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assis là sur un banc


  • contribution au mal de mer, quand même

      tiens, tu pars
      tu ne m’avais pas dit d’abord tu ne m’avais rien dit
      de l’eau dans la bouilloire, et des places désertes ahuries de silence
      tiens, tu pars
      je sais que tu reviendras pas
      et que pas revenir fera toujours partie
      du lot commun

      .

      j’ai pas de creux, j’ai pas de creux en moi
      juste un trou béant, par où passer la tête quand survient la faim, la soif ou la quelconque bête
      une fois la mort, deux fois la bêche, trois fois le sexe en bandoulière
      j’ai pas rêvé, j’ai pas rêvé pourtant, et j’en crois pas mes yeux
      non, j’en crois pas mes yeux

      .

      j’attends. j’attends pour rien. j’attends que tu frappes à ma porte
      mais ma porte même si on y frappait n’émettrait pas de son ni de ding-dong
      on a beau ouvrir ma porte, elle n’ouvre que sur ce même dehors qu’on aurait tant voulu quitter en y frappant, en y cognant en vain
      et sans ressource…

      .

      à l’abri d’un souci, et quelques pas en plus
      c’est trembler d’un pas incertain sur la corde raide, sauf qu’il n’y a pas de corde
      c’est mourir à quat’ pattes en maudissant les sept horizons, sauf que la mort a tout rongé déjà
      et qu’en fait de langue, ne reste que la litière…

      .

      je ne t’aime pas
      je ne t’aime pas d’abord parce que je n’ai jamais aimé personne, ensuite, la nuit tombant il va falloir refaire le plein
      méfie-toi des miracles, même et surtout si seul un miracle autorise l’espoir
      passer d’un air hautain près d’un miracle, le dédaigner…
      – se permettre l’infini désespoir…

      .

      d’une rive à l’autre le pont dure tout un jour, à petits pas entre les gouttes
      à moins qu’il ne s’agisse d’une jetée, du môle ou d’un ponton – bref l’orgasme, tandis que le glas sonne l’heure du thé
      on pourrait se nourrir l’un l’autre, à la petite cuiller: on ne le fait pas
      la cuiller reste en travers de la gorge…

    contribution au mal de mer, quand même
    27 mars 2016

  • j’errais de ville en ville j’errais, de campagne en campagne

      je suis née deux fois, dont une sans le dire à personne
      les clous à travers les artères remontent jusqu’au cœur
      paisiblement, au cœur rouillé

      .

      elles m’abandonnent, telles des chaînes qui tombent dès qu’on les embrasse, ou des forces qu’on n’a jamais vraiment eues
      elles m’abandonnent – on pourrait presque leur donner des noms de filles, dont on s’embrouille à interpréter le moindre geste
      je suis seule à présent
      seule à l’instant

      .

      je le perçois, de ma troisième oreille je le perçois
      ce n’est pas tout à fait le silence: quelque chose au fond du silence, comme un coup de marteau sans masse
      cela semble produire la nuit, ou alors en provenir
      – le cœur-absent de la nuit même…

      .

      j’ai tourné les talons et j’ai marché vers le mur d’en face, vers le mur de dos
      j’ai traversé le mur
      j’ai traversé le dos
      je me suis retrouvée de l’autre côté de la nuit
      c’était un peu avant le jour – il était temps de renoncer, ne plus venir de rien

      .

      tant d’incertitude, et tant d’incertitude pour en arriver là, nulle part
      je ferme la porte derrière moi, la porte à clef – la clef je la jetterai plus tard, en pleine mer, j’enfermerai la mer dans une bouteille
      et déposerai la bouteille au pas de la porte, la porte condamnée
      j’ai rêvé avoir vécu pour rien, et j’en fus soulagé

    27 mars 2016

  • des pommes

      j’avais treize ans quand je suis née, je n’ai pas de famille
      je me regarde nue, je me regarde – je suis un cerf-volant
      me manquent le ciel évidement, l’espace où s’affranchir
      me manque le miroir, où ne plus se connaître

      .

      je me suis mise à la fenêtre, le grand vide m’a prise dans ses bras
      il pleuvait, il pleut toujours en ces moments-là – c’est ainsi que l’on reconnaît qu’il ne s’agit pas d’un rêve
      je marche sur l’étendue vide, ne me demande pas comment je ne tombe pas
      je ne tombe pas, d’être vide moi-même

      .

      un peu plus tôt ce fut la nuit, la nuit qui ne brutalise pas
      je ne me souviens pas, enfant, d’avoir cherché une main que l’on ne me donnait pas
      juste un sommeil sans joie, entre deux cris crachés au haut-parleur

      .

      je me suis assise ici, encore
      j’emporte partout la fenêtre, partout où je vais, partout je reste assise à la fenêtre
      j’y laisse filtrer le jour
      et le jour filtre encore

      .

      insensiblement, tu me protèges
      un parapluie n’empêche pas la pluie, un parapluie ne provoque pas la pluie non plus
      j’avance devant moi, parce que c’est devant moi
      ni pour me rejoindre, ni pour me fuir, j’avance parce que j’avance
      insensiblement, je m’exclus

    des pommes
    27 mars 2016

  • petit poisson mort y flotte, retourné

      je n’y suis pour rien, rien du tout
      d’ailleurs je suis mort avant vous, avant tout le monde
      j’ai baissé les yeux – devant quoi? pour échapper à quoi? se retrouver seul avec quoi?
      je n’y suis pour rien je te dis, j’ai eu peur le premier c’est tout
      je ne sais si ce fut avant même de me reconnaître, ou de me reconnaître tout court

      .

      j’ai répandu l’eau
      je sais que cette eau-là répandue ne séchera jamais
      moi aussi je suis une flaque, une flaque hilare et dépourvue, indélébile en sa pensée
      un petit poisson mort y flotte, retourné

      .

      une fois tout le sang évacué, l’air circule librement dans les artères
      un peu plus loin tu traces une ligne entre nous devant toi et me préviens: tu ne franchiras point cette ligne
      je t’en conjure, je t’en supplie
      NON, tu ne passeras point
      – à quoi bon réveiller le monstre qui ne dort pas?

      .

      je joins les mains. depuis le commencement des temps je joins les mains
      elles semblent cependant ne jamais vouloir se rejoindre on dirait la distance entre elles infinie
      elles sont le miroir de leur réunion
      peut-être restent-elles immobiles depuis le commencement des temps, et ne volent-elles l’une vers l’autre qu’en songe
      peut-être n’y eut-il jamais qu’une seule main, et ne court-elle vers soi qu’en songe
      peut-être n’y a t-il point de main, et ne saisis-je qu’un songe…
      je joins les mains. depuis le commencement des temps je fais le geste
      de joindre les mains

    27 mars 2016

  • le chant des auges

      quand j’eus pris vie, quand j’eus pris forme, quand monter déjà signifiait descendre, souffle et mort ne faisant qu’un seul corps
      j’ôtai de moi l’épine, et j’épongeai le sang

      .

      rien ne m’a rien dit, l’échine (courbée), le rein (brisé), le sexe dans la main
      rien ne m’a rien dit, ce caveau de lumière
      je me déshabillai, et elle me regardait
      nu j’attendais, et elle me regardait

      .

      à cette heure seulement, seulement à cette heure, j’entends
      j’entends souffler le souffle, j’entends gémir l’abeille, les bœufs charrier un ciel bouseux
      sur leur dos
      j’entends ma mort mourir, une brise se faufiler à travers cette mort
      pour donner naissance à une idée, de mort et d’autre chose encore
      de morve et d’underdose

      .

      c’était tout simple y avait qu’à se baisser, cueillir l’instant présent à la barbe du temps, éjaculer dedans
      c’était tout simple y avait qu’à se prostrer, qu’à se cracher dessus à la vue des passants, à l’insu des sachants
      c’était tout simple il suffisait de ci, de ça, de marcher droit ou tors, mordre la poussière, lécher un glaire de lumière
      peut-être s’en aller, en s’en allant encore…

      .

      je ne me souviens plus
      avoir jamais paru
      sous une forme ou telle autre
      j’ai mis l’eau à bouillir, que l’eau boue sans raison, ni avenir
      sur quelque rive du néant mes jours faisaient naufrage, j’en ressuscitai un
      j’en ressuscitai deux, pour l’aumône aux jours sans
      et par amour de vous

    le chant des auges
    27 mars 2016

  • d’une barque ni de deux

      qui d’un bout de papier fit pousser tout un arbre, et lui rendit couleur…

      .

      maigreur d’avril, en moi lutte un serpent
      tout au fond du fossé git le miroir brisé

      .

      de la main même, subalterne et mendiante
      s’écoulait tout ce chant, soupe au lait mal de dent

      .

      j’aimais le son des ruines, l’effondrement des bases, le glissement des stores
      j’aimais la lèvre ardue, à gagner l’autre bouche

      .

      la pluie, toujours la pluie – d’air, d’eau, d’élégante désertion
      et puis un matin, un matin comme un autre, je n’ai plus reconnu en eux que l’image braillante, mi-errante
      de leur carcasse…

      .

      c’était beau, c’était sport, la mousse recouvrait tout
      tout l’étendue, les murs éboulés, les arbres descellés, mon sexe
      les avenues déroulées de toi nue…

      .

      je trépasse, depuis tout petit je trépasse
      les bronches dilatées, la morve au nez, le ciel bas dont s’apitoie la très triste chanson
      je trépasse…

      .

      et de si haut perchoir qu’il nous faille déverser
      nos cris rauques, ricanements, bègues chants d’alouette…

      .

      les arbres tôt se plantent le matin; d »autres essuient leur déshérence sur d’incertains chemins…

    d'une barque ni de deux
    27 mars 2016

  • pour autant que j’existe

      non, non, je repose doucement
      dans la prose de vivre
      et dans l’insignifiance
      tel un mendiant n’ayant rien à offrir à son dieu
      qu’une paume tendue
      et recevant la pluie…

      .

      vivre après tout, on ne le fait pas exprès
      on passe le temps de temps en temps, hormis en mai
      et l’on revient sur soi, coi par devant l’éternel
      sachant qu’en mai, en juin ou mars
      on crève toujours la bouche ouverte

      .

      les preuves de mourir, nul ne te les donne
      les fleurs de ton pommier rosissent sous la pluie
      sur son âne de bois, qui brasse les vies? qui prédit désastreuses moissons?
      qui, sur son âne de bois, parle de soi en parlant de tout autre
      et vice-versa?

      .

      et ce silence assourdissant, ce silence où je n’entends que moi, que moi, que moi
      ou du moins que ce qui dit moi, moi, moi
      alors que depuis le premier feu c’est toi, c’est toi, et toi
      qui creuse mon absence, silence assourdissant

    27 mars 2016

  • seule en mon opportune

       comment vivre, sans (se) mentir?
      comment alors, vivre avec le mensonge?
      comment finalement, mentir vrai?
      – l’envol d’un sourcil au-dessus de ton œil…

      .

      marche je n’ai pas, tu ne m’as pas
      laissé tranquille
      garde à l’écluse, j’ai du
      poireauter là deux ou trois siècles
      puis ai lâché la rame, lâché
      la rame, dis-je…

      .

      morte à genoux – c’est vous dire si elle prie…
      j’ai tant pleuré des yeux, maintenant c’est de la chiasse – il faut bien pardonner…
      les femmes, même laides, ne doivent plus s’attrister:
      à toute heure sonne l’heure
      d’un dernier rendez-vous…

      .

      on ne s’habitue pas. on ne s’habitue pas à quoi que ce soit d’éternel, alors que seule rassure l’habitude, ce placébo de vivre
      j’ai trop mâché le chewing-gum : je gonfle, je gonfle
      et puis j’éclate…

      .

      regard rive droite, regard rive gauche, hors de ma nuit sans feu
      je vis seul désormais – j’évite dieu
      sauf en gélules,matin midi et soir

      .

      qui sait faire le poirier vivra vieux. d’ailleurs,
      j’ai vécu très vieux, dissimulé dans les branches du poirier
      ils ou elles ont des cernes sous les yeux il serait bon de leur rappeler
      que pas de pluie sans eau…

      .

      on se souvient plus
      un côté ou de l’autre, on se souvient plus non plus
      tous ces bouleversements, tous ces bouleversements
      qui ne bouleversent rien…

      .

      la pluie c’est pour demain, toute ma vie aride
      je suis tombé sur une sentinelle, qui va là?
      qui va là putain de chiottes putain d’ta mère qui va là?
      la sentinelle était irréelle

      .

      on s’embrasse en cachette – sinon à quoi bon s’embrasser?
      la vie est morte, et l’existence en creux
      du désir la corde rompue, l’élastique du slip…

      .

      de toute façon je continuerai à t’écrire des histoires
      deux mille, trois mille, trois mille cinq cents par jour
      et quand tu t’ennuieras, l’ennui te servira d’extase
      tu rêvasseras, imaginant un temps où  
      je n’existerais pas

      .

      voilà. ainsi te révélai-je tous les secrets
      d’une bonne réincarnation…

    27 mars 2016

  • reboisement d’un arbre

      méandres sans le corps, anesthésies d’un jour
      la mer glissée des mains, un genou sur la bible
      et tu t’abîmes, l’azur exorbité – chiffon de fleur papier-crépon
      affligée sur sa tige de fer, contorsionnée jusqu’à l’ennui
      – rêve de moi allez, rêve de moi maintenant

      .

      ça y est là je suis mort – je ne vais pas te cracher dessus pour autant
      les peaux brunissent, les animaux retrouvent le goût du sel, le sens caché sous les rumex
      le sexe gonflé tout un ciel pavoise, prodiguant son éclat à travers les artères paresseuses de la ville
      je n’ai rien avoué, rien sous-entendu – faire un ourlet à ta manche ne prendra qu’une minute –
      voire toute l’éternité

      .

      sac d’énigmes, terre des chevaux, je défais le lacet, je défais le lacet
      cent rames à mon navire, mon navire sans rame – barque champêtre, tape-cul des vagues hautes, des vagues basses
      d’impulsion féminine le coup de rein, le rond dans l’eau, traçant en quelques traits la figure suppliciée du destin
      – autant pour moi

      .

      lève-toi et marche, comme si d’un coup les jambes te poussaient du sommeil
      et le jour chancelait dans tes bras, frêles rampes d’émoi
      alors tu pisses à te tordre la queue, certain que rien ne pourrait venir à bout de ton amour, raz de marée dans un verre à liqueur
      pourtant partout j’étais vainqueur, d’où la guerre se lassait…

      .

      à croire qu’il n’y avait là nulle âme, que les lieux pleins d’absence attendaient ma douleur
      tout en fermant les yeux…
      assieds-toi donc et marche, le long des rives closes – perçois un temps encore les clignements du silence, le clapotis des rêves
      sur le tapis des nuits blanchies à l’insomnie
      veille, veille jusqu’à la fin des temps et sans doute au-delà, enturbanné d’oubli la cervelle en pétard veille –
      ne me quitte pas des yeux.

    reboisement d'un arbre
    27 mars 2016

  • où fuir encore?

      l’éblouissement aussi est une forme d’aveuglement. je n’ai pas les yeux de traverser le feu. d’ailleurs que ce soit à feu ou à cendres, je ne vois plus rien

      .

      ici passe là-bas, là-bas s’écoule ici. il y a pourtant autre chose, autre chose toujours, qui dépasse le lieu,, l’outre-lieu et leur coïncidence en tout esprit. une utopie sans nom, qui ne ressemble à rien mais à laquelle je ressemblerais enfin

      .

      ce qui m’échappe. ce qui échappe à tout. et tout m’échappe. si l’on ne sombre plus c’est qu’il n’y a plus de fond, plus de poids pour confirmer la chute

      .

      que faire de la délivrance? il n’y a rien à faire de la délivrance. condamné à errer ou être délivré ne nous concerne plus – nous pénètre nous traverse tout entier certes, mais ne nous concerne plus

      .

      j’ai rasé tous les arbres, décimé la forêt. afin de voir plus loin, en vue de voir. et j’ai vu. ni les arbres ni la forêt: j’ai vu. et j’ai vu loin. tant le vide s’étendait…

      .

      ne reste qu’à se crever les yeux. à réveiller chaque jour un parfum et le même. à réveiller chaque instant ce parfum et le même, sursaut d’éternité. ne reste qu’à se crever les yeux pas plus. et ça je ne peux pas

      .

      l’ultime déraison, plus un pas. le pas restant. devant l’immense peur de redevenir enfant…

      .

      ils ont franchi le cap au nord. ils doivent passer la frontière invisible maintenant
      et sans un cri…
      les choses sont ce qu’elles sont, voilà ce qui les rend si belles, se dit il en passant, d’un ton de fausse confidence
      – tout étant dit, on peut tout dire désormais, sans contrainte ni empressement
      on peut tout taire enfin…

    27 mars 2016

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