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assis là sur un banc


  • rapport au loup

      quand déborde le chant, irrépressible; que l’ivresse te rend à l’épique mélancolie, t’élève à la célébration vers l’orient de ton âme
      o gloire toute sainte, dieu sans frontière, sans abri, ventre plein de l’oubli, noble cœur d’abandon
      la pluie défait la pluie quelques fois. et se lève le jour sur le jour qui se lève…

      .

      j’habite là où l’horloge quadrille nos essors. je voudrais ne laisser aucune joue hors la fraîcheur d’un toucher. mais m’en manquent les doigts, le geste dans les doigts…

      .

      mille feuilles m’auront dévêtu de toi, mai la nudité ne déshabille de rien
      je vais le ventre vide, oui le ventre creux, le ventre affamé de mille cris impuissants à ressusciter ne serait-ce que le spectre d’une enfance
      tiens-toi bien, loup qui me tiens, me jauge et suspends sa mâchoire, tiens-toi bien : je t’apporte, je t’apporte
      une gerbe d’étoiles incueillies…

    rapport au loup
    24 mars 2016

  • mer d’accueil

      il existe dans le temps une part inassujétie à l’histoire, au présent, et à leur conjonction dans la contemporanéité. c’est une immédiateté atemporelle – peut-être un souvenir d’enfance, ou quelque joujou que l’on pêche dans la mort, l’inaliénable possibilité d’un horizon. nous tâchons d’y puiser la naïveté indispensable à notre survie et puis voilà

      .

      un vent de lumière crue. un vent de haute désolation. un vent de sourde brutalité. qui vous assomme. qui ne vous laisse aucun répit, aucun refuge hors la mort calme, silencieuse et aveugle, tout au centre du rien, à l’envers du souffle…

      .

      pour que l’existence soit réellement superflue, il faut qu’elle ne soit pas seulement superflue. que d’une bouse imbibée d’alcool poussent des pissenlits nous rapproche de l’essentiel inessentiel : seul importe le salut de l’âme, quoi que l’on entende par là. quoi que l’on entende par ci, de maudire à bénir, de l’immonde à l’aumône, nous réinventons l’abîme sidéré d’exister

      .

      ennui, parfait ennui – on ne peut plus rien pour lui. elles défilent sous les testicules desséchées et le phallus d’airain. qu’elles se nomment rosemary, claudia,maïté ou julia, elles entrent dans la ronde, en ressortent essoufflées, rouges pivoines et le ventre en lambeaux. ennui forcé, sublime ennui. ennui de rien – on ne peut plus rien contre lui…

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      le temps où l’on se déborde, où l’on se saborde, où l’on vire au-delà de soi-même, où de gardé nous passons à donné. le temps où nous allons, juchés haut sur nos semelles cloutées, les aisselles en feu de paille et la joie en chardons. le temps où ivres d’au-delà nous nous enfantons nous-même dans les bras de morphose, de la métamorphose, de l’apocalypse halluciné derrière la vitre délabrée…

    24 mars 2016

  • les ombres douces

      ce qui pour certains apparaît d’emblée comme une évidence ne se révèle à d’autres qu’après tant de détours insensés.
      je n’ai plus le temps
      de la patience
      plus le temps du superflu, du bassement utile, plus le temps du plaisir sur le pouce
      – il me la faut là, intégrale, l’évidence où le mystère va nu, sans arrière-pensée
      et où tout le temps perdu prend son avoir en temps rendu, en temps avoué, en temps décontextualisé on aurait pu même oser l’obscénité :
      en temps présent, rien que présent

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      Pilinsky fumait beaucoup. c’était l’époque où l’on fumait sans se soucier de savoir s’il était bon ou mauvais de fumer, sans même imaginer que fumer pourrait subir quelque restriction que ce soit. car l’esprit de Pilnsky, tourné vers l’essentiel, avait besoin de maintenir mains et souffle hors des sortilèges et des florilèges qui encombrent la prose, ou dont s’encombre la prose. et fumer participait de ce défrichement-là. tel qu’on le voit à l’écran, il y a toujours des volutes de fumée là où vibre la voix de Pilinsky, alors qu’elle cherche la fréquence non qui lui délivrera la vérité, mais qui le rendra lui-même vulnérable à une vérité dont on ne peut qu’ignorer l’intention, ignorant par ailleurs qu’il y ait réellement quelque intention que ce soit, que ce fut, non, que ce fusse – enfin, tu vois ce que je veux dire…

    les ombres douces
    24 mars 2016

  • je suis exécrable, vas t’en

      tu t’accroches au rebord de l’eau. peut-être toutes ces voix racontent-elles la même histoire, chacune à sa façon. peut-être chacune, avec cependant les mêmes mots, ne raconte que sa propre histoire, invraisemblable. peut-être que l’une t’embrasse le sein droit tandis que l’autre t’embrasse le sein gauche. tu ne sais pas : toi tu t’accroches au rebord de l’eau et puis voilà.

      .

      je m’allonge, me renonce.au bout d’un moment le moment se décompose et je ne suis plus sujet, mais rivière, charriant les poissons ophéliens, les poile pubiens de la sainte croix et tout et tout

      .

      les mains ligotées dans les poches de ne-pas-donner, je me pisse dessus
      un effort suprême et je parviens à les étaler là sur la table, deux minables paquets de barbaque avariée
      alors je les massacre
      je les massacres
      ainsi me vois-tu errer de crépuscule en crépuscule, l’œil vitreux oui mais l’air mauvais, l’air d’un chien auquel on a arraché les crocs, auquel on a arraché l’aboi
      – et même plus l’ongle d’éventrer ne serait-ce qu’une mouche sur l’autel
      de ma frustration

      .

      nulle-part ne sera mieux qu’ailleurs. la bouche humide le regard triste, un vent d’ouest ramollit les bords du miroir
      je n’en sais rien d’ailleurs, puisque je reste là allongé tout habillé dans ma baignoire vide
      et que j’ai froid, de plus en plus froid, avec tout collé à mon sexe le cadavre empalé de la sincérité

    24 mars 2016

  • peau d’lapin

      ça régénère le temps, de décimer la mémoire
      par exemple rien sur cette corde ne laissait supposer de nœud, et l’on ne savait pas d’emblée dans quel sens se déploierait la chute
      si par ailleurs seule l’intuition devait servir de balancier et de boussole, nous n’y gagnerions pas grand chose
      le soir on rentrait exténué, soulagé de pouvoir enfin s’allonger de tout son plat
      sur le vide en substance

      .

      je m’en fous de tes histoires – laisse-moi passer
      et d’abord rends-moi mon sac : j’en ai marre de voyager le cœur vide et les pieds plats
      une pierre à feu ou un allume-cigare feront l’affaire, et si le temps se gâte on se retournera
      sur le ventre
      peut-être même qu’on pleurera
      – qu’est-ce que ça peut foutre après tout, c’est pas la mer à boire, un genou un peu rappé
      et puis y aura toujours quelque part où se perdre, une dent qui crisse…

      .

      les trois duvets (peut-être pas de qui, mais de quoi était-elle enceinte…)
      les morts côte à côte, les tibias bien parallèles
      l’alignement du temps sur nos regards fébriles, nos sourcils suspendus
      et puis la mer – la mer tout à coup se vidant en nos globes oculaires, et ahuris…

    peau d'lapin
    24 mars 2016

  • je te prête un caillou

      si je priais ce serait les mains vides. un fleuve vide coulerait entre ces berges nues
      si je priais ce serait à mots vides. un long silence s’échapperait de ma gorge dénouée
      si je priais ce serait le cœur en vrac, assoiffé de toute façon, mais d’une eau qui n’existe pas, d’une eau vide
      si je priais je ne prierais pas. je prierais d’une prière vide, comme ça, dans le vide
      et tout serait beau. beau et sans espoir : tout serait beau sans espoir…

      .

      on ne peut arrêter ces vagues. elles jaillissent du cœur du monde comme si une pierre tombée là les soulevait et les chassait vers les confins. sauf qu’il n’y a là ni pierre ni chute, mais un vide, une absence, et c’est la place occupée par ce vide qui impulse le mouvement premier et continu à la matière souple. on ne trouverait l’immobilité qu’en s’allongeant là, au cœur des choses dans ce vide originel. or, si l’on prenait la place du vide, vidant ainsi la matière de vide, il n’y aurait plus d’espace où se déplacer et tout mouvement cesserait instantanément, figeant le monde. nul cependant ne saurait occuper ce non-lieu – c’est le vide au contraire qui vient nous occuper, se nourrissant de notre propre mort. la vague en échouant recrée la condition de son origine, entretenant ainsi le mouvement perpétuel. être, donc, consiste à creuser le vide, à ouvrir en soi l’espace à l’au-delà – à fouiller et à retourner sa propre absence…

      .

      par exemple tu jettes un caillou en l’air, et il se fait cerf-volant ou pluie pour ne pas t’assommer en retombant
      si tu veux, je te prête un caillou…
     

    24 mars 2016

  • attila sur un banc

      les hommes me protègent de dieu. les hommes m’empêchent de brûler dans le grand vide de dieu. ils me retiennent par les pieds; ils me prennent dans leurs bras. les hommes me préservent de la folie de dieu. les hommes m’étouffent de leur amour, me chargent du boulet de leur solidarité. les hommes : ceux qui m’ont inoculé le langage, le langage qui soulève les cailloux
      j’aime les hommes – j’évite de le leur faire subir

      .

      je me suis assis sur vos genoux – non : j’ai effleuré votre genou. c’est mieux ainsi. comme une pierre qui tombe en moi, me traverse jusqu’au fond – non : je tombe en moi, je m’écroule en dedans. un trou s’ouvre grand en moi et je tombe au-dedans. c’est mieux ainsi. demain nous jouerons à la corde à sauter – non : on dessinera à la craie une marelle sur le sol et on choisira un beau caillou. oui, la marelle c’est mieux.

      .

      les portes claquent ferme. parfois elles vous pètent le nez, parfois elles vous éclatent la gueule. j’adore le bruit qu’elles font
      maintenant que j’ai la tête lisse comme un galet, la tête défoncée, la tête bien claquée, je monte à l’escabeau et avec un cure-dent, j’éventre le plafond

      .

      je voudrais que tu me saches, que tu saches en moi la mort plante doucement grimpante par au-dedans
      je voudrais que tu me lâches, que tu lâches la main de l’homme qui sombre, parce que manque la force de le porter ainsi à bout de bras au-dessus de l’abîme
      je voudrais que tu m’abandonnes, afin que je puisses t’aimer comme un noyé aime la silhouette qu’il aperçoit la-haut sur le pont
      je voudrais que tu me saches et qu’au-dessus de moi ta main résurrectrice se balance hésitante, saluant au loin les amants ivres
      j’ai tellement besoin de ta pitié – si seulement tu savais…

      .

      je ne t’ai pas encore raconté les ombres douces…

    attila sur un banc
    24 mars 2016

  • tordre le cou

      et puis la mort ne me disait rien. on respirait tant bien que mal sous la couverture. on passait le temps en survivant, seul rêve émergeant du néant, merde flottante ou nénuphar en suspens…

      .

      une vie entière ne suffira à justifier qu’un seul poème. le reste du temps on foutait rien. on bouffait ce qu’on trouvait. les filles n’étaient pas toujours au rendez-vous. d’autres promesses n’étaient jamais tenues

      .

      partout où je vais, je meurs une deuxième fois. comme quelque chose qui crève là et sèche sur la cuisse d’une femme, on se demande comment vivre encore. j’aime la nuit des champs

      .

      il y avait un poème ici, à cette place même
      il était émouvant, profond – ou du moins je l’imagine tel
      je ne sais comment il a disparu, ni même comment il apparut
      : il était là, émouvant et profond
      et il n’y avait rien

      .

      un jour comme ça on décide simplement : l’œuvre dépasse infiniment l’auteur, pure foutaise. c’est étrange comme alors on se sent libre, alors on se sent soi, une fois débarrassé de soi

      .

      le bras de se lever, de tendre une main vague, et la main de toucher
      la joue prochaine.
      mais cela n’arrive pas. non cela n’existe pas : ne remue ici que la main de se
      tordre le cou.

    24 mars 2016

  • proche de soi, en tout cas pas trop loin

      l’homme s’assit en cercle, en cercles il s’assit
      loin au-dessus passaient les avions, en ralenti éjaculatoire
      plus haut encore un aboiement de chien transperçait le néant – nul chien cependant
      de la fumée s’élevait de quelque part, de la cendre retombait juste au-dessous
      l’homme rappela à lui les cercles – assis, debout, couché, ce serait la même chose désormais
      car il ne comptait plus

      .

      avec des bouts de phrase on fera bien un pétard d’orage – peut-être pas un poème mais quelque chose au moins qui ressemblerait étrangement
      à maintenant

      .

      ce que nous cheminions! ce que nous cheminions! et que parfois nous chavirions, moules à ce bateau-banc bien ancré dans un sol qui certes s’ébroue de temps en temps, mais qui – reconnaissons-le – retombe toujours sur ses pattes

      .

      l’éternité ne fait pas d’ombre. alors je sors mon ombrelle, mon éventail et mon paquet de clopes
      j’attends que quelqu’un passe pour lui demander du feu mais c’est toujours elle qui passe
      et qui repasse
      sans feu devant, sans feu derrière, cependant toute mèche, cependant toute pêche, et les doigts lactés,
      les doigts léchés…

      .

      la structure délabrée tu tombes dans mes bras, ce vide écarquillé
      sur la pente des peaux je m’en vais à tâtons, ivre des première fonctions.
      depuis combien de temps, dis, nos ombres s’agitent-elles à la surface brisée
      et l’écume fond-elle à nos lèvres brûlées
      – hein?

    proche de soi, en tout cas pas trop loin
    24 mars 2016

  • ligne de partage

      il n’y a plus eu
      à chanter malgré soi, à redescendre
      du haut de soi vers
      le fond de soi non plus

      il n’y a plus eu
      à penser quelque chose
      qu’on ne pensait pas vraiment
      qui crevait là quand même

      il n’y a plus eu que
      le chant de nulle gorge
      la pensée sans ambages
     – une autre fois la mer…

      .

      sous la lumière il y avait toujours quelqu’un qui
      dansait sous la lumière
      puis il s’est fatigué, alors
      la lumière est partie – abrupte lisière

      .

      la tombée des masques
      comme une levée de corps
      tout lové dans la chute
      la chute bien droite pourtant
      inexpressive, qui pleure même pas
      parce que… parce que rien.

      .

      qu’est-ce que tu fous là, à extraire de ta chair des petits bouts de miroir
      qu’est-ce que tu fous là, à t’épiler les yeux, l’air soi-disant d’y voir clair
      qu’est-ce que tu fous là évidemment, ton côté (trans-) sibérien de puer des pieds, et la triste vérité du plat
      qu’est-ce que tu fous là je te le demande, et je te réponds rien

      .

      buter sur un petit caillou. c’est marrant comme un simple caillou peut vous barrer la route, barrer la route à tout un fleuve, toute une colonne de chars. la douche froide d’un jour crachin, descente de trip et sans les skis; la larme un peu crispée mais c’est pas grave – allez vas c’est pas grave je te dis

    ligne de partage
    24 mars 2016

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