j’aime l’air entre les mots. parfois c’est un grand vent, le vent des cerf-volants, une paille d’azur dans l’œil cirrhosé. c’est parfois un air saturé d’humidité, une flaque d’air moite, toute l’agonie du semblable. d’autres fois encore ce n’est plus qu’un trou d’air blanc, dans lequel ahuri on cherche à rattraper sa propre main, prise devant soi d’ultime incertitude
j’aime l’air entre les mots, celui dont respire et vibre le poème sans fin, sans bruit et sans espoir
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j’avançais. j’avançais sans savoir où j’allais. j’ignorais où j’allais donc j’avançais. à un moment je me suis dit: le millième. le millième de quoi? ou le huitième de quoi? rien ne m’obligeait à poursuivre, rien ne me contraignait à renoncer. il a juste fallu être, ce qui après tout ne demande ni raison ni effort, tant tout cela semblait aller de soi…
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j’ai aimé cet œil-là. ce n’est ni l’œil ni moi toutefois, mais l’amour qui a failli – simple incontinence sans doute…
et puis les jours rallongent. c’est étrange tu ne trouves pas: les jours rallongent en toute saison maintenant
quel homme, quel homme s’est relevé et d’est exclamé: non, pas le dernier!
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les mots sont morts, morts et dès lors les morts sont mots, ne sont plus que mots suspendus à l’aveu
les mots sont morts d’une grâce ou de l’autre j’ai contemplé le visage mais ça n’a servi à rien
je garde depuis telle nostalgie de la mort…
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tu me suivras n’est-ce pas? tu me suivras où nous portent tes pas, tes pas de jade, brumes du nord, les restes de la veille au petit déjeuner
être mort vois-tu, c’est chaque jour ressusciter pour rien, baiser ci-devant comme un chien sans jamais parvenir à jouir vraiment, piquer du nez vers le rêve d’un rêve
mais je m’en fous – je reste le héros de ma propre insignifiance






