les gens sont de la terre
les gens sont de l’eau
les gens sont de la merde en cristaux
les gens sont moi multiplié par tant
divisés par autant
les gens sont de la terre
les gens sont de l’eau
les gens sont de la merde en cristaux
les gens sont moi multiplié par tant
divisés par autant
c’est la dernière heure
il n’y aura donc plus d’heure après cela
je ne connais rien à rien, ne suis issu de rien, je le jure, mais avorté
dans le rien nettoyé
la peur aux dents
d’un côté j’ai la peur, de l’autre j’ai les dents
un homme libre c’est compliqué, je ferai donc l’animal sensible, le petit animal sensible
on est peut-être heureux comme ça. peut-être même qu’on le croit vraiment, et tant qu’on finit par s’envoler
on est des braves gens c’est vrai on est
de modestes ordures
tout ce dont je me souviens, c’est du froid
permanent, le froid
permanents les chemins qui ne mèneront jamais à soi, mèneront à n’importe quoi sauf à soi, or maintenant c’est fini
définitivement clos
en somme tout ouvert
ce n’est pas la même chose. ce n’est jamais la même chose. j’y connais rien en rhétorique…
je ne m’accompagnerai pas plus à mon dernier souffle, je ne me
substituerai pas à l’idée que je me fais de moi-même ou de n’importe qui
de n’appartenir à rien, je me tresse les cheveux, j’hurle au loup hurlant à la mort. on s’est trop embrassés
on s’est tant embrassés qu’embrasser ne signifie plus rien qu’un bout de gras
il va falloir montrer son corps. il va falloir exposer son âme. or nul n’y est prêt
il va falloir en outre ne faire preuve de rien, d’absolument rien, ne plus endosser le rôle ne serait-ce que d’un homme
tout au plus voyager sous une fausse identité, traînant une valise vide
j’ignore d’où tu me tiens la main, je ne meurs pas tous les jours au même endroit
alors embrasse-moi, embrasse-moi partout en toi
dans tes yeux. j’ai juste voulu savoir à quoi je ressemblais dans tes yeux
et puis non – en fait je me suis rappelé une recette de mon enfance, avec du miel et des amandes
beaucoup de miel, beaucoup d’amandes, et peut-être aussi le pouvoir de se transformer en toupie
pour vaincre le vertige
il est le mortier sublime, il s’abîme en détresse
on est tous plus ou moins mort, mais tous un peu trop mort pour rien
on s’appelle peu ou prou par son nom, on s’appelle pour peu qu’on s’appelle rien du tout
et contre toute raison, ou selon toute raison, c’est là qu’on se répond
t’as la mort parmi nous, t’as la mort parmi soi – le nous du moi tu vois, on en est déjà à l’inceste. ou à l’égocide, je sais plus
me voilà donc maître d’un lieu qui n’existe pas, d’un non-lieu disons pur, d’une petite exception
d’un sac de couchage
je ne comprends pas que je ne me comprenne pas, alors que tout semblait si simple, ou du moins simplifiable
ta moule mon cul, ton cul ma douille, j’échangeai mes morpions
contre un retour de flamme
et si dans le miroir tu ressembles à celle dans le miroir, c’est que je n’ai jamais réussi à être autre que moi, ça, comme à défaut de soi
j’appelle pas ma douleur. en fait j’appelle personne – je crois me fondre en elle alors que je ne fais qu’échouer
sur un divan mouillé.
mon homme par ailleurs est un pur cheval d’indécence, il y a autre chose encore qui vit en moi
et dont je suis comme l’écorce, la mue défectueuse.
qui veut ma mort me veut encore. qui m’embrasse a la bouche de travers
ta nuit comme elle s’en-nuite, tant qu’elle ne s’abolit pas en soi.
je me suis passé de gants, de corps, d’esprit. j’ai ramassé les glands tombés – je ne suis finalement la femme de personne.
que faire d’autre que mourir si l’on ne meurt pas, et que faire d’autre que mentir quand l’eau bout d’ici-là…

la fin d’un monde, soit. ou le début de rien du tout
le fameux rien du tout
seul avoir aimé justifie d’avoir vécu, on est d’accord
ne plus aimer cependant fait de nous un quasi-dieu. car dieu n’aime pas.
l’outre du sang versé. la passion liant le couteau à la plaie
– j’aurais espéré être le vivant de quelque chose…
ta guerre n’est pas la mienne, et pourtant c’est contre moi que tu la mènes
nous sommes semblables depuis le temps où nous nous crachons dessus, et camarades depuis celui où nous nous essuyons l’un l’autre nos putrides bavures
s’il y a un homme c’est qu’un autre homme effectivement
rôde dans les parages…
le lien s’avère si court, le lien s’avère si bref que s’essouffle le nœud, et que c’est de ce nœud néanmoins
que le lien ne rompt pas.
la fidélité nous trompe, on s’échange nos tampons. la fidélité se louche des yeux, rebat les cils
nous comblerons donc ce fossé en nous y jetant, tout simplement
en aboyant tout doucement
en récitant nos dents
la terre elle est comme ça, chiotte, la terre elle est comme ci – on est mal barré
nous nous asseyons sur le muret. nous nous adossons au vent courant
vivre ne suffit pas, et mourir ne guérira rien
aimer à perte de vue certes, réparer ses lunettes certes, retourner là d’où l’on ne vient pas – quoi d’autre ?
je ne pense pas qu’on se revoie jamais. avoir été n’excuse pas tout, ni même le tiers ou le quart de tout
on chante, mais à part soi, ou entre soi. et quand on chante en soi tout un monde disparaît, réapparaît
non, disparaît.
mon chien n’a mordu que du vide
on va quand même pas en faire un poème, non – mon chien
n’a mordu que du vide
genre fusée ou missile, sauf que là je bouge pas d’un pouce
je chéris mon origine et simultanément en avoir à ce point dévié me déchire
du coup on sait plus comment se regarder, se dire frérot, camarade, ami qui mésenchante…
mourir comme une femme, comme une femme en soi. je n’arrive pas à mourir comme une femme
déjà que mourir tout simplement, ou mourir comme moi, ça ne marche pas trop…
je pense être un homme du fait même de ne pas arriver à mourir, que ce soit comme femme ou autrement
surtout quand elle ne me regarde pas, et que cela malencontreusement se voit
j’étais encore connecté à cette époque, même si je ne restais au fond que le témoin-lige
témoin de quoi témoin de soi, tel qu’il file vers ou se retourne
sur un vide clandestin
le témoin, ne serait-ce pas celui dont personne jamais ne sera le témoin ?
j’ai des yeux partout mais jamais jusqu’au bout
que de pardonner dépende incessamment d’être pardonné ne peut satisfaire au sens un tant soit peu moral de notre déroute active
donc je trempe. je trempe mon pain dedans. je veux dire dans la boue
le chien est dieu
le chien est dieu auquel il manque l’homme, le chien est dieu enfin débarrassé de l’homme
il erre. il s’agit en effet d’un chien errant
comme on qualifierait l’homme de juif errant. et donc le chien d’errant humain
d’ailleurs il parle couramment yiddish
l’hébreu, c’est plutôt pour les hommes
le grec pour la mer

d’la pluie entre les dents, et elle veut pas partir
j’incarne chaque fois la pensée d’un nouveau-né, les morts se mangent entre eux
soulage-moi de la guerre – je sais pas moi, un massage aux épaules ou quoi
soulage-moi de moi-même
la bête elle s’en défend, la bête – elle mord à même le fer
on ne m’embrassera jamais assez, on me crach’ra d’sus tant qu’il faudra. la mort ressource universelle
les gens abritent un arbre sous le bras. on aime au fur et à mesure que l’on coule
la tête la première. un joli champ de blé
ou d’orge
ou d’avoine
je crois que c’est la fin du mon car seule la fin du monde peut me sauver, me sortir de ce merdier, pensent-ils
au-dessus de nos têtes pend le panier. c’est fait exprès pour ça
il ne restera rien
pas même ce silence essoufflé, que plus rien ne sous-tend
je te caresse la joue tu m’empoignes la queue – qu’a t-on donc de commun, toi et moi ?
à défaut de vivre j’ai acheté un paquet de biscuits
friable consolation…
un homme est mort mais la tête à l’envers. la tête à l’envers
du coup j’ai les pieds dans la gloire. du coup les pieds à fleur de terre, à fleur de tombe
à quel point dois-je maigrir pour que tu aies enfin pitié de moi, c’est à dire être aussi nue que moi ?
un jour peut-être on s’embrassera, là ou sur la bouche
je ne sais pas quand j’avais joli, j’ai plus le temps pour ça
j’ai plus longtemps pour rien, petit crachât de mépris aguerri
les heures oisives, tellement oisives même qu’arrivées à expiration, elles récidivent
et alors là tu fumes la lune…
la nuit supporte la nuit, l’amour l’amour, et le cintre mon fantôme…
un là naît là de moi. un homme aussi, quand bien même il se tait. on l’entend pas se taire ce qui n’empêche
son silence de nous percer les tympans
à la cantine aujourd’hui, c’est macchabée
tournent les choses dans le sens d’un drame ultime. je ne réponds de rien
je ne réponds à rien. c’est toi que je vois dès que je me penche sur le miroir
toi le mazout, toi l’ardoise
toi le temps mis à se compter nu
décapite le son
un immeuble entier. tel je me sens dépossédé
et dans la caresse ce besoin de proximité, de reconnexion, bouchonner la racine
oh mon être, oh mon malêtre, oh ces résurgences irrépressibles de salpêtre
mange entre ami, mange ton ami, mon ami se réveille de la mort
les hommes nus dans ma patrie. mon père est mort. même pas parvenu à la résurrection
les hommes nus ratiboisent ma patrie. j’ai pris mon sac, ou ma besace. la douleur dans mon sac
on tiendra bon
chaque nuit j’amorce un peu. chaque nuit je rêve
d’abroger le je qui me gouverne, de ne plus dire je, l’abolir dans un silence plus large. chaque nuit je
superpose les billes, me demandant
comment les faire tenir en équilibre l’une sur l’autre, les billes…

les hommes sont morts, mais pas tous. ou pas tous en même temps
il arrive que l’on parte. il arrive que l’on arrive aussi sans doute, sans savoir vraiment où
ainsi font les petites oubliettes…
la nuit venue j’écrase pas nue. je me mets à l’écart
et l’écart entre deux, mort d’œuf, repère d’ovipares
je crois que ce que j’aime en dieu ma cuisse ce n’est pas dieu, mais la soutenabilité d’un au-delà
ventre-chemise, et tu m’en diras tant
le chien te suit de loin, et de moins en moins loin. je te dis gare au chien
gare au chien non pas tant qu’il aboie, mais quand il se met
à te parler dans ta langue, ta propre langue, ta langue purulente
ta bénie langue de pute
tu ne me rattraperas pas. nul ne me rattrape désormais
j’ai pas la verge de cette chanson-là, je m’omni-bulle
et si tu veux on se caresse le ventre, la naine blanche le trou noir, et d’ailleurs
je suis mort entretemps, comme on meurt entretemps, à l’intention de
va savoir quoi, va savoir qui
chien méchant n’engrange pas lune. il hurle à la foule du vent
on va crever comme ça, tous à genoux et les mains sur la nuque, sagement sur la nuque
à force de lécher le miroir peut-être y fera t-on naître un visage…
je marche au travers d’histoires courtes
sur une route sans fin puisque intégrant son au-delà, ou d’un au-delà duquel elle n’est que la trace ou dont je
ne suis que la trace, écrite
c’est grave, mais peut-être pas tant que ça, finalement
la voie est libre
cela signifie qu’il existe une issue, pas forcément heureuse mais issue toutefois
quasiment une échappatoire
une échappée belle quand bien même laide, puisqu’avant tout échappée
ce qui se dit tel que cela s’entend dans la langue des signes
il y a l’un
et plus un encore que l’un, l’ombre de l’un, dont on peine à discerner les limites
et qui puise en mon esprit ses pensées défectueuses, ses réminiscences tronquées
j’admire un homme noyé de haut en bas, malgré tout persistant à s’enfler d’un air incroyablement pur
j’enfile des pas de loup
je me fais le ventriloque d’un loup
mon hurlement glace tout un bois, et gèle la distance qui me sépare de ma profonde raison d’être
à moins qu’il n’existe à mon être nulle raison, tant profonde que superflue
et que tout cela ne soit que mots, brouillon d’un poème équivoque
c’est bizarre mais une fois transpercé, le chemin le plus court consiste à traverser toute la lance
mon sommeil git en mille morceaux sur le miroir de l’éveil
je dis miroir comme je pourrais tout aussi bien parler de mer selon toutes ses coutures
et sous un œil rond
l’homme du bout du monde ressemble à une femme, une femme qui
regarderait dans l’autre sens, n’importe
quel autre sens, mais d’où remonterait
le mugissement des fonds

maître Zhuang pioche allègrement dans mon sac de cacahuètes, ce que je finis je l’avoue par regarder d’un mauvais œil. parce qu’on a beau dire, il y a des choses qui ne se font pas. il y a des choses qui portent atteinte à la dignité c’est clair
j’ignore si maître Zhuang ne s’aperçoit de rien ou s’il fait mine de ne s’apercevoir de rien – toujours est-il qu’il essuie ses doigts gras sur son pull
un pull de grosse laine
dès le réveil, j’ouvre les hostilités : je balance le chat par la fenêtre, je ne dis pas bonjour à ma bite, je jure en me brûlant à la casserole d’eau bouillante
ça pleure de tous côtés – ça pleure du fond des êtres, du fond des choses, du fond des murs. ça pleure jusqu’en-dedans de mon propre corps, de la plante des pieds à la fontanelle
et va donc savoir pourquoi, ça s’arrête juste derrière les yeux
les hommes s’ouvrent les veines. les hommes s’ouvrent les veines en toute circonstance, heureuse comme malheureuse
au fil des ans le temps s’étiole, l’éternité tremblote. j’ai un animal dans la poitrine – parfois un rat, parfois une bergeronnette
on s’enivre comme on peut, on s’enivre avec ce qu’on trouve. avec rien quand on ne trouve rien. je sais pas si ça en vaut vraiment la peine
dans ma rue traîne tout un tas de choses, outre les courants d’air
dans ma rue ne meurent que les enfant qui meurent, les autres leur marchent dessus, sans penser à mal
dans ma rue les uns pourchassent les autres, souvent les mêmes d’ailleurs. de temps en temps une nouvelle, timide, délicate, fait corps à la propre ombre
dans ma rue les chiens pissent dans les coins, les hommes sur les cuisses des femmes, tous pissent quelque part en somme
et finissent par se pardonner les uns les autres, notamment faute d’énergie. faute d’énergie probablement