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assis là sur un banc


  • absolution permanante

      et maintenant que toute raison cède, que les choses ne sont plus que ce qu’elles paraissent et ne paraissent plus
      que ce qu’elles sont, ou à peine; que le sens du moi se réduit à peau de mouton délavée sous la bruine perpétuelle, je me fous
      du lieu où je meurs: il suffit que ce soit un lieu, haut-lieu ou non-lieu,
      qui ne se situe pas…

      .

      la trajectoire aléatoire d’un ballon de rugby ricochant de ci, de là, ressemble à notre histoire, je veux dire à toute histoire
      j’ai beau m’arrêter là, regarder à droite ou à gauche voir si personne ne vient, la trajectoire érotique d’un ballon de rugby semble désespérée,
      insondablement close…

      .

      j’aime la vie comme un enfant, deux enfants, trois enfants aiment la vie aussi
      libre et désemparée, c’est ainsi que la vie glissa sous les pas du premier enfant
      le deuxième moment d’un excès de tendresse se brisa, n’ayant su retirer à temps son bâton de la bouche du dedans
      le troisième erre toujours, et par monts et par vaux j’imagine, puisqu’on le dit comme ça, de même une mouche qui se ressemble s’assemble
      mais pas lui

      .

      je ne suis moi-même qu’abandonné, reflet vers lequel se tourne l’absence d’un visage
      je n’irai cependant pas cracher sur le corps de la mère, ni m’essuyer les pieds sur l’ombre de ce père – j’irai me promener, happant les messages troublés du soir qui
      s’affaisse. il faut qu’il fasse beau demain, un jour après ma mort…

      .

      c’est un peu grave ça, en arriver au point qu’un moindre geste de tendresse me ferait grimper les larmes jusqu’au trop-plein des yeux, grincer le souffle dans les sept trous de vivre
      alors que jamais je ne mens davantage que lorsque je suis sincère, avec un ulcère planté là, en guise et à la place de l’âme,
      quant à elle transplantée ailleurs, carrément tout ailleurs, là où personne sans doute
      ne l’avait appelée…

    absolution permanante
    28 mars 2016

  • jusqu’à l’abîme et plouf

      jouer à l’avion, à la sainte famine, aux regards froncés
      d’anges emmitouflés dans leur linceul d’ennui gueuler, gesticuler
      sans voix sans bras, siroter d’un dé à coudre la lie
      d’un vin qui ne saoule guère…

      .

      plus qu’une ligne, à fuir à s’ouvrir la main plus qu’une gare
      sur la carte déserte
      et qui n’existe pas, ou que rien ne dessert où fuir, où fuir en quel sens du cercle
      troué de vivre
      et de descendre

      .

      quelqu’un est là, ou du moins quelqu’un a t-il été là,
      las de prêter ses yeux aux détails de mon absence, de fouiller dans le noir d’une bouche à tâtons,
      d’une bouche à l’adresse écornée…

      .

      j’avais un nom
      un nom inscrit au front, au fronton les armoiries
      d’un visage en queue de foule ou le souci déjà
      d’un amour fol
      mais manque de bol…

      .

      que me porte ou me déporte
      l’envie d’en rire, de me pendre parfois
      au cou d’un autre code, d’un repos suranné sans doute
      à la poutre d’un secours et se taire où me porte, me déporte…

      .

      une chapelle sous chaque bras, l’effort constant
      d’errer sans y paraître peut-être, ou ces roses en ma mémoire
      tombées des nues
      et rassagies…

    28 mars 2016

  • pas bon chanter

      ne rêve plus, somnifère à bout rond, de fond en comble l’œil s’effondre
      je me parle
      je me parle d’un temps qui fuit, d’un jour à la première personne, d’une façon saugrenue par ailleurs
      de passer outre, juste en glissant dessus…

      .

      et de fil en aiguille, d’arianes démaquillées en sciure de soupir, recoudre tout un gouffre, rebâtir la légende d’une vie et même, si le temps le permet,
      partir de nulle part, figure déshydratée
      pour arriver nulle part, eau chaste enlégée d’un sourire…

      .

      flâner
      écho rebondissant de flaques enrayées en décombres ensoleillés flâner
      rouille ma bosse, les cheveux sur ma brosse, perdre le nord
      le retrouver plein sud à l’aune
      d’une errance limpide, d’un désespoir tranquille…

      .

      un léger, très léger
      trouble de l’éveil, dysfonctionnement des ombres sur trajectoire fuyante
      l’invocation d’une pente nuque raide, l’orgasme mis au formol quelque chose pourtant
      remuant la lie de la mémoire
      me fond sur la langue, se glisse sous les ongles…

      .

      héritier d’un monde à part, d’une marée si basse, d’une écluse en cale sèche bref d’un long
      d’un très long somnifuge, où le malentendu ne cède en désespoir de cause
      qu’en l’oubli s’égosillant en vain…
      en vain…

    pas bon chanter
    28 mars 2016

  • la boue de nous ne colle pas

      un autre jour y avait personne, y avait personne à la fontaine aux innocents
      j’étais enterré dessus déjà, enterré dessus parce qu’au-dessous y avait plus la place déjà, y avait plus la place pétard vomi
      et la fille qui s’ennuie…

      .

      j’ai l’impression d’être les ailes alors que manque l’engin, l’ange ou le volatile qui les porte j’ai l’impression mais je me goure peut-être
      de sauter pieds joints mais où – il n’y a là pas de flaque, mon amie s’est pendue
      au radiateur monsieur
      au radiateur madame, mon amie s’est pendue
      quelqu’un l’a dépendue

      .

      les morts arrosent leurs morts, prient aux heures convenues, font l’amour comme un mort fait l’amour à la mort les morts se brossent nos dents, enculent nos nounours et nous accusent de tout alors que tout ce qu’on voudrait nous, c’est sortir à la lumière

      .

      j’aime pas, j’aime pas ta tombe tu sais, et pourtant ta tombe c’est l’espace infini
      j’aime pas ma tombe non plus, j’ai besoin d’infini, je me sens à l’étroit comment dire, il n’y a rien à espérer ni d’ici ni d’ailleurs
      j’arrive juste pas à comprendre cet amour au fond de moi, dont rien ne vient à bout, que rien ne peut crever
      sauf un stylo qui fuit…

      .

      sévissait la sécheresse. alors j’ai dansé, moi qui ne danse pas
      à la base il n’y avait rien du tout, et au sommet non plus il n’y avait rien du tout
      alors on est allé se baigner, faisant comme si on avait un corps, comme si on avait une soif et tout ce qu’il fallait pour étancher cette soif
      en fait, on a essuyé des cailloux…

      .

      dormir debout, comment tu comprends ça toi dormir debout, et même dormir assis, mourir vivant et pourquoi pas te dire chanter sans voix, sans voix tout au fond du bois….

    28 mars 2016

  • l’imminence du naufrage

      la pluie se serre contre la pluie, on n’en crève pas non plus
      simplement on pourrit, la mémoire occupe de plus en plus l’espace de l’oubli et ça fait mal, nulle part, c’est à dire là où ça fait vraiment mal
      on vit pour rien – c’est encore la manière la plus dense qu’on ait de vivre, mon p’tit creux…

      .

      la pluie se cache derrière la pluie – il n’y avait pas de camélias ici avant
      avant il y avait les tourbières, les usines aux trois-huit, et à boire tant qu’on peut. avant il y avait l’amour qui jouait son p’tit cul à la table tournante du hasard…
      on vivait bien en fait – simplement on n’existait pas
      : n’existaient que les morts

      .

      je n’ai plus de haine, je n’ai plus de haine vraiment
      sans doute par lassitude, sans doute parce qu’ils ont fini par me laisser tranquille, me lâcher la grappe, desserrer le poing de sus mes testicules
      je n’ai plus de haine parce que la haine épuise et crame trop d’énergie, et je ne veux pas d’énergie
      je veux juste un ciel au-dessus de ma tête, bleu gris ou noir peu m’importe, juste un ciel en pleine tête, une tête d’évadé

      .

      le mercredi matin passent les poubelles, il fait jour
      il fait jour et déambule la mémoire, raccommode les poches
      je voudrais avoir peur, avoir peur afin de déborder de la mémoire, être autre chose à moi-même que le souvenir de moi-même
      et tout ce qui s’ensuit…

      .

      pluie par pitié oh pluie, tombe s’il te plaît
      sur ma tête de plouc et le cours de vincennes, quand rien ne chemine dans les veines que le chant bouche ronde, cul de poule
      d’un deuil sans fin, ni lendemain…
      alors j’attends, là, depuis tout ce temps-là, assis là sur ce banc, j’attends, là
      rien – j’attends…

    l'imminence du naufrage
    28 mars 2016

  • noir-fuchsia

      ces reflets sur la seine, qui sautillaient de rouen en havre et d’havre en rouen, ne nous demandaient rien
      on n’aime vraiment les choses que lorsqu’elles nous abandonnent – ainsi fleurissons-nous les tombes, repiquons-nous des plants de tomate-cerises, et plongeons-nous nos regards l’un en l’autre
      jusqu’à l’audace du cri

      .

      il ne faut surtout pas gâcher son temps-à-perdre, ni utiliser
      une tristesse, une désolation, une extase impromptue peut-être, entre l’ennui qui tue
      et la mort qui se lasse
      vivre pour rien c’est déjà vivre pour dieu, ramasser des cailloux et les voir se changer
      en bulles au fil de l’eau…

      .

      un espace, un respir, une fleur de pavot glissée entre l’être et le néant: un poème en quelque sorte, la vie que ne mange pas la mort repue, blasée, recroquevillée sur son sexe de poussière
      le temps nous distrait de l’instant et nous sauve de l’éternité; le temps fait une pause et se pose sur l’espace vide juste à l’intersection
      de la roue et de l’essieu…

    28 mars 2016

  • dans un coin de ma vie je massacre ma poupée, voilà

      la maîtresse de maison m’a servi une infâme limonade maison par dessus un infâme tord-boyaux maison

      après que j’eus éjaculé trois fois en elle elle me repoussa – d’où je compris que j’avais affaire à une superstitieuse

      les hommes ont des boutons sur le dos, du coup il a fallu laisser pousser les ongles aux doigts des femmes

      le maître de maison était tellement bourré, il a commencé à déblatérer, à dire des insanités

      la nuit c’est quelque chose de très tranquille, d’ailleurs je vous le conseille

     je ne fais que transcrire le temps qu’il fait, dit-il au maître de maison dont la braguette béait grotesquement 

      il fait tellement chaud qu’on ne se demande plus pourquoi – c’est comme une évidence débile

      tu casses un mur et tu tombes sur un autre mur. les murs sont de pure utopie

      sans murs on se retrouverait avec des stocks de peinture, alors on a restauré le maçon

      la maîtresse de maison a rigolé en me trouvant si maigre

      nous allons complètement en dehors et nous nous portons bien, nous les portes du dehors

      la rose trémière, j’aurais voulu qu’on m’appelle la rose trémière, ou du moins me confonde

      il ne fait pas toujours beau mais quand il fait beau, on s’habille léger

      la part de dieu en moi, les mulots ou je ne sais quoi viennent en bouffer un peu chaque nuit

      la maître de maison a dit que personne ne méritait ça, mais quand même

      la maîtresse de maison a acquiescé, sans qu’on sache vraiment à quoi

      ainsi en va t-il de toute chose en ce (bas) monde…

    28 mars 2016

  • le petit bâton vert

      miroir vivant, j’avance en aveugle au devant de moi-même. des pans de murs s’effondrent, des lés de lumière se déroulent, l’obscur défriche l’obscur et la beauté surgit de la rencontre inopinée entre un esprit et son originelle déraison d’être
      figure de l’infigurable, bouchon de liège dérivant sur l’océan du Verbe, horizon moi aussi de tout un univers, je suis à la fois ce qui me sépare de soi, et la voix lui susurrant à l’oreille le chant de mille veilles…

      .

      nous nous entendons bien, l’herbe et la sainte croix, les théatrales génuflexions et leur reflet comique sur les cieux en orbite
      l’une poussait tout autour de l’autre tandis que l’autre fleurissait au milieu, c’est à dire à peu près n’importe où. l’une tombait à genoux tandis que l’autre ramassait son mouchoir
      en tous les cas quelque chose de sale et d’intimement douloureux s’écoulait du bas ventre, et nous faisait mourir
      après chaque tonte repoussait mes cheveux. j’en avais mare parfois, fus-je l’œuvre de dieu

      .

      tu te nourris de quoi, de racines de croix et de baies stupéfiantes
      entre matière première et claire transcendance l’union sème la panique – j’attends que tu jouisses pour éjaculer au centre de ton orgasme: je n’ai pas la pureté du mystique qui dit là, maintenant, et pour adorer tout un dieu j’ai du creuser dedans
      tout un néant…
      par ailleurs tes sortilèges m’emmerdent, j’ai besoin d’un éveil qui ne gémisse ni ne rigole, mais m’entraîne par le pont, par dessus la rigole
      du sésame ouvre-toi, ouvre-moi, au fond de la pitié – au jour qui se lève
      sur le jour qui se couche…

    le petit bâton vert
    28 mars 2016

  • en braises qui font pshit quand on pisse dessus

       la joie s’abat sur les maisons, et il n’en reste rien


      le maître de maison nous a dit de poser là nos bagages


      à toute heure sur le chantier de vivre, les ouvriers boivent et rigolent un bon coup


      ça faisait des années qu’on n’avait pas pris de vacances, alors on est allé à cherbourg


      la couleur de la peau varie selon l’heure et la saison


      les petits poissons frits on les mange avec la tête, affirme le maître de maison tout en montrant l’exemple


      la maîtresse de maison m’a dit retire ton pantalon, que je le brosse et le repasse


      quand je me faisais mal, nounou disait c’est le p’tit jésus qui t’a puni


      il y a une façon bizarre, avec deux r, de regarder le monde, et il y a aussi pas de façon du tout


      il y a des filles qui cherchent à te rabaisser quand tu leur plais, mais je sais comment m’y prendre en ces cas-là


      ça l’avait tellement interloqué, ce fonctionnaire de mairie,ma demande de naturalisation, que je me résignai définitivement à cet état dénaturé


      le maître de maison m’a dit les routes elles ont pas été refaites depuis la guerre, et si c’était bon de fumer je fumerais, et ma femme aussi elle fumerait


      j’aimais aller n’importe où, pour rien, et souffrir à ce point d’être que je pardonnais tout


      vu que je ne répondais jamais au téléphone, je décidais de ne plus avoir de téléphone


      j’aurais pu le dire autrement, j’aurais pu ne pas le dire – qui tient compte de tout ça…

    en braises qui font pshit quand on pisse dessus
    28 mars 2016

  • la grande roue qui tourne à vide

      le rêve témoigne d’une primitive spiritualisation de la matière, et l’esprit naît à soi quand l’image se distingue de l’objet et se prépare à en devenir le signe autonome. prémisse à la conscience de soi, le rêve dématérialise le monde en l’esprit de l’être qui s’en détache.
      au terme de ce processus, le monde constitue la mémoire des signes d’un poème où un esprit transcendant transcrit sa propre réalité, s’inventant au fur et à mesure qu’il succombe à la fascination de soi, terrifié du sentiment intime de son irréalité tout autant qu’enivré de son insensée témérité.
      au jeu des masques, l’être poétisé noie son entité dans l’onde des miroirs. il avance en aveugle sur la corde de son propre regard, ligne de partage entre la finitude et l’infinitude de la grande inconnue. détaché de soi-même, il est devenu la voix des gouffres, l’éveil à d’entêtants parfums…


     

    28 mars 2016

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