près de toi, la tête reposant sur ses pattes. « cela dépend du chien » tu me diras – mais je ne t’écouterai déjà plus

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      porter une vague sur l’épaule déstabilise la personnalité et confère une démarche pour le moins insolite. mais le fait même que rien ne soit certain n’est pas vraiment certain

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      elle aimait l’après-midi venir s’asseoir sur l’herbe. elle imaginait des choses – par exemple comment laver le sexe d’un homme après emploi en tirant sur le prépuce afin de dégager, décalotter, retrousser le gland. en même temps elle regardait des gosses jouer au foot – l’un d’entre eux courant en marge de l’action réclamait sans arrêt le ballon, mais personne jamais ne lui faisait de passe

      .

      je suis un peu écœuré. prendre conscience de ma réalité évidemment me rassérénerait, or je me dis qu’avant tout, ce dont j’ai besoin, c’est de ne pas m’y fier

    des nuits plus froides
    28 mars 2016

  • je le sais parce que je vous parle depuis la fin du monde

      tout à coup le monde s’emplit de papillons. et c’est le monde alors qui parut éphémère au regard de l’irrésistible et fragile jaillissement, errance jubilatoire d’un moment de pure éternité suspendu par quelques maladroits battements d’aile au-dessus du trop raisonnable néant
     on appelle ça la grâce parfois, mais cela vient sans qu’on l’appelle, sans qu’on y croie vraiment, naïves victimes du miracle…

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      je n’en médirai point. j’ai peur du loup. la nuit surtout – le jour je m’en languis
      savoir fermer les yeux par moments pour à d’autres moments savoir les garder ouverts – ouverts à quoi? et jusqu’où?
      je me baisse pour ramasser quelque chose par terre. qu’importe ce que c’est, si c’est la vie comme elle vient ou Iseut incomprise, de tout un chacun trahie…

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      je passe chaque chose à l’épreuve du sens et au final je fais n’importe quoi, parce qu’il n’y a simplement aucun mérite à être héros sans être avant tout lucide: le sacrifice total qu’implique la beauté du geste ne découle que du désespoir, que de cette conscience ne laissant d’autre choix que de fonder l’acte sur un principe qui l’affranchisse de toute efficacité – ce qui au premier abord l’apparenterait à de la très pure vodka, au second à l’arbitraire en tout lieu, et finalement à l’universelle compassion telle qu’on en découvre la passion dans l’œuvre des grands russes

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      avant tout j’aime tout de vous, mais je ne supporterais pas que vous vous mettiez nue devant moi, eut égard à l’idée…
      je ne tiens pas à revivre ma vie, fut-elle débarrassée de toute pesanteur, et du temps. alors j’en viens à l’essentiel: avez-vous jamais rêvé d’autre chose que de vous-mêmes? ne vous êtes-vous jamais dégoûtée de vous-mêmes à cause de moi? l’oubli d’une certaine façon ne trahit-il pas la mort?
      voyez: je n’ai rien dans les poches, rien sur moi, je ne porte nul bagage, déteste les aéroports et cependant je vous l’avoue, je n’aime plus la mort depuis que vous ne
      l’habitez plus

      .

      la vie c’est une mort, une fille qui jouit
      à tors ou à travers
      elle s’appelle comme ci, elle s’appelle comme ça, la vie est toute morte – elle sent le pissenlit, la chatte mouillée et le miroir qui crisse sous l’image
      je ne comprends pas pourquoi je vis encore, comment j’ai pu jusqu’ici échapper à une mort certaine. en fait je n’échappai à rien: la vie tout simplement s’arrange  pour que la vie perdure,à travers l’un à travers l’autre, et de fleur navrée en figure désolée – moi je n’y suis pour rien…

    je le sais parce que je te parle depuis la fin du monde
    28 mars 2016

  • ou par une autre route

      un certain degré de condensation produit l’homme, la mort au centre
      ne prémédite rien

      le plus intérieur et le plus extérieur se rejoignant, ainsi les choses pleuvent-elles entre l’un et soi-même, comme en l’œil
      de l’un

      un certain degré d’évaporation répand la mort à sa surface, la mort à son chevet, la mort  
      à son miroir

     
      .


      j’empoigne le verrou. quelque chose hurle au-dehors, assourdi au-dedans par toute l’épaisseur
      drainée entre les deux

      je ne m’amuse pas. c’est d’ailleurs ce qu’on appelle un sale temps, grise tourmente
      à la fenêtre

      tout cela jette une ombre sur le précipice – on en conclurait trop facilement
      à la nuit intérieure

      je pleurais tout l’été, hadji, je pleurais tout l’été – est-ce ma faute à moi
      si l’été dure encore?


      .


      polir le miroir, polir le miroir – on l’a tellement poli le miroir que rien ne s’y ressemble
      plus

      à chaque fois tu crachais, tu crachais dans tes mains, les miennes ou celles d’un autre
      on ne rattrape que ça 

      le reste nous fuira, nous fuit, nous a déjà fuit sans doute, sans même qu’on s’en doute
      ou par une autre route

      voilà tu as fini. tu dis pas au-revoir. tu pars le cœur vide, vraisemblablement vide, pierre au fond
      de ma poitrine

     
     .


      le jour se lève, où le jour se lèvera. nous tombe de l’éternité la pauvre sciure

      d’ici-bas, pour de fastueux châteaux en espagne, l’amour des lointains
      et les toilettes sèches

      le jour se lève, où le jour se lèvera et parlera aux hommes
      aux plantes d’ici-bas…

    28 mars 2016

  • alors on est allé aux mûres

      deux ou trois souvenirs suffiront à traverser l’oubli, le rêve s’appauvrit. le rêve s’appauvrit, tous les deux ou trois jours je m’en vais voir la mer, or ma mer n’y est pas
      –  tant pis

      pire: il y en avait encore qui dessinaient, par terre ou à même leurs grolles, des traces de ce qu’ils n’étaient plus sûrs avoir jamais vécu

      je ne suis pas sensé demeurer dans ces parages. je porte la gourde à mes lèvres sans espoir vraiment d’y trouver à boire, mais dans l’impossibilité d’exclure tout à fait le miracle

      j’aime les jours gris. j’aime que le monde soit celui qui instaure la distance, me poussant à la marge. j’aime habiter cette marge, arpenter ce vide entre nous, respirer le vide où se parachève notre déconditionnement 

      il n’y avait pas vraiment le choix: c’était ou exister ou rien. or rien ne se choisit pas. nous sommes donc aller ramasser des mûres, en contrebas, vers l’étang…

    alors on est allé aux mûres
    28 mars 2016

  • et les doriens rentrèrent chez eux

      j’aurais voulu t’appeler mon frère si t’étais pas une fille. le ciel rentrerait certainement bredouille chez lui s’il avait où rentrer. quand tu as accouché d’un autre j’ai pris l’enfant dans mes bras, et j’hésitai longuement entre l’étouffer ou le confier au fleuve…

      .

      le danube était beau ce jour-là. on ne sait jamais pourquoi tel ou tel jour le danube est beau. je me suis dit il va vers la mer – il va vers la mer, lui aussi

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      le pain rompu, les amitiés dédites
      le christ descendu de la croix – ils s’y prirent à trois ou quatre bien-sûr…
      les lieux du retour m’écartèlent, les hommes sur la route me saluent
      d’un bref signe de tête

      .

      pauvre la terre, qui appartient aux pauvres
      d’ailleurs qui n’est pas pauvre, les pieds sur terre et le cœur en misère, le verbe haut, toujours trop haut
      terre des pauvres… ils crachent dans leurs mains ou les miennes – aujourd’hui c’est grève perpétuelle, aujourd’hui,
      c’est le fleuve en jachère…

      .

      me dis-moi que me dise, c’est le fleuve en pâture, c’est tant de bonté tombée
      dans la gueule du loup, l’auge des méridiens qu’importe, qu’importe puisque nous sommes là, raccrochés à l’espoir fou
      qu’aimer ne sera vain…

    28 mars 2016

  • les miennes ont chanté leur chanson

      dans la danse endiablée de Zalongo je n’ai voulu rentrer. des ailes n’ont poussé, les bêtes se sont terrées – engendrant ma propre mort je me suis égarée. les bêtes se sont terrées

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      la valise prête, la destination incertaine – je crois que je vais rester là, attendant que mort se passe…

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      une huître parmi nous. une façon de nourrir son angoisse, de répondre présent à tous les jours absents. c’est finalement mourir de ne rien révéler…

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      je marche pieds nus dans la maison. de grandes enjambées sur de petits pavés, me dis-je. les miennes ont chanté leur chanson, me dis-je. il faudra bien rentrer chez soi, me dis-je encore

      .

      chien sans maître, bras échappé à sa montre, petit soleil crachant quand les autres sont morts. je suis prête maintenant, pieds ballants dans le nulle part, le beau nulle part d’ailleurs…

      .

      on pourrait peut-être manger, les crevettes les fœtus, tous les enfants gâtés. on dirait qu’on s’aime même si on ne le pense pas. en fin de nuit on se retrouverait seul face à la face de rien pour une soupe à la fois
      résurrectrice et suicidaire…  

    les miennes ont chanté leur chanson
    28 mars 2016

  • que le ciel nous vacance

      nous aussi on s’écrase sur de vitreuses transparences. nous aussi on arpente l’invisible, en quête d’une issue à l’incompréhensible. ouvrir la fenêtre à une mouche…

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      vivre à vide, chanter à jeun. une péridurale afin de faciliter la douloureuse prise de conscience, qu’un souffle (rien qu’un souffle), brasser la gadoue sur quelques mètres (quelques mètres pas plus) se paie comptant d’un creux au cœur, d’une nausée, d’un peu de sang qu’on vomit sur son g’nou, pou, hibou, doudou – qu’on vomit sur son doudou

      .

      vivre en sursis, c’est à chaque instant osciller entre la chute et le miracle. sur la corde noueuse d’un poème tenter d’éphémères transparences, de fulgurantes évidences ou, si vraiment ça se gâte, se mettre en bouteille, simulant un bien vain appel à témoin…

      .

      les contreforts du jouir. c’est pas moi qu’a commencé l’premier et d’abord j’ai glissé. je ne sais plus m’y prendre pour ces choses-là, l’instinct détricoté, le canard tout crotté. la vie me chienne jaune…

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      et puis au fond c’est ça ou rien. ça prend du relief à contre-rien. ça ne casse pas des briques, ça se faufile entre les herbes hautes à l’ombre des grands saules. ça se sent monter monter, et ça éclabousse toute la nuit d’un seul coup comme ça, pshit…

      .

      on meurt toujours quelque part en chemin, ou avant terme, entre une main qui t’étrangle et l’autre qui te lâche… une jambe qu te tache et l’autre qui ne trouve plus le sol… on ne se suffira jamais c’est pourquoi chaque pas équivaut exactement à un non-pas, et la raison pour laquelle on le franchit ou ne le franchit pas ne nous appartient pas

    28 mars 2016

  • une, une seule

      les hommes ont rongé leurs plumes. ils crachent un peu de sang mais ça ira. ça ira de toute façon

      les pleurs quand on pleure mais d’abord pas vraiment. mourir tout cru ne fera de toi qu’une bouchée

      afin d’attiser la flamme, ne rien trouver de mieux que de noyer la torche dans le noir, le plus complet 

      ça ne fait rien: on rejaillira du point zéro et pis voilà, les oreilles un peu décollées sans doute, mais le regard droit devant soi

      emmitouflées dedans leur peau, elles se font belles entre leurs os. je les aime bien quand même – elles me rappellent toutes quelque chose…

      on fait comme si ça allait durer, mais en même temps on fait comme si ça n’allait pas durer longtemps – quelques heures tout au plus, à se regarder sans plus se reconnaître…

      tu le prends tel qu’il est c’est à dire indifféremment, et quand tu le reposes c’est déjà autre chose, de plus profond en soi

      ta vie comme un décor en carton-pâte, HLM avec vue sur le danube ou quelque chose de grand, qui ploie aux extrémités sous le poids de ces extrémités

      sais-tu seulement combien j’ai mis de temps à dresser la crête d’une seule vague sur le chauve océan? je me penche et vomis par dessus bord – ça soulage le temps, me dis-je

      j’ai peur à tout moment, à tout moment de tout moment, il me mord dedans. à force de creuser j’expulse le rêve d’être enfant. ça saigne de soi dans l’air le plus apparent, cristallin du moment

    une, une seule
    28 mars 2016

  • d’une berge à l’autre

      nous ne nous endormirons plus sur le même talon. il flotte à travers moi
      quand je me réveillai, un paysage semblable
      remplaçait ce paysage, alors
      alors j’ai fait comme toujours, aspiré par le vide en queue de chaque pensée…

      .

      comment se supporter soi-même, et quelle horreur que de se supporter quand tout un soleil levant
      piétine l’horizon, attendant qu’on écarte les jambes et le ponde en substance, en essence, voire en inconnaissance de cause
      on s’y brûlerait comme des mouches en se répétant à l’oreille et à l’infini ce mantra défectueux:
      faut bien vivre sa mort, non?

      .

      qui désespère aura un bonbon
      les nuages s’amoncellent, j’ai perdu tout accent, je vais bientôt retrouver la maison au bord du vide
      et s’il faut choisir entre fenêtre ou volet, je te pisserai dedans, tout simplement
      – c’est si facile d’être heureux quand ça ne sert plus à rien…

      .

      ici ne sert que d’appui à ailleurs, la bête libre, l’aile écarquillée
      je t’ai sucé la chatte toute la nuit, et ne reste en mon âme que le goût d’un regret, d’un hébétement face au fait d’exister, mais d’exister vraiment
      le néant source pure. seul un être en y tombant parvient-il à le ressusciter, soufflant la bulle d’un zéro à l’oreille noire du silence
      – disons que ça fait partie de l’errance…

    28 mars 2016

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