Aller au contenu

assis là sur un banc


  • l’amour sans vous l’amour c’est rien, les yeux flingués mon petit frère est mort

      tu nages, tu nages dans moi
      tu te souries à toi-même et cependant tu n’as pas de repos, tu n’as pas de repos en moi
      la vièle d’ici-bas. tu tournes la vièle d’ici-bas. tu te rases le crâne pour que je ne m’accroche pas à tes cheveux
      tu te rases le sexe pour que je ne m’y embourbe pas – le jour de ma mort n’importe pas plus que celui de ta déflorescence
      les jambes et les aisselles y passent aussi : jamais je ne t’aimerai
      t’aimer te trahirait
      t’aimer nous humilierait
      et parce que tu es moi, moi au-delà de moi, moi de l’au-delà, la dérive futile,
      providentielle condamnation…

      .

      tâche de vivre; tâche de vivre comme ça au moins…
      tu me parleras
      d’autre chose que de la misère : de la beauté de la misère par exemple
      à chercher la voix vraie je me suis endormie, je ne mourrai pas debout c’est tout
      quand tu me dis embrasse-moi moi je pense déjà à autre chose, j’embrasse ton absence déjà
      je ne sais pas pourquoi tu jouis, sans même que je lève le moindre doigt
      à moins que ce ne soit justement de ne lever le moindre doigt qui te tourmente et te fasse
      jouir ainsi

      .

      j’aime l’aube. c’est la seule chance restante à l’innocence – l’innocence de s’émerveiller, de croire à ce que l’on voit, de ne faire qu’un à ce qu’on est, de ne pas avoir à vivre avec le mensonge de soi-même
      parce qu’il faut mentir pour survivre, quand vivre est au-delà de nos forces
      alors pourquoi donc ai-je mal encore quand tu fais semblant de regarder ailleurs, semblant de ne pas exister
      pourquoi ai-je mal encore, quand l’inexistence tient tant de place qu’il faille céder, toujours céder et tout céder
      que je ne sais plus où nous mettre, que je ne sais plus par quelle manche tricher…

      .

      je ne t’aime plus
      je ne t’aime plus parce que je ne suis plus un nom
      parce que les clous ont rouillé, le bois à pourri, et la douleur infinie sur la croix s’est mise à fredonner
      un air obscène, un air fétide
      un air au jour le jour, un air de rien du tout
      il n’y a plus de tombe pour moi, il n’y a plus de corps où s’enliser, où s’enterrer, agoniser
      il n’y a qu’à l’instant infinitésimal précédant ton orgasme cette question: Où
      as-tu mis les clopes, Que
      vas-tu faire de la résurrection

    24 mars 2016

  • des ivrognes

      il est temps je crois
      de vieillir maintenant
      d’aller se recueillir dans le fond du jardin, entre dieu et le vin
      entre le vin et dieu
      devenir homme enfin, ce gant de dieu flagellant, caressant, empoignant
      les mamelles du néant…

      il est temps maintenant
      de vieillir, se pencher sur la mort
      la mort comme un doux oreiller, sombre et profond, une mer intime s’étendant
      à l’infini de soi…

      dieu, je n’ai pas besoin de toi:
      vers toi je dérive désormais
      tu peux me laisser venir
      sans rien me dire, venir sans rien te dire
      – il est temps de vieillir…

      .

      quand tu n’auras plus rien à foutre dans ta vie qu’à regarder le jour tomber, l’horizon peu à peu se diluer, alors il me sera agréable de partager ce banc avec toi, sans rien dire, ou ne parlant que de choses insignes, comme du temps qu’il fait, de la ponctualité de dieu, ou encore de ces bonbons qui adoucissent la mort… on déclamera du Holan, et l’on se taira quand le souvenir d’une femme nous troublera l’esprit. on se taira surtout, regardant tomber le jour, l’horizon peu à peu se diluer,
      et le banc resté nu…

      .

      j’espère que tu garderas quand même dans ta vie une place à l’inutile, une place non au non-sens, mais à côté du sens, ou le sens consiste simplement à être, sans souci de vérité. parce qu’il y a aussi une vérité essentielle dans cette liberté-là, dans cette inefficacité dont la nature semble se satisfaire – un arbre, un chien ne se posent pas la question du sens : le chien pisse contre l’arbre et l’arbre remue ses branches
      j’espère que tu garderas en toi une place pour ce qui ne va nulle-part, pour ce qui dérive au hasard dans le vide de soi, une place où des fainéants tels que moi ne seront pas interdits de séjour,exclus, mais où on les laissera passer quand ils passeront, quitte à faire le ménage derrière eux…
      j’espère que tu prendras le temps de temps en temps de t’arrêter sur ton chemin et de regarder autour de toi, de regarder sans but – j’espère que tu préserveras en toi un espace sans but : on trouve aussi de belles choses là où l’on ne cherche pas. certaines même ne se présentent à nous que si on ne les attend pas, parait-il
      quant aux cailloux sur le chemin, le chemin en est fait. et si jamais ton chemin passe un jour devant mon banc je te donnerai l’eau, le tabac et quelques mots pour rire ou pour pleurer. ainsi on sera quittes, l’horizon, le chemin et le banc…

    la nécessité de s'aimer pour survivre, seule condition élevant l'humanité au-dessus de la sublime fraternité des ivrognes
    24 mars 2016

  • nu intégral

      conjonction désordonnée de l’élégance et de la brutalité, j’aimerais, si ça se fait
      vous sucer le nombril
      me tenir à genoux sur un cil forcément, et such things…
      – il y a tant de douleur tout au fond de chacun, et une telle accoutumance à cette douleur qu’il en devient malséant de continuer à l’appeler douleur –
      conjonction désabusée de l’élégance et de la brutalité, j’aimerais, s’il vous plaît,
      vous pisser sur les cuisses
      ( oh mon amitié, ma sinistre amitié…)

      .

      et si tu matais le sens
      vraiment mater, pleins phares, la pupille dilatée
      une frêle bouture de soi au parfum d’églantier, à l’épine assassine
      j’ai perdu pied, je crois que j’ai perdu pied quand le temps a foutu l’camp
      le pied entraîna le reste, le tronc et la tête
      seul le divin mendiant restait là sur là croix, un peu penché(e)
      matant le sens, vraiment matant, l’œil livide et le cœur frelaté
      plus la force de narguer le miracle – et pourtant…

    nu intégral
    24 mars 2016

  • l’allemande était plus belle

      bulle de matière à l’âme flottante, elle va, tel un christ sans croix
      elle pleure à sec
      on dirait qu’elle fluctue le long de berges mornes, le ventre retenant
      le secret
      de sa naissance

      .

      elle, ou tu, est une figure mythologique incontournable du poème. il ne peut y avoir de voix sans elle/tu, pas de parole, pas de poème. elle/tu est un genre de panaghia punk, parfois marie de verre parfois ange de mort. elle/tu est un christ femelle, ou alors une croix qui, ayant perdu son crucifié, danse toute seule sur la lande. mauvaise herbe ou rose d’ispahan, ventre d’une chienne et l’âme d’une tombe, elle habille, peuple ou démine le vide effroyable qui me sépare de dieu

                                miroir-matrice
                                vitre qui saigne
                                brume brûlée,

      en elle je dérive en une absence à l’odeur d’orgasme. elle l’ancêtre de ma voix, la porte qui s’envole, premier et dernier pas de mon chemin perdu, de mon errance à jeun…

      .

      si la réalité ne s’accorde pas à la parole c’est la parole qu’il faut croire. car il est dit que le verbe s’est fait chair et non l’inverse. la réalité ignore l’ordre du verbe, la mélancolie du verbe, la folie dernière du verbe. elle est comme le rêve du verbe chauffé à blanc. et si la réalité ne s’accorde pas à cette parole-ci c’est la parole qu’il faut croire. car il est dit que le verbe s’est fait chair, et nounou tendant vers moi son index me disait tiens, tu veux l’mien, il est plus gros…

    24 mars 2016

  • on s’est assis

      On s’est assis
      là comme des dieux ne partant pas en mer, un matin de pitié
      ne quittant pas le lieu
      sûr du rivage

      On s’est assis, on n’a rien dit
      on a tressé nos regards sur un même horizon
      sachant déjà que l’horizon serait le dernier mot, le dernier souffle
      tout ce qui resterait de nous après nous…

      Et nous restâmes assis
      ainsi voguant
      dans l’intuition de ce que serait l’éternité
      si nous n’y perdions pied

      On s’est assis
      là près de l’un
      l’un près de l’autre aussi
      on n’a rien dit
      rien ne soufflait
      tu t’es baissée pour te gratter le mollet
      – il faut bien se gratter, de temps en temps…

    24 mars 2016

  • ainsi donc les gentilles

      je sais, je sais je n’étais pas beau
      ou pas encore du moins
      les chiens déjà aboyaient pour un rien, ou dormaient dans un coin en attente du jugement dernier qui les condamnerait, quoi qu’il en soit,
      à n’être que ce qu’ils sont, mener la vie qu’ils mènent, incarner leur destin
      ainsi en va t-il de nous autres, me diras-tu
      non, tu ne me dis rien
      il n’est plus nécessaire de dire quoi que ce soit, mais d’aller
      de se dévider et ce faisant de dévider le fil du temps tout entier
      un peu comme si l’espace n’était qu’une extension, qu’une extrapolation de l’aile,
      ta bouche le feu où se forge ma gloire
      – mais là tu dis stop, non, pas dans la bouche

      .

      j’avais toute pitié
      je savais de toute pitié
      je désirais toute pitié
      le jour donc est tombé, vertical
      tu t’es serrée un peu contre moi
      – l’étrange dans cette histoire c’est que tu n’existes pas, alors que n’a jamais existé que toi
      mais plus étrange encore, c’est que moi qui la raconte, je n’ai jamais été non plus
      et qu’une histoire se dit pourtant
      une histoire qui parle d’une non-histoire, ou de toute histoire
      et qui parle avant tout de pitié
      de la toute pitié
      de celle aux yeux cendres, de celle aux jours noirs de l’inrésurrection
      des jours noirs tout court
      de l’éclipse tout court
      de toi, à jamais insondable, à jamais insensible
      et toute là contre moi
      déjà partie
      omniabsente…

    ainsi donc les gentilles
    24 mars 2016

  • nous étions deux, deux bâtons à nous battre

      accueille, recueille les gouttes d’absence
      et les distille en quelque chose de plus
      qu’un dé à coudre, à recoudre le hasard
      sur la peau du tambour bâté,
      et puis jette-toi
      au vide jette-toi
      juste pour voir sur quoi
      tu finiras, peut-être,
      par retomber

      .

      le vent dans les veines, les claques à pleines joues, respire
      respire l’odeur du jour, la vertu des énigmes
      – j’aime encore à ta peau relécher le chagrin

      il fait moins froid maintenant, le cœur est plus léger à perdre
      le dérisoire prend des airs sublimes
      – tu t’habilles n’importe comment, te déshabilles
      à peu près de la même façon…

      enfin la mort est là, à cloche-pied à croche-patte
      tu ne joues plus au sexe, aux doigts dedans ou aux aisselles
      je crois que tu t’envoles, une fois une fois encore
      cette fois pour de bon

      .

      les pieds ne touchent plus le sol
      le sol de son côté hésite encore

    nous étions deux, deux bâtons à nous batre
    24 mars 2016

  • evenadog

      évidemment pour un être d’absence, à une telle absence d’être, l’ivresse est nécessaire afin de retenir un moment le souffle et s’installer dans la présence, hors laquelle tout finit par faner, par dépérir, se volatiliser. je me suis tant abstrait que si je me croisais dans la rue je ne me reconnaîtrais pas, à force d’être et de non-être, d’ivresse et de paresse  confluant finalement dans un même égarement lascif, une indifférence extatique… la sidération du vide, les larmes dansantes la pupille chancelante : tout un clou de misère grinçant contre une marie de verre…

      .

      j’ai mordu le pain dur, le pain sec
      assis là sur un banc, j’ai même
      mangé pas de pain du tout
      j’ai mordu le vent sec, la bruine incompatible
      mangé la bruine de pain, le pain moisi
      – alors je suis parti, assis là
      sur un banc

      .

      comme c’est drôle, le vent dans les yeux
      qui fait pleurer les yeux
      alors qu’il n’y a pas de raison de pleurer
      sauf peut-être à penser qu’un homme
      est un chemin sans dieu
      le spectre d’une absence, un trou de ver dans le bois d’une croix sur laquelle dieu
      meurt pour rien
      n’en finit pas d’agoniser
      pour rien
      pour rien si ce n’est
      pour que la mort soit
      pour que dieu soit la mort
      et qu’ainsi la mort soit
      le lieu
      de notre désolation
      heureuse

    24 mars 2016

  • l’estompée

      tu t’en vas
      sur la montée des eaux tu n’as pas grand chose à ajouter
      tu penses qu’elles finiront bien par
      se retirer
      peut-être même que tu n’en penses rien après tout
      un bonheur m’a craché au visage, tu te dis
      et tu t’en vas
      plutôt bien portante quoique tout à fait prédestinée
      à crever

      .

      on se parlera
      on se parlera d’accord
      on se dira
      pas grand chose
      on se dira on prendra
      l’air de rien on prendra
      on se touchera presque pas
      on se
      touchera pas on se
      regardera ailleurs on se
      ailleurs
      mais jamais là
      non, pas là – ailleurs
      ailleurs d’accord

      .

      parfois, parfois tu dors
      alors je me promène, de long en large à travers ton sommeil
      je fais semblant de me
      reconnaître…
      parfois, parfois tu veilles
      et rien ne vient m’enlever l’écharde
      rien ne vient crever dans le creux de mon ventre
      – je rentre bredouille
      dans l’ailleurs absolu

      .

      il fait beau
      si beau qu’on se croirait un autre jour
      parfois je gobe une mouche, parfois
      une mouche me gobe…
      c’est une promesse mouillée
      elle ne peut plus brûler alors on se tait
      on ferme les yeux
      on regarde à travers les paupières baissées et on suppose qu’il fait beau
      si beau qu’on se croirait un autre jour
      une autre vie

      .

      étourdir, battre des cils
      tremper ses os dans la chair chaude, le drap
      mouillé
      – c’est tout ce que j’ai su faire et tant pis si on appelait ça l’amour…
      je m’estompe
      je sens que je m’estompe

    l'estompée
    24 mars 2016

  • par dessus les murs l’horizon

      mais sans le miroir, vos filles n’enfanteraient plus!
      dieu en son néant sourit en entendant cela
      – ainsi se déplacent les dunes…

      .

      est beau là où l’on s’efface; où l’on s’efface il fait beau
      la nuit penche d’un côté; et la nuit penche de l’autre
      où il fait beau tu t’effaces; tu t’effaces et c’est beau

      .

      l’horizon par dessus les murs ne me rappelle rien, ne me rappelle pas.
      je vivrais au beau milieu
      des champs,
      futile et nécessaire

      .

      j’attends que ça passe
      puis je me poserai au fond
      en ce qui seul demeure

      .

      par dessus les murs l’horizon, parait-il
      alors on a creusé un trou
      on a creusé un trou
      – alors on a creusé un trou…

    par dessus les murs l'horizon
    24 mars 2016

Page précédente Page suivante